Getting up together
Chapitre 66
A Ange u loin, j’aperçois Cosme, assis dans le fond de son jardin, à
même l’herbe. Tee-shirt noir, qui fait ressortir sa peau
laiteuse, et jean déchiré. Il est en train de lire. Comme d’habitude. Putain, je suis amoureux d’un mec, et pire encore, d’un mec qui passe son temps, le nez dans les bouquins ! Si on m’avait dit ça un jour, j’aurais sans doute ri au nez de cette personne. C’est comme si je fréquentais Rebecca, la petite intello de notre classe. Mignonne, mais branchée sur ses cours. Elle en oublie le reste. Un peu comme Cosme parfois. Heureusement, il est moins à fond qu’elle !
— Hey, Face d’escargot ! lâché-je en me laissant choir à ses côtés.
J’ai gardé le surnom que je lui avais donné lors de l’initiation de la mission Cérémonie bis ! Ça me fait marrer. Et devant les autres, ça me permet de faire comme si de rien n’était. Parce que, mine de rien, on sort ensemble depuis plusieurs semaines et j’ai l’impression que le monde entier peut le lire sur nos visages. Je ne suis pas con, Isma a certainement deviné la vérité, même s’il ne m’en a plus reparlé depuis notre dernière discussion.
— Ça va ? me demande Cosme avec son sourire que j’aime tant.
Un brin malicieux, un peu timide, mais qui fait naître une fossette sur sa joue droite. C’est fou comme j’ai appris à connaître chaque petit détail de lui. À les apprécier, à en tomber amoureux. Encore et encore. Cet éclat doré par exemple qui éclaire son regard vert lorsqu’il me xe, le soleil dans les yeux. Et les quelques taches de rousseur qui apparaissent sur son visage avec les beaux jours.
— Je te manquais déjà ? ajoute-t-il en posant sa main sur mon genou.
Ce simple geste provoque un petit frisson de plaisir qui glisse dans mon dos.
Je lance un coup d’œil autour de moi, plus par ré exe que par réelle crainte. Ma mère est partie travailler, les parents de Cosme sont au courant pour nous deux et ma sœur aussi le sait. Je l’ai mise dans le secret quelques jours après notre premier vrai baiser. J’avais besoin d’en parler à quelqu’un. Bonnie est la meilleure amie de Cosme alors je ne me vois pas l’adopter comme con dente. Mes potes à moi, je n’y pense même pas. Je ne suis pas encore prêt à avouer au reste du monde, surtout pas aux Rosters, que je suis amoureux d’un garçon. C’est trop étrange. Bien que je sois certain de mes sentiments pour Cosme, j’ai besoin de temps avant d’en parler.
— Tu me manques toujours ! lui af rmé-je en me tournant vers lui.
J’attrape son livre et le pose par terre en veillant à ne pas perdre sa page. Ça aussi, j’ai appris à le faire pour lui. Parce que je sais qu’il déteste oublier le l de sa lecture. Jamais je n’aurais pensé que je serais un jour si attentionné avec quelqu’un.
— Dès que tu t’éloignes de moi, je ressens un vide intersidéral. C’est dingue, non ?
Il hausse les épaules et se penche vers moi. Ses lèvres ef eurent ma joue avec douceur.
— Pas tant que ça. J’éprouve la même chose.
— Ça me rassure alors.
Je cherche sa bouche. J’ai envie de l’embrasser. Tout le temps. Et lui aussi. On a pris l’habitude de dormir ensemble. Chaque nuit, je me glisse dans sa chambre et le rejoins sous les draps. Je le serre contre moi et sa respiration apaisante suf t à me faire trouver le sommeil. Moi qui ne restais jamais au lit avec les nanas que je fréquentais, je crois que je serais incapable de me passer de lui, désormais.
— Ma mère est dans la cuisine, souf e-t-il entre mes lèvres.
Ma main se pose sur sa cuisse et je remonte doucement en souriant.
— Et alors ? C’est de l’autre côté, répliqué-je. Puis, elle sait pour nous deux.
Cosme a trouvé le courage d’avouer son homosexualité à ses parents. D’abord à sa mère et ensuite à son père. Je l’admire pour ça. De mon côté, l’idée de me con er à ma mère me terri e. Quant à mon géniteur, je n’ai plus de nouvelles de lui depuis notre départ de la maison. Alors… De toute façon, c’est impensable que je le revoie avec tout ce qu’il nous a fait subir. Donc ce n’est pas demain la veille que j’aurai besoin de lui dire qui j’aime.
Mais je sais que Cosme aurait aimé que je me con e à ma mère. Déjà, parce qu’il l’apprécie et qu’on a toujours tout partagé, elle et moi. Puis sans doute pour sentir à quel point je suis sérieux avec lui.
Il a peur que je me réveille un jour et que je ne ressente plus rien pour lui, que je me rende compte que je me suis trompé et que je fasse machine arrière. Qu’est-ce qu’il peut être bête parfois ! Comment peut-il imaginer un tel truc ? Je suis fou amoureux de lui. Je lui répète encore et encore. Parce que j’aime le lui dire, autant que j’adore l’entendre. C’est simple. Depuis que je suis avec lui, je n’ai jamais été aussi sûr de quelque chose de ma vie.
