Getting up together

Marine Conan · Chapitre 66 sur 68

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Getting up together

Chapitre 65

 

Cosme

— Ça va, mon chéri ? Tu es matinal, dis donc !

Je sors le jus d’orange du frigo et acquiesce en m’en versant un verre. Je l’avale d’une traite et soupire. Après m’être assis à table, je me sers trois pancakes avec du sirop d’érable.

— J’ai eu du mal à m’endormir.

— Ange a découché cette nuit ? Je ne l’ai pas vu hier.

— Ouais, il était à une soirée, souf é-je.

Quant à moi, je ne l’ai pas accompagné parce que j’étais occupé à rompre avec Nicholas. Le jeune homme méritait mieux qu’un SMS de ma part. Alors, je l’ai invité au restaurant. Sauf qu’il avait déjà deviné ce que j’allais lui dire. Il n’est pas stupide. Cela faisait des jours que j’étais distant avec lui. Que j’évitais tous les rencards qu’il me proposait. Le dîner a été rapide : après l’entrée et mon aveu, il a préféré s’en aller sans attendre le plat. Et je ne peux pas lui en vouloir. Il a été si gentil avec moi. Aimant aussi. Je crois qu’il était en train de tomber amoureux de moi et j’ai tout gâché. Mais je ne pouvais pas continuer de lui mentir. C’est Ange que j’aime. Personne d’autre. Il a tous les droits sur mon cœur.

— Tu as l’air tracassé en ce moment ?

Ma mère pose son regard clair sur moi. Elle a les mêmes yeux que moi. Je devine la lueur d’inquiétude qui vient voiler ses prunelles.

— Non, pas du tout. Tout va bien, af rmé-je.

— Tu es certain ?

Je déglutis. Ma mère me connaît, elle n’est pas bête. J’ai bien vu que depuis quelques semaines, deux mois peut-être, elle était plus curieuse de savoir comment j’allais. Parfois, je la surprends à me regarder avec cette même inquiétude que maintenant.

— Ouais, ne t’en fais pas. Ce n’est rien… C’est juste que…

Je marque une pause. Elle s’installe face à moi et pose son menton sur ses mains.

— Parle-moi. Tu peux tout me dire, hein ?

Je hoche la tête et lui souris pour la rassurer.

— C’est Ange ? me demande-t-elle soudain.

— Ange ? Je… Comment ça, Ange ? balbutié-je.

— Vous vous êtes disputés ?

— Non, pas du tout !

Elle hausse les épaules.

— C’est juste que d’habitude vous êtes toujours fourrés ensemble, me fait-elle remarquer. Hier, je ne l’ai pratiquement pas vu et tu es sorti de ton côté.

Je me mords la lèvre. Ma mère n’est pas au courant de l’existence de Nicholas. Ni même de mes sentiments pour Ange. Encore moins du fait que ce dernier les partage. Je lève mes prunelles claires vers elle. Ça me brûle le cœur de garder ce secret au fond de moi.

— Cosme ?

Sa voix me fait presque sursauter.

— Qu’est-ce qui ne va pas ?

— J’ai quelque chose à te dire…, souf é-je. Ça fait des mois, mais je n’ai pas osé en parler. Sauf que vivre avec ça devient de plus en plus dif cile.

— Tu as des problèmes ? s’inquiète ma mère. Quelqu’un t’embête ? Je croyais qu’avec Ange à tes côtés, ça allait mieux !

Je la reconnais bien là ! Une vraie tigresse prête à protéger son garçon unique. Je secoue la tête et tente de lui adresser un sourire rassurant.

— Tout va bien au lycée, ne t’en fais pas, af rmé-je. J’ai des amis et plus personne ne s’en prend à moi. C’est ni.

— Qu’est-ce qu’il se passe alors ?

— Tu m’aimeras toujours ? l’interrogé-je. Même après ce que je vais te dire ?

Elle se lève et vient se mettre à genoux devant ma chaise. Sa main se pose sur mon genou et l’autre attrape mes doigts pour les entremêler aux siens.

— Tu es mon ls, Cosme. Je t’aime in niment, chuchote-t-elle. Plus que tout au monde. Et quoiqu’il arrive, cet amour-là est inconditionnel. Personne ne pourra le briser, l’entacher ou le diminuer. Et tu continueras de faire ma erté, chaque jour que Dieu fait.

J’acquiesce. Ses paroles me rassurent. Elle est sincère, je le sais. Mais est-elle prête à ce que je vais lui dire ? Pensera-t-elle encore ce qu’elle vient de me déclarer après ma vérité ?

— Parle-moi, insiste-t-elle avec douceur. Tu te sentiras mieux après.

Je joue distraitement avec la nappe de la cuisine avant de relever de nouveau ma tête vers elle en soupirant.

— Je suis amoureux…

— Et ce n’est pas de Bonnie, n’est-ce pas ? devine-t-elle.

— Non…

Ma voix s’étrangle. Une boule se forme au fond de ma gorge.

— Je suis amoureux d’Ange, murmuré-je.

Je n’ose même pas la regarder. C’est elle qui vient attraper mon menton entre ses doigts pour me forcer à lui faire face.

