Getting up together

Marine Conan · Chapitre 23 sur 68

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Getting up together

Chapitre 22

 

 

P Tyler as un bruit ne se fait entendre. Tout le monde doit être

sorti. Mes parents ont décidé de passer la journée tous les

deux. Cela fait une éternité qu’ils ne se sont pas consacrés du temps en couple. Je suis content de savoir qu’ils ont l’air de se remettre petit à petit de la mort de mon frère.

Je quitte mon lit et en le à la hâte un sweat avant d’aller entrebâiller ma fenêtre pour aérer la pièce. Une fois dans le couloir, je m’apprête à descendre dans la cuisine pour prendre le petit-déjeuner, mais une impulsion soudaine me pousse à rebrousser chemin. Je m’arrête devant la porte close qui n’a pas été ouverte depuis bientôt deux mois. La chambre d’Arthur.

Personne n’a osé y entrer depuis un moment. Même ma mère n’y fait plus le ménage. Après l’avoir fouillée de fond en comble le lendemain de l’enterrement d’Arthur en espérant trouver un indice, elle a décidé de ne plus y pénétrer. C’est devenu un mausolée.

Je pose ma main sur la poignée. J’ai presque l’impression de ressentir une décharge électrique. Est-ce que je dois faire ça ? Cette question tourne en boucle dans mon esprit depuis plusieurs semaines maintenant. Les raisons de son suicide m’obsèdent. Je ne comprends pas ce qui a pu frapper mon frère de la sorte pour qu’il en arrive à vouloir s’ôter la vie. Quel drame a-t-il traversé ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Je ne peux pas croire qu’il se soit réveillé un matin et qu’il ait décidé que tout devait s’arrêter comme ça.

Pas Arthur.

J’appuie doucement. La porte grince et s’entrebâille. Je reste gé. C’est comme si j’étais en train de faire un truc mal. J’imagine la tête de ma mère si elle me voyait. Elle hurlerait sans doute de laisser sa chambre. Comme si ça allait changer quelque chose. Ça ne le ramènera pas.

Alors, j’entre dans un mouvement furtif. À croire que je risque d’être surpris par quelqu’un. La maison est vide. Personne ne peut me voir. Je ferme les yeux un instant puis les rouvre. Rien n’a bougé. Je ne sais pas ce que j’espérais. Le trouver allongé sur son lit, téléphone en main, et un magazine de sport à côté ? C’est impossible. Il est mort. Arthur est mort. Tu ne le reverras pas.

Sa chambre est rangée. L’œuvre de ma tante qui s’est occupée du ménage pendant quelques jours le temps qu’on émerge un peu. De la poussière sur les étagères et sur sa télévision prouve qu’il n’y a plus personne qui dort ici. Pourtant, on pourrait presque croire que si. Son maillot de basket est posé sur la chaise de son bureau.

Je déglutis en m’assoyant sur son lit quelques secondes. J’ai besoin de faire une pause sinon je vais m’écrouler.

Je nis par me relever et jette un coup d’œil. Où est son téléphone portable ? Je me souviens vaguement de ma tante qui avait indiqué à mon père qu’elle l’avait rangé. Mais où ? Je me mets à fouiller avec empressement. Son armoire, les tiroirs de son bureau, la commode et en n son chevet. C’est là que je le trouve, dissimulé au fond avec son passeport et sa carte de lycéen.

— J’aurais dû faire ça avant…, chuchoté-je pour moi-même.

Je m’empare du téléphone et appuie sur le bouton pour l’allumer. Rien. L’écran reste désespérément noir.

— Merde… La batterie !

Je me rappelle qu’Arthur avait son chargeur sous son lit. Bingo ! Il est toujours là ! Emmêlé. Typique de mon jumeau. Je branche le smartphone au câble. Maintenant, il n’y a plus qu’à patienter quelques minutes. J’espère juste qu’il n’a pas changé son code PIN ni son mot de passe. Nous avons reçu ces téléphones en cadeau de Noël, il y a un peu plus d’un an, et, dans l’euphorie de ces fêtes familiales remplies d’amour, nous avions mis les mêmes chiffres.

Je serre les dents. Ce souvenir me fait monter les larmes aux yeux. Qu’est-ce qu’il me manque ! J’aurais souhaité pouvoir lui dire à quel point je l’aimais avant qu’il parte. Est-ce que ça aurait suf à le retenir ? Sans doute pas. Mais au moins, je me sentirais mieux aujourd’hui. Le simple fait d’imaginer que notre dernier échange était une énième dispute me brise le cœur.

Arthur et moi, on s’embrouillait sans arrêt. Pour des conneries en plus. Il avait peut-être mis le son trop fort pendant que je répétais ma pièce. Ça arrivait tout le temps. Il adorait écouter sa musique pourrie à fond tandis que je demandais seulement un peu de calme de temps en temps pour me concentrer.