— Ouais, mais ça me ferait bizarre qu’elle nous voie nous embrasser.
Il rit et hoche la tête, compréhensif.
— J’avoue que, moi non plus, je ne suis pas fan de l’idée. Mais parce que je n’ai jamais été démonstratif… Toi, par contre… Rouler des pelles aux meufs devant le lycée, ça ne te gênait pas.
Il n’a pas tort. Je ne me cachais pas avant. Même si je brisais le cœur à mes anciennes conquêtes ou aux potentielles, je m’en chais. Je m’af chais sans honte avec les nanas que je fréquentais. Sauf qu’avec Cosme, je n’assume pas. Et pourtant, je l’aime. Bien plus que toutes les lles réunies que j’ai embrassées ! Mais je ne suis pas prêt à montrer au reste du monde que je suis avec un garçon.
— Tu m’en veux d’être si discret ? lui demandé-je plus sérieusement. Tu aurais voulu qu’on s’af che ensemble au lycée ?
Il hausse les épaules. Je le regarde avec attention. J’ai peur qu’il
nisse par se lasser si on continue comme ça. Ou qu’il ne comprenne
pas à quel point je suis amoureux de lui.
— Je m’en fous, Ange, me répond-il en entremêlant ses doigts aux miens. On fera comme tu le sens. Je ne souhaite pas te mettre la pression. Si tu n’es pas prêt à l’af cher, on ne dit rien.
Il marque une courte pause avant de plaquer ses lèvres contre les miennes. Juste un instant. Quelques secondes.
— J’espère que tu le diras un jour à ta mère, poursuit-il. Même si elle est très traditionnelle, elle t’aime. Alors, je suis persuadé qu’elle t’acceptera.
— Ouais… C’est ce que je souhaite. Felicidad pense comme toi. Mais, j’ai besoin d’encore un peu de temps. Désolé…
— Tu n’as pas à t’excuser ! s’exclame le jeune homme. Ça se fera quand tu seras prêt, c’est tout. Je t’aime et, tant que tu es avec moi, je me fous du reste. En plus, l’an prochain on sera à l’université alors on pourra vivre nos vies comme on l’entend !
J’acquiesce, mais je n’en suis pas certain. Je continuerai de jouer au basket. Un sportif homo, ça n’est pas encore très bien vu… Et si je n’étais pas accepté dans l’équipe à cause de mes sentiments pour Cosme ?
Je sens sa main me caresser la joue. Je me retourne et croise ses prunelles claires qui me dévisagent avec tendresse.
— Arrête de ipper… Les choses se feront comme elles doivent se faire et c’est tout. Contentons-nous d’être heureux ensemble. D’être amoureux. Ça me suf t.
Je souris, légèrement rassuré. Malgré tout, je sais qu’un jour ou l’autre, il faudra que je me lance. Que j’accepte qui je suis, qui j’aime et que ça fait partie de moi. Cosme mérite ça. Moi aussi. Je n’ai pas envie de me cacher toute ma vie. Je rêve de pouvoir me balader avec lui, main dans la main. De l’embrasser quand je veux, sans regarder autour de moi si quelqu’un n’est pas dans les parages. Ouais, assumer notre relation changerait beaucoup les choses, j’en suis conscient. Et ça rendrait notre amour plus beau, notre histoire plus concrète. Je le ferai. Pour lui.
— Je t’aime, Cosme. J’ai encore du mal à réaliser à quel point c’est fort, à quel point je suis incapable de vivre sans toi.
— Et c’est tout ce dont j’ai besoin…
Il m’embrasse, avec plus de fougue cette fois. Je passe mes bras autour de son cou. Il bascule presque sur moi et je laisse échapper un gémissement en sentant qu’il me désire tout autant que moi.
— On va dans la chambre ? lui proposé-je. Tu as trop bouquiné aujourd’hui. Je suggère un peu de sport pour varier les plaisirs !
Mutin, je lui adresse un sourire entendu et il hoche la tête.
— Comment refuser une telle proposition ? souf e-t-il. Depuis que j’ai le meilleur coach sportif de Phœnix, je ne dis plus non aux activités physiques… Surtout quand elles se passent dans ma chambre !
Je me lève et lui tends la main pour qu’il m’imite. C’est vrai que Cosme s’est mis au sport. Parfois, on court. D’ailleurs, je vois son corps se muscler doucement. Ça le rend encore plus canon.
— Tu seras bientôt plus sportif que moi !
— Aucun risque, se moque-t-il. Tu es trop doué et assidu pour ça !
Je souris. Le sexe avec lui, j’en redemande. Passées mes premières craintes, je me suis laissé aller et on a appris ensemble à se découvrir, se faire plaisir et fusionner. J’adore ça. C’est meilleur que tout ce que j’ai pu connaître avant.
— Tu le deviens aussi, attention.
Nous rions avant de pénétrer dans la maison. C’est fou comme je suis bien avec lui. Mon plus proche ami, mon amant, mon con dent, mon tout. Cosme représente tellement de choses à la fois. Je n’échangerai pour rien au monde ce que j’ai avec lui.
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