Getting up together

Marine Conan · Chapitre 25 sur 68

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Getting up together

Chapitre 24

 

Q Cosme u’est-ce qu’il me veut encore ? Le nom d’Ange s’af che sur

mon téléphone.

Il m’a déjà envoyé un message hier pour avoir de mes nouvelles. Depuis que je commence à aller bien mieux, il ne vient plus à la maison.

De toute façon, c’est bientôt la n de l’été. Dans quelques jours, nous ferons notre rentrée. La dernière au lycée. Je doute qu’il continue de me calculer une fois que nous aurons repris les cours. Après tout, Ange et moi ne sommes pas amis.

Bien sûr, il a été cool depuis que je suis sorti de l’hôpital. Il s’est occupé de moi avec dévouement. Il m’a fait rire, m’a aidé dans ma rééducation et m’a boosté pour nager histoire d’accélérer les choses, mais ça reste Ange…

Je pense qu’il n’agissait que par culpabilité. Après tout, c’est lui qui m’a envoyé tout droit à l’hosto. Normal qu’il se sente un peu mal après ça.

Une fois que je prends connaissance de son SMS, je soupire. Il veut venir à la maison pour que je le dépanne sur un truc. Pourquoi ? Bon, de toute façon, je n’ai rien d’autre à faire. Je joue à la console depuis plusieurs heures et je commence à perdre patience à force de me faire tuer.

[OK, tu peux passer.]

J’éteins mon jeu et lance Net ix pour mettre en fond une émission

culinaire sur la street food 1 asiatique. J’aime bien ce type de documentaire. Ça m’occupe et c’est hyper intéressant.

Lorsqu’Ange arrive, ils sont en train de présenter un food truck2 qui sert des pads thaïs. Leur simple vue me donne faim.

— On entre ici comme dans un moulin ! s’exclame le jeune homme en pénétrant dans le salon.

— Ce n’était pas fermé ! Je suis encore un peu à la ramasse pour courir ouvrir la porte, lâché-je en désignant mon pied de la tête.

— Merci de m’avoir laissé venir. J’ai vraiment besoin d’un coup de main.

Il s’installe à côté de moi sur le canapé et pose sur la table basse un PC portable. Dubitatif, je le regarde.

— Ne me dis pas que tu veux que je te télécharge de nouveaux

lms, grogné-je. Je t’ai montré comment faire.

Il secoue la tête alors que je m’apprête à me moquer de lui sur son incapacité à se servir d’un ordinateur. Ce mec est un dieu avec un ballon de basket entre les mains, par contre les nouvelles technologies et lui…

Mais devant son visage sérieux, je m’abstiens. Je l’ai rarement vu avec une mine aussi lugubre. Sauf quand j’étais à l’hôpital, allongé sur un brancard, et qu’il ignorait si je remarcherais un jour.

— C’est le PC d’Arthur, nit-il par murmurer au bout de quelques secondes. J’ai besoin que tu le crackes. Je n’ai pas son mot de passe, Tyler non plus.

Je fronce les sourcils. Il est sérieux là ?

— Ange, je ne sais pas faire ça…, protesté-je. Tu me prends pour qui ?

— Pour un geek qui peut tout à fait apprendre à cracker un PC…

Il soupire et s’approche de moi :

— Cosme… S’il te plaît, essaie au moins. Tu es la seule personne à qui je peux demander un truc pareil.

— Et pourquoi ça ? Je ne suis même pas ton ami.

— Parce que, toi, tu sais pour Arthur. Je n’ai pas envie d’expliquer à n’importe qui que je veux connaître la raison pour laquelle mon meilleur pote s’est foutu en l’air ! rétorque-t-il avec rage. Tu crois que ça m’amuse de venir te saouler avec ça ? Tu ne l’appréciais même pas. Mais… Mais t’es le seul de la bande qui se débrouille un minimum en informatique.

Je ne réponds rien. À vrai dire, je ne sais même pas quoi répliquer. Il n’a pas tort, je me chais d’Arthur. Mais je me retrouve impliqué dans toutes ces histoires parce qu’il sortait avec Bonnie. Et c’est ma meilleure amie. Pour elle, j’ai été à son enterrement. Puis au Mexique pour une stupide cérémonie bis. Maintenant, voilà qu’Ange me demande de jouer à l’apprenti détective pour en apprendre davantage sur sa mort.

