Getting up together

Marine Conan · Chapitre 56 sur 68

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Getting up together

Chapitre 55

 

 

J Ange e frappe à la porte de la chambre de Cosme avec entrain. — Ouais ?

Je pénètre dans la pièce et referme derrière moi. Le jeune homme est posé sur son lit, un bouquin à la main. J’essaie de deviner le titre, mais je ne vois que l’auteur. Baudelaire. Je lève les yeux au ciel. Comment peut-il lire des trucs comme ça ? Il n’y a que lui pour se plonger dans des ouvrages comme ça.

— Qu’est-ce que tu fais ? demandé-je avant de me laisser tomber sur le matelas à plat ventre.

— Je joue au tennis, réplique-t-il, moqueur.

Il tend le livre vers moi avec un sourire amusé.

— Tu veux bouquiner avec moi ?

— Certainement pas ! C’est de la merde.

— Baudelaire ? De la merde ? Ange, tu ne peux pas dire ça, souf e-t-il. Ce mec était un génie.

Je ris devant sa mine offusquée. J’adore le taquiner là-dessus.

— Bon qu’est-ce que tu fous en ce moment ? Je te vois plus.

Je lève mon visage vers lui. C’est vrai qu’il n’est pas souvent là ces temps-ci. Il sort le week-end, quelques soirs par semaine, et s’enferme dans sa chambre pour téléphoner. Je me sens presque délaissé !

— T’as une meuf, c’est ça ? insisté-je.

— Non…

— Bah alors ? Tu me fais la gueule ?

Depuis le baiser de la dernière fois, il est distant. Est-ce qu’il s’en veut ? Pourtant, on en a parlé. C’est rien. Trop d’alcool et voilà. Fin de l’histoire.

Il pose son livre et se redresse en haussant les épaules.

— Pourquoi je te ferais la gueule, bêta ?

— Je ne sais pas, c’est juste que j’ai l’impression de plus te croiser, marmonné-je.

Et en vrai, il me manque ! J’ai pris l’habitude de traîner avec lui tout le temps. Ça me fait tout drôle de ne plus le voir aussi souvent. Même si on habite encore chez lui avec ma famille et donc que je suis avec lui tous les jours, ce n’est plus pareil.

— C’est vrai que je suis pas mal occupé en ce moment, me dit-il.

— Depuis quand t’as d’autres potes que moi ?

Il s’esclaffe et tapote le sommet de mon crâne.

— T’es jaloux de ne plus être mon seul ami ? se moque-t-il.

— Un peu, ouais !

Son regard se fait plus sérieux. Il semble soudain plus grave. À quoi pense-t-il ?

— Je sors avec quelqu’un, déclare-t-il en posant ses prunelles sur moi.

— Ah, bah voilà ! Je le savais que t’avais une meuf. J’ai le nez pour ces trucs ! m’écrié-je.

Il reste silencieux quelques instants et nit par secouer la tête. Pourquoi a-t-il l’air aussi mal à l’aise ?

— Ce n’est pas une lle, lâche-t-il à voix basse.

— Bah…

Je mets quelques secondes avant de comprendre. Merde. Si ce n’est pas une nana, c’est qu’il est avec un mec… Ainsi, Felicidad avait raison ? Il est gay ? Mais Bonnie ? Ils se sont fréquentés pourtant… Je suis paumé.

— Ne fais pas cette tête, reprend-il. Ce n’est pas comme si je venais de t’annoncer que je suis gravement malade.

— Non, non, pas du tout ! m’exclamé-je. C’est juste que…

Je me coupe. Comment dire ça sans le blesser ? Sans être maladroit ?

— Je m’y attendais pas, ajouté-je. En fait, j’ai toujours cru que tu étais encore à fond sur Bonnie.

— Pas du tout ! Je ne suis pas certain d’avoir été amoureux d’elle. Elle non plus, d’ailleurs. C’est pour ça qu’on arrive à être aussi potes.

J’acquiesce. Il n’a pas tort. Quand on a aimé quelqu’un très fort, ça doit être impossible de rester amis avec cette personne. À vrai dire, je n’ai jamais été entiché de quelqu’un. C’est donc dif cile de comprendre de quoi je parle, mais en tout cas ce qu’il me dit fait sens.

— Alors quand tu m’as embrassé, c’était parce que tu en avais envie, pas juste l’alcool ?

J’ai besoin de savoir, c’est plus fort que moi. Je me rappelle son « je t’aime » chuchoté alors que je quittais sa chambre sur la pointe des pieds. Peut-être que ma sœur a raison. Peut-être qu’il tient à moi davantage que je l’imaginais.

Il rougit et secoue la tête. Il a l’air de nouveau mal à l’aise. Apparemment, il ne s’attendait pas à ce que j’aborde encore ce sujet.

— Je… Je ne sais pas trop, lâche-t-il après quelques secondes. Je prenais conscience que les mecs me plaisaient plus que les lles… T’étais là, j’avais trop bu et tout s’est mélangé dans mon esprit. Je n’aurais pas dû te prendre comme cobaye de mes doutes.

Je ris devant sa moue contrite et hausse les épaules.

— Honnêtement, tu embrasses mieux que certaines nanas avec qui je suis sorti, plaisanté-je.

Il réussit à sourire et hoche la tête, sans rien ajouter.

— Et ce mec alors ? C’est qui ? le questionné-je.