Pourtant, à cet instant précis, je donnerai tout pour entendre résonner Gangsta’s paradise dans sa chambre. Ça voudrait dire qu’il serait encore là.

Je soupire. Mes yeux se ferment. C’est drôle, je peux presque sentir sa présence. J’ai l’impression que je vais le voir débarquer d’un instant à l’autre, son ballon de basket à la main, son téléphone dans l’autre, en train de crier à notre mère qu’il a faim. Elle rirait, comme toujours, et s’empresserait de mettre le plat de lasagnes au four pour qu’il puisse manger vite.

Souvent, je me plaignais. J’avais le sentiment qu’il prenait toute la place. Que notre famille entière était centrée sur lui. Ses matchs de basket, ses entraînements, ses petites copines… Mais peut-être que ça m’arrangeait de rester en retrait. C’est dans ma nature. Je suis comme ça, réservé et timide.

Soudain, l’écran du téléphone d’Arthur s’éclaire. Il se rallume ! Merde. Mon cœur s’accélère subitement. Est-ce que je vais le faire ? Je ne peux pas reculer maintenant. De toute façon, comment puis-je faire machine arrière ? Je n’arrive pas à me remettre de sa mort. C’est trop dur. Ne pas savoir pourquoi il a décidé de s’ôter la vie, c’est intenable. J’ai besoin de comprendre. Il le faut. C’est peut-être l’unique moyen pour moi d’aller mieux.

Sauf que je ne m’en sens pas capable. Pas tout seul. Le téléphone que je viens de prendre dans ma main me brûle. Je secoue la tête et le repose. Autant qu’il charge un peu.

Je quitte la chambre et retourne dans la mienne d’un pas rapide. Il n’y a qu’une personne qui peut faire ça avec moi. Ange. Je lui envoie un SMS, la boule au ventre. Même si la mort de mon jumeau nous a rapprochés, il reste son ami à lui, pas le mien. Pourtant, j’ai besoin de lui. En plus, il connaissait bien Arthur. Il saura peut-être fouiller là où il faut.

Heureusement, sa réponse ne tarde pas à me parvenir ! Et trente minutes après, il est devant ma porte. Son visage est grave et il n’arbore pas son rictus malicieux habituel.

— Salut, Ty, se contente-t-il de lâcher en me tendant sa main pour que je tape dedans.

— Merci d’être venu aussi vite. Je… Je ne me sentais pas capable de le faire tout seul.

Il m’adresse un mince sourire et hoche la tête.

— À vrai dire, j’espérais que tu me demandes ça. En n… Je n’ai pas osé le faire, mais je rêvais qu’on fouille son téléphone ou son ordi pour trouver un truc. Je ne sais pas. N’importe quoi qui nous mettrait sur une piste.

Il soupire et hausse les épaules.

— C’est débile, mais j’ai l’impression qu’on va découvrir un énorme secret, ajoute-t-il. Parce que c’est pas possible autrement… Arthur n’a pas pu se foutre en l’air pour une connerie. Une dispute avec sa meuf, avec sa mère ou une mauvaise note en maths. Pas lui. Il était… En n… Tu vois ce que je veux dire ?

J’acquiesce. Ouais, mon frère était la joie de vivre incarnée. Pas le genre qui déprime en écoutant des mélodies larmoyantes à la guitare.

— Viens, on monte. Mes parents sont partis pour la journée, mais au cas où, souf é-je. Je préférerais éviter qu’ils nous trouvent dans sa chambre.

— Pourquoi ? me demande le jeune homme en pénétrant dans le hall.

Je referme rapidement la porte derrière lui et verrouille histoire de gagner un peu de temps si quelqu’un débarque.

— Ma mère péterait un câble, je crois, avoué-je. Personne n’y est entré depuis sa mort, sauf ma tante pour faire un peu de ménage. Elle l’a gardée intacte. Comme s’il allait revenir dans quelques semaines.

— C’est glauque.

Ange grimace et lance un coup d’œil à l’étage.

— Allons-y.

Je le conduis jusque dans la chambre d’Arthur bien qu’il connaisse le chemin aussi bien que moi. Après tout, il est venu ici tant de fois. C’était un peu sa deuxième maison. Pourtant, lorsqu’il se retrouve sur le seuil de cette pièce où il a squatté à de nombreuses reprises, il se ge. Comme je l’ai fait tout à l’heure. Je ne dis rien. Je me contente d’attendre qu’il nisse son introspection. Après tout, il n’est pas revenu ici depuis le drame.

Lorsqu’en n, il rentre, je désigne le téléphone d’un signe de tête.

— Il est là…

— OK, souf e-t-il.

Il n’ose même pas s’asseoir sur le lit. Je m’installe là où j’étais tout à l’heure tandis qu’il s’accroupit par terre et se pose en tailleur.

C’est le moment.

Nous allons découvrir ton secret, Arthur !

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