Getting up together

Marine Conan · Chapitre 6 sur 68

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Getting up together

Chapitre 5

 

Ange

— On a réussi, mec ! m’exclamé-je. Putain, j’arrive pas à croire que ta mère soit si cool.

Tyler ne semble pourtant pas aussi enthousiaste que moi.

Posé sur son lit, il est perdu dans ses pensées.

— Ty ? T’es avec moi ?

Il se redresse et me lance un regard contrit.

— Oui, désolé. C’est juste que… Elle ne va pas bien.

— Qui ?

— Ma mère, répond-il.

Je hausse les épaules, tentant de comprendre pourquoi il me dit ça.

— Barbara avait l’air plutôt en forme, répliqué-je. En n, compte tenu des circonstances…

Il secoue la tête et se lève pour fermer la porte de sa chambre où nous sommes montés après le dîner.

— Non, elle n’arrive pas à surmonter sa mort.

Il ne prononce pas le nom de son frère. Nul besoin. Je sais de qui je parle. Je fronce les sourcils. Mon visage doit s’affaisser comme à chaque fois qu’on évoque mon meilleur ami. Il me manque. Même si je ne montre rien, un vide immense habite mon corps. C’est comme si je n’étais plus capable d’être entier sans lui.

— C’est normal, lâché-je. Cela fait seulement quelques semaines. Comment pourrait-elle se remettre aussi vite ?

— Je sais bien. C’est juste qu’elle… Comment t’expliquer ça ? Il y a un truc qui cloche. Elle n’est pas elle-même.

— Laisse-lui un peu de temps. Elle vient de perdre l’un de ses ls de la pire façon qui soit.

Le silence s’installe entre nous durant quelques secondes. Je nis par inspirer profondément et dévisage Tyler.

— Quoi ? me demande-t-il en surprenant mes prunelles vissées sur lui.

— Est-ce que… Arthur a écrit une lettre ? Quelque chose ?

Depuis que j’ai appris qu’il n’était plus de ce monde, je me pose cette question sans cesse : pourquoi ? Quelles raisons l’ont poussé à mettre n à sa vie ? Comment mon meilleur ami, si joyeux, cool et populaire, a décidé un jour qu’il n’était plus capable de supporter cette vie ?

Tyler baisse la tête, apparemment mal à l’aise.

— Maman a fouillé dans ses affaires, m’avoue-t-il. Elle a tout retourné. Mais rien. Pas le moindre mot. Que dalle. C’est frustrant, putain !

Je sursaute en l’entendant hausser le ton. Ce n’est pas son genre. Loin de là.

— J’aurais voulu qu’il s’explique, poursuit-il d’une voix plus faible. Qu’il ne nous lâche pas comme ça. Qu’est-ce qu’il nous reste maintenant, hein ? Comment on est censé se relever alors qu’on ne comprend pas pourquoi il est mort ?

Je me lève. Tyler fait les cent pas dans sa chambre. Son visage rougissant trahit son énervement.

— Je le déteste, putain. Même mort, il continue de me faire chier.

— Ty, s’il te plaît, arrête… Ne dis pas des choses que tu risques de regretter, tenté-je de le calmer en posant ma main sur son épaule avec fermeté.

Il déglutit et baisse la tête.

— C’est juste que je ne comprends pas, Ange. Pourquoi ?

Il s’affaisse et je le laisse s’écrouler dans mes bras. Merde. Je ne m’attendais pas à ça. Tyler est si digne. Il n’a pas craqué une seule fois depuis qu’on a enterré son frère. Même à l’église, il n’a pas pleuré contrairement à moi.

— Il n’y a pas de raison, j’imagine, souf é-je. Ou peut-être que si. On a loupé un truc, mais quoi ? Arthur n’était pas du genre à pleurnicher sur son sort. Il était toujours en train de sourire. De toute la bande, c’était sans doute le mec le plus cool. Le plus positif.

Je marque une courte pause en tentant de retenir les larmes qui me montent. Son image est gravée en moi. Je le revois encore rire aux éclats lors de nos innombrables soirées. Et son visage rayonnant lorsqu’on a remporté la nale de basket l’an dernier.

— Sauf qu’aujourd’hui, il n’est plus là. Alors, ouais, on va devoir vivre avec ça. Accepter qu’on ne saura peut-être jamais ce qui a pu lui passer par la tête pour qu’il en arrive là.

— Mais comment on peut faire ça, hein ? murmure le jeune homme.

— C’est une question à laquelle on a pas encore de réponse… Mais ça viendra, j’espère.

Il acquiesce avant de s’écarter doucement de moi.

— Désolé, Ange. Je ne voulais pas… En n, je ne comprends pas ce qu’il m’est arrivé. C’est juste que c’est un peu dur en ce moment.