— Je m’en doutais, mon cœur, me dit-elle avec un mince sourire. C’est drôle, mais, cet été déjà, j’ai senti quelque chose.

Étonné, j’affronte en n ses prunelles. Je n’y lis aucun jugement, juste de l’amour pur et un léger amusement.

Cet été ? Alors même que je n’imaginais pas encore à cet instant le

ot de sentiments que j’allais me prendre en pleine tête. Je crois que

j’ef eurais seulement le fait d’être peut-être un peu attiré par Ange.

— Et depuis qu’il vit sous notre toit, je vois bien qu’il y a plus que de l’amitié entre vous. Papa l’a remarqué comme moi.

Je sens mon cœur accélérer. En parler à ma mère, OK, mais je ne pensais pas que mon père serait dans la con dence si vite. C’est drôle de savoir qu’il s’en est douté.

— Qu’est-ce qu’il a dit ? demandé-je, inquiet à l’idée qu’il le prenne mal.

— Il s’en fout ! s’exclame-t-elle. Il te veut heureux, mon chéri. C’est tout ce qui nous importe. Et encore plus depuis la mort d’Arthur. Ce n’était pas ton ami, mais j’en ai parlé avec Ange la dernière fois pendant qu’il m’aidait à jardiner. L’impact de sa disparition sur sa famille, ses proches… C’est juste terrible.

Sa voix est soudain hachée par l’émotion. Je ne savais pas qu’Ange lui avait parlé de son meilleur ami. C’est vrai qu’il s’entend bien avec ma mère. Il m’a dit qu’il la trouvait plus ouverte que la sienne. C’est sans doute ce qui l’a poussé à se con er à elle.

— Je n’ose imaginer comment je pourrais survivre si tu nous quittais, continue-t-elle. Alors tu sais quoi ? Que tu aimes Ange, Bonnie, ou que tu aies envie de devenir pasteur, prêtre, ou peu importe, on s’en fout, Cosme. On t’aime. C’est tout ce qui compte et tout ce que tu dois retenir !

— Merci, maman, bredouillé-je. J’avais tellement peur que vous me rejetiez. Que vous arrêtiez de m’aimer. D’être considéré comme un monstre.

Même si mes parents sont plutôt tolérants, je sais aussi qu’ils sont croyants et attachés aux traditions. Ma mère est le genre de femme qui n’attend qu’une chose : marier son ls unique à une jolie lle et devenir mamie quelques années plus tard.

— Mon chéri, comment peux-tu penser une telle chose ? Jamais nous ne pourrons accepter l’idée même de te perdre. Si tu es amoureux d’Ange ou de n’importe quel garçon, ça nous va. À condition qu’il ne te fasse pas souffrir.

Son regard se fait plus grave.

— Ange le sait ? Car de ce que tu m’avais dit sur lui, c’est plutôt le jeune homme qui coure après toutes les jolies lles, non ?

Je souris devant la description que fait ma mère du Mexicain. C’était tout lui, c’est un fait. Mais il a changé. J’ai encore du mal à y croire ! Il est amoureux de moi. De moi, Cosme Salinger, un mec banal, solitaire et ennuyeux.

— Nous sommes ensemble, lui con é-je. C’est tout récent ! Je… On s’aime vraiment. En tout cas, j’ai envie que ça marche.

Elle me sourit et acquiesce.

— S’il tient à toi autant que toi et qu’il te respecte, ça me va. Et en plus, je l’apprécie ce garçon, commente-t-elle. C’est quelqu’un de droit et de loyal. Il n’y a qu’à voir ce qu’il a fait pour sa famille.

— Oui, il a des principes et il les respecte. Sous ses airs de mauvais mec, il a un cœur en or.

Je ne peux m’empêcher de sourire. Ange a beau avoir un caractère compliqué, être un peu torturé, il est aussi très doux, attentionné, drôle et gentil. Je suis fou de lui. Et plus j’apprends à le connaître, plus je l’aime. Je n’aurais jamais cru pouvoir éprouver un truc si fort. Avant lui, je n’étais jamais tombé amoureux. Il a bouleversé toute ma vie et retourné mon cœur dans tous les sens. Ange est mon tsunami. Mais je ne regrette rien. Il me rend heureux. Tant pis si jamais cela vient à se terminer. Jamais je ne blâmerai notre histoire. Jamais.

— Je suis contente de te voir épanoui, mon chéri. C’est tout ce qui compte en tant que maman, tu sais ? Quoiqu’il arrive, je suis là pour toi. Papa aussi. Quand tu es content, quand tu es triste, quand tu doutes, quand tu as peur… Tu peux tout nous dire et nous essaierons d’être à la hauteur pour t’aider à dépasser tes émotions.

— Je t’aime, maman.

Elle se redresse et m’attire contre elle. Son parfum familier à la rose me parvient aux narines et je l’entoure de mes bras. Cette discussion m’a fait beaucoup de bien, j’en avais besoin. Je suis rassuré d’avoir pu, en n, me con er à ma mère sur ma sexualité. De savoir que mes parents ne me rejetteront pas m’enlève un poids des épaules. J’avais si peur qu’ils le vivent mal. Maintenant, je me sens encore plus heureux. Prêt à pro ter de notre amour, à Ange et moi.

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