Getting up together
Chapitre 14
J Tyler ’observe Ange qui se lève d’un geste mal assuré. Les effets de
la dégustation de vin sans doute. Sans compter le soleil qui
chauffe ! Le mélange doit être explosif ! Il nous dévisage tous, un par un, lentement avant d’esquisser un sourire presque solennel. Après s’être raclé la gorge, il tapote contre son verre avec un bâton pour attirer notre attention.
— Madame et messieurs… Je suis très heureux d’être, dans ce lieu si spécial, pour porter un toast à mon meilleur ami. Arthur Macht.
Un rire nerveux lui échappe et il soupire.
— J’ai l’air ridicule, non ? On dirait que je m’apprête à présenter les Oscars, plaisante-t-il.
— Mais non, tu es parfait ! assuré-je.
Il acquiesce et, sous mon regard encourageant, il poursuit :
— Sur idée de Bonnie, nous avons organisé cette cérémonie bis qui lui ressemble plus. Quelques jours de folie et de découverte au Mexique, un petit rassemblement dans un lieu qu’il aurait adoré autour de bonnes bouteilles de vin. Tous à moitié bourrés. Ouais, je suis sûr qu’il aurait préféré, de loin, notre hommage à cette stupide messe.
Il se tait un instant avant de lever la tête vers le ciel. Ses cheveux bruns qu’il n’a pas coupés depuis la mort d’Arthur encadrent son visage hâlé aux traits marqués. Une barbe de quelques jours lui grignote le menton. On dirait presque un homme de la vingtaine, pas cet adolescent, qui se tient devant nous. Un charisme et une force incroyable se dégagent de son être. J’envie ce mec. Il a l’air si assuré. Pas le genre à manquer de con ance en lui.
— Je veux déjà remercier Barbara Macht, sans qui rien n’aurait été possible !
Il boit une gorgée du deuxième verre qu’il s’est servi avant de déglutir, mal à l’aise.
— Je vais pas vous faire un long discours. J’ai juste envie de lui dire quelques mots.
Il se rassoit en tailleur et Bonnie pose sa main sur son genou pour l’encourager. Elle a déjà les larmes aux yeux. J’ai rarement vu quelqu’un d’aussi sensible.
— Arthur… Ce voyage, c’est pour toi. C’est celui qu’on aurait dû faire, celui que je repoussais toujours à demain parce que je pensais qu’on avait la vie devant nous. Tu m’auras appris un truc : c’est bien trop court pour ne pas en pro ter un max. Je ne remettrais plus les choses au lendemain désormais. Je t’aime, mec.
Je lui adresse un sourire attendri et il hausse les épaules, un peu mal à l’aise. Les émotions et lui, ça fait deux. Ce n’est pas le genre à se dévoiler, je le sais.
— Isma, Wes, vous voulez dire quelque chose ?
Ismael se lève à son tour.
— On est pas très doué avec les mots, mais on vivra pour toi, Arthur. On pro tera de chaque moment comme si c’était le dernier. On jouera au basket encore plus fort. On se donnera toujours plus. Pour toi.
Wesley lui tapote le dos et Ange se tourne vers Cosme, qui secoue la tête. Il sait qu’il n’a pas vraiment sa place ici. Il est là pour Bonnie. J’ai cru comprendre qu’il n’avait jamais apprécié mon frère. Il manque de légitimité pour parler de lui.
— Bonnie, quelques mots ?
La jeune femme acquiesce et se lève. Ses joues que le vin a rosies se teintent davantage. Elle repousse une mèche brune et lisse la petite robe noire eurie qu’elle porte. Un triste mélange de tenue de vacances avec une note de deuil. Elle a pris des couleurs à force de traîner au bord de la piscine, un livre à la main.
— Arthur… Peu importe l’état de notre relation. Même si nous étions en train de nous quitter, je t’aimais. Tu comptais pour moi bien plus que tu ne pouvais l’imaginer, murmure la jeune femme.
Je reste abasourdi devant ses mots. Cosme et Ange, eux, n’ont pas l’air surpris. Leur couple allait mal ? Incroyable… Dire que mon jumeau ne m’avait rien dit… Encore un truc de plus qu’il a gardé pour lui. Il ne parlait pas souvent de Bonnie. J’étais même étonné qu’il ne la ramène pas plus à la maison.
— Nous n’étions pas faits pour être ensemble, je le sais aujourd’hui, poursuit-elle. Mais ton amitié était un cadeau inestimable. J’aurais aimé avoir la chance de te voir continuer à devenir l’homme merveilleux que tu aurais été si les choses n’avaient pas été différentes. Bonne route, Arthur. Où que tu sois, je te promets que je n’oublierai jamais rien de toi. Tu seras toujours en moi.
Ange applaudit à tout rompre avant de vider son verre, imité par la jeune femme.