— Tu n’as pas à t’excuser, Ty. C’était ton jumeau. Tu as le droit de pleurer. D’avoir mal. D’être en colère contre lui. Toutes les émotions que tu éprouves, j’imagine que c’est normal. En tout cas, moi, je les ressens. Certains soirs, je chiale encore comme un gosse parce que je me rends compte que je reverrai plus sa tête de con.

Je réussis en n à arracher un sourire à Tyler. Je lui tapote maladroitement l’épaule. C’est drôle. Nous n’avons jamais été très proches, lui et moi, mais nous avons besoin l’un de l’autre en ce moment.

— Oui… Je crois que je gérerais mieux si je savais. Pouvoir mettre des mots sur son suicide. Peut-être que je pourrais l’accepter un peu plus.

— Ouais… Ou tu te dirais, merde, comment j’ai pas pu comprendre ça et tu t’en voudrais davantage, rétorqué-je. C’est quitte ou double. Toute cette histoire est tellement merdique. Perdre quelqu’un, c’est un gros choc, mais, quand il s’est foutu en l’air, c’est encore pire.

Tyler con rme d’un signe de tête.

— Je vais pas tarder, souf é-je en constatant qu’il est déjà presque minuit. Ma mère va s’inquiéter.

Je lui lance un regard avant d’ajouter :

— Sauf si tu as besoin que je reste ? Je peux dormir ici si tu veux ? lui proposé-je.

Il sourit et refuse d’un geste de la main.

— Ne t’en fais pas. Je vais bien, me dit-il. En n, ça va aller.

— Tu verras, on va organiser un truc hyper cool pour offrir un adieu digne de ce nom à Arthur.

— Merci, Ange.

J’acquiesce et le salue avant de quitter sa chambre. Pas besoin qu’il me raccompagne, je connais la maison. Après avoir dit au revoir à sa mère et constaté que son père n’était toujours pas là, je grimpe sur mon vélo et prends le chemin du retour.

C’est drôle, mais je me sens bizarre. Cette discussion avec Tyler me reste en travers de la gorge. Au fond, je n’ai pas voulu le lui dire, car j’essayais de le rassurer, mais, moi aussi, je suis obsédé par les causes de la mort de mon meilleur ami. Les paroles de son jumeau résonnent dans mon esprit : et si on ne se remettait pas de son suicide tant qu’on ne comprendrait pas son geste ? S’il avait raison ? Peut-être que nous devrions tenter d’en apprendre davantage ? Mais comment ? Arthur n’a pas laissé de lettre. Évidemment… C’est Arthur. Ce n’est pas son genre d’écrire des mots larmoyants sur un bout de papier. Par contre… C’était un geek ! Son PC.

L’image de son ordinateur portable qu’il trimballait partout se glisse brusquement dans mon cerveau. Il me le faut ! Si je fouille dedans, peut-être que je trouverai un truc ?

Ça vaut le coup d’essayer… J’en parlerai à Tyler quand on se reverra.

Perdu dans mes pensées, je me rends compte que je suis déjà devant chez moi. Tant mieux. Je rêve de retrouver mon lit. J’ai l’impression d’avoir couru un marathon ! C’est juste mon cerveau qui bataillait pour savoir ce qui avait pu arriver à mon meilleur ami. Comme souvent ces derniers temps ? J’imagine tout et n’importe quoi. Était-il gravement malade ? Venait-il d’apprendre qu’il était condamné et qu’il a préféré mettre n à ses jours plutôt que d’éviter de devenir un légume ? Ou bien avait-il des problèmes de jeu ? Mais toutes ces suppositions me semblent tirées par les cheveux. Puis, surtout, pourquoi ne m’en aurait-il pas parlé ?

Un soupir m’échappe tandis que je me glisse à l’intérieur de la maison. Pas un bruit. Tout le monde dort. Ça fait du bien. Au moins une soirée sans drame. Si on oublie la crise de Tyler…

D’ailleurs, je m’empresse de lui envoyer un SMS pour lui dire que je suis bien rentré comme il me l’a demandé. Une fois mes fringues retirées, je me réfugie sous ma couette, simplement vêtu d’un boxer. Il est temps que je dorme.

Pourtant, je sens que le sommeil va être dif cile à trouver. Des images de mon meilleur ami ne cessent de traverser mon esprit. Arthur, plus jeune, en train de pêcher. Arthur, le nez pété après avoir dragué la nana d’un mec plus âgé. Nos premières cuites. Nos premiers joints. On a vécu tellement de trucs ensemble quand j’y repense. Merde, pourquoi Arthur ? Pourquoi t’as fait ça ?

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