Son visage s’éclaire. Il se redresse et pose ses mains sur ses genoux.

— Il s’appelle Nicholas. Je l’ai rencontré sur une appli, m’avoue-t-il. Il est hyper sympa ! J’ai mis un moment avant de me lancer, mais c’est quelqu’un de bien. Je lui plais, je crois.

J’acquiesce. Étrangement, mon cœur se pince de le voir aussi enthousiaste. Je me suis habitué à être un peu au centre de sa vie. On traînait tout le temps ensemble, lui et moi. Même mes potes trouvaient que je les avais délaissés au pro t de Cosme. Savoir qu’il va nir par être de plus en plus avec son mec me saoule. M’agace. Sans raison. Après tout, ce n’est pas ma meuf. Il ne me doit rien. Je n’en ai jamais voulu à Arthur de faire passer Bonnie avant moi. Ça me semblait normal. Aujourd’hui, avec Cosme, j’ai du mal.

— Je suis content pour toi, décrété-je. S’il te rend heureux, c’est le principal.

— Ouais… Je pense que ça peut marcher, lui et moi. Sur le long terme.

— Tant mieux.

Le silence se réinstalle entre nous pendant quelques minutes et je

nis par me rapprocher de lui.

— Mais tu auras toujours du temps à me consacrer, hein ?

Je plonge mon regard dans ses yeux clairs. Une lueur amusée les traverse. Je trouve la couleur de ses iris magni ques. Changeantes aussi. Il pose sa main sur mon genou et pouffe doucement.

— Ange, t’es mon meilleur ami. T’es la personne la plus importante pour moi avec ma famille et Bonnie, me dit-il. Bien sûr que j’aurais du temps pour toi. Autant que tu veux. Comment pourrais-je t’oublier ?

Je lui souris, rassuré. Dire qu’il y a un an, nous ne pouvions pas nous supporter. Aujourd’hui, nous sommes inséparables. C’est surprenant. Parfois, j’ai encore du mal à y croire. Comment avons-nous pu nous rapprocher à ce point ? Comment Cosme a pu devenir la personne qui me connaît le mieux sur cette terre ?

— Et si tu veux inviter ton mec aux soirées, n’hésite pas, OK ? lui proposé-je.

Au moins, il sera présent. Une façon de m’assurer que je pourrais continuer de le voir malgré tout.

— Pourquoi pas ?

Il n’a pas l’air convaincu. Peut-être n’est-il pas prêt à assumer qu’il aime les garçons ? Après tout, c’est un grand pas à franchir.

— Tu as mis d’autres personnes au courant ? l’interrogé-je.

— Non. Bonnie et toi seulement. Et Nicholas, bien sûr !

Il grimace avant de poursuivre :

— Je ne sais pas trop comment m’y prendre pour balancer ça à mes parents… J’ai peur de leur réaction.

Je le comprends. À sa place, j’aurais préféré me taire. Surtout que mes parents sont très conservateurs et traditionnels. Comment le vivraient-ils ? Mon père me traiterait sans doute de tous les noms et me dégommerait la face. Ma mère ? Elle nirait par l’accepter.

— Ils t’aiment, chuchoté-je. Ils ne te rejetteront pas. Cela ne remettra pas leur amour en question. Bonnie ne t’a pas rejeté. Moi non plus. Fais leur con ance.

Il acquiesce.

— Ouais… Mais je crois que j’ai besoin d’un peu de temps avant de me jeter à l’eau.

— T’inquiète. Ne te précipite pas. C’est tout nouveau pour toi. Tu

niras par trouver le bon moment.

Je lui souris. C’est drôle. Je n’aurais jamais imaginé avoir un pote gay. Cosme me rend meilleur. Avant, j’étais le genre de mecs à critiquer, à juger. J’aurais sans doute mal vécu le fait qu’il me touche comme il vient de le faire. Mais là, ça me semble normal. Même son baiser de la dernière fois ne me dérange pas. J’en rigole. Et au fond, je me rappelle malgré moi la sensation que j’ai ressentie quand ses lèvres se sont emparées des miennes. Je ne mentais pas tout à l’heure : il embrasse bien. C’était presque agréable. Étrange, parce que c’était lui, et inattendu, mais plutôt sympa. Mais bien sûr, je me tais. Hors de question d’avouer ça. Surtout s’il aime les mecs. Il pourrait se faire des idées.

— Bon assez parlé de moi ! s’exclame-t-il. Ça te dit qu’on aille au ciné ce soir ? Il y a le dernier Tarantino, qui a l’air incroyable.

— Avec plaisir ! approuvé-je. Je demande à Isma de venir ? C’est un fan !

— Ouais, bien sûr !

Je suis content de voir que Cosme a appris à composer avec mes amis et réciproquement. C’est plus simple à gérer comme ça. Je n’ai pas besoin de me couper en deux.

— Top. Je lui envoie un message.

Je me relève de son lit et me dirige vers la porte.

— Je dois aller aider Felicidad à réviser, souf é-je. Tu es le bienvenu si tu veux.

— D’accord, j’arrive. Je nis mon chapitre et je vous rejoins.

Cosme est fort en maths. Depuis que ma sœur est ici, il la fait bosser et j’ai l’impression que ça porte ses fruits. Elle a de meilleures notes.

— Merci !

Je quitte sa chambre encore un peu troublé par ses confessions, c’est vrai. Et curieux de savoir qui est ce mec qui l’a fait craquer.

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