— À Arthur, annonce-t-il en se servant. Ty ? À toi ?
Je grimace. Prendre la parole en public est pourtant quelque chose qui ne m’effraie pas. Je suis fait pour être acteur après tout. Je fais du théâtre depuis que je suis gosse. Mais ici, devant ce petit groupe dont la plupart étaient des inconnus avant ce séjour, j’ai une pression qui pèse sur les épaules. Que dire ? Cette cérémonie, ce n’est pas moi qui la voulais. Je suis là sans comprendre pourquoi.
— Tu étais la personne la plus importante pour lui, continue Ange. Même s’il ne te le montrait pas, il aurait tué pour toi. T’étais son sang, ça n’a pas de prix.
Il m’adresse un sourire rassurant et je nis par me lever. J’ai moins bu qu’eux, heureusement. Au moins, je n’ai ni les jambes qui tremblent ni la voix qui vacille.
— Je vous avoue que je n’étais pas très chaud pour cette cérémonie, amorcé-je. C’était étrange pour moi de partir avec vous, des inconnus, mis à part toi, Ange, pour célébrer la mémoire de mon jumeau. C’est comme si je n’avais pas ma place ici.
Bonnie esquisse une petite grimace perplexe. Ange aussi semble étonné par mes mots.
— Arthur et moi, ce n’était pas toujours simple. On a beau être frères, on ne s’entendait pas très bien. Nous étions si différents l’un de l’autre.
Cosme sourit. Lui comprend ce que je veux dire. Comme moi, c’est un outsider. Un mec qui n’a pas trop d’amis et qui a du mal à savoir ce qu’il fout ici, entouré de sportifs populaires.
— Mais nalement, ça m’a aidé à en apprendre plus sur lui. J’ai l’impression, pour la première fois depuis des années, de le connaître mieux. Et ça fait du bien !
C’est vrai que je me suis rendu compte que mon jumeau était devenu au l du temps un inconnu. Nous n’avions plus rien en commun et nous nous sommes éloignés. Pourtant, je l’aimais plus que tout. J’aurais toujours été là pour lui.
— Je regrette juste qu’il n’ait pas réussi à me parler. À savoir que j’étais là pour l’écouter. Peu importe qui il était.
Bonnie baisse la tête. Ange l’imite. Je devine qu’ils ressentent la même chose. Eux aussi doivent se demander pourquoi Arthur n’a pas décidé de se con er à eux. Pourquoi il a tout conservé en lui plutôt que de réclamer de l’aide ? C’est la question que je me pose chaque jour. Pourquoi, Arthur ? Pourquoi tu as fait ça ? Ça me bouffe. J’aurais voulu le sauver. Être là pour lui. Nous sommes jumeaux. J’aurais dû deviner qu’il allait mal. Pourtant, je n’ai rien vu.
— Arthur, tu resteras toujours une partie de moi. Je ne serais plus jamais complet désormais. Mais j’espère que tu seras heureux là où tu es, terminé-je. Tu me manques tant.
Je me rassois en serrant mes poings. Les lèvres pincées, je retiens mes larmes. Cette cérémonie est nalement ce dont j’avais besoin. Ce dont nous avions tous besoin.
— Merci à tout le monde, souf e Ange. Merci d’être là et de nous avoir accompagnés dans ce petit trip pour rendre hommage à notre Arthur. Je sais qu’il aurait adoré ce qu’on a fait pour lui !
Bonnie acquiesce. Elle se lève à son tour et nous adresse un sourire.
— Bravo à Ange et à Cosme d’avoir organisé ce merveilleux voyage et surtout le point nal, cette cérémonie.
Elle me tend la main. Je l’attrape et me hisse sur mes jambes. Les autres suivent le mouvement. Main dans la main, on forme un cercle.
— À Arthur, laisse échapper Ismael.
— À Arthur !
Nos voix s’élèvent en chœur. L’émotion me serre la gorge. Qu’on rende cet hommage à mon frère me fait chaud au cœur. Il le mérite. Je regrette juste que ma mère ne soit pas là pour voir ça. Elle aurait été émue de partager ce moment avec nous. Bon si on omet qu’on a tous picolé et qu’elle n’aurait sans doute pas approuvé ça !
— Et si on rentrait maintenant ? propose Ange. Isma, t’es chaud pour conduire ?
Il hoche la tête et sourit en désignant la route qui nous mène au parking. Nous avons encore plusieurs kilomètres à parcourir pour retrouver la voiture. Cela nous permettra à tous de dégriser un peu.
Le chemin se fait dans un silence presque religieux. Chacun est déjà retourné dans son monde. Moi, je pense à Arthur. Je l’imagine ici, avec nous. À nos côtés. Il me manquera pour toujours, mais il aura sa place dans mon cœur. Éternellement.
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