Un soupir m’échappe. Soudain, il se lève et attrape le PC.

— C’est bon, j’ai compris. Je ne te dérange pas plus, marmonne-t-il avant de tourner les talons d’un geste vif.

Merde. Je me redresse légèrement, mais renonce à quitter le canapé. Il est trop rapide pour moi.

— Ange ! Attends…

— Quoi ?

Il continue d’avancer vers le hall d’entrée.

— Je vais le faire, annoncé-je. En n, j’essaierai. Je ne te promets pas de réussir, mais OK.

Il se retourne vers moi, un sourire soulagé sur son visage n.

— C’est vrai ?

Étrangement, la lueur qui éclaire de nouveau ses prunelles sombres me fait plaisir. Je préfère le voir comme ça. Il avait l’air perturbé en arrivant.

— Oui. Pose-le là. Je ne pourrais pas m’en occuper tout de suite, le prévins-je. On va partir quelques jours avec mes parents avant la rentrée scolaire. Histoire que je pro te un peu de ces vacances.

— Je comprends, ouais… Ça a pas été la folie pour toi.

Je secoue la tête tandis qu’il repose l’ordinateur sur la table.

— Qu’est-ce que vous cherchez au juste ? lui demandé-je. Bonnie est au courant ?

— Pas encore, mais Tyler va la prévenir.

Le jeune homme se recroqueville sur le canapé, le regard fuyant. De nouveau, une ombre voile ses prunelles. Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

— Ange ? Parle-moi.

J’hésite à poser ma main sur son épaule, mais je me retiens.

— Arthur… Il… Il nous cachait des choses, débite-t-il soudain d’une voix rauque. C’est un truc de fou. Tu penses connaître une personne et, nalement, tu t’aperçois que c’était un inconnu.

— Ne dis pas ça…, souf é-je.

— On a fouillé son portable, se contente-t-il de rétorquer comme si cela suf sait à tout expliquer.

Je le dévisage avec surprise.

— Et alors ? Qu’est-ce qu’il y avait ?

— Il se droguait. Et il trompait Bonnie.

Je lève les yeux au ciel.

— Ce n’est pas nouveau ça, elle était au courant. Et toi aussi, tu fumes des pétards, répliqué-je.

Ange secoue la tête et la prend entre ses mains, af igé.

— C’était plus que ça, Cosme. Tu ne comprends pas, c’est… Lui, c’était de la drogue dure, des produits dopants. Je crois qu’il n’arrivait plus à jouer correctement, je sais pas en fait. Je te jure, je suis paumé.

Je réalise que des larmes coulent sur ses joues. Il pleure. Rapidement, cela se transforme en sanglots.

— Ange, s’il te plaît, calme-toi.

Je m’approche de lui et pose ma main sur son épaule avec maladresse. Comment agir ? Qu’est-ce qu’on est censé faire quand un des mecs les plus populaires de son lycée se met à chialer devant nous, hein ?

— Chut…

Je l’attire contre moi et il se laisse choir entre mes bras. Durant plusieurs minutes, il extériorise toute sa tristesse. Il a dû retenir cette souffrance au fond de lui en espérant que ça nisse par s’atténuer. Mais l’accident de la cabane et ce qui est en train de se passer me prouve que c’est loin d’être terminé. Ange n’a pas fait son deuil.

Est-ce que comprendre pourquoi Arthur est mort l’aidera ? Est-ce que Bonnie ira mieux aussi ?

Aucune idée, mais ça vaut le coup de tout tenter. Je refuse de les laisser souffrir tous les deux.

— Désolé…, bredouille-t-il avant de s’écarter d’un geste vif de moi. Je… Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je… Merde. Je devrais y aller.

— Ange, ne pars pas. Pas comme ça, souf é-je. Tu ne veux pas boire un truc ou manger des cookies ? Ma mère en a fait ce matin.

Il secoue la tête et se lève du canapé. Son visage est strié par les larmes, même si ses sanglots se sont calmés.

— Je m’en fous que tu pleures devant moi.

À mon tour, je me mets à sa hauteur.

— Avec ce que tu as vécu, c’est normal. C’est même plutôt étonnant que tu ne l’aies pas fait avant. Tu as perdu ton meilleur ami.

Sans compter les problèmes de famille qu’il a. En n, il ne faut pas avoir fait des études d’ingénieur pour comprendre que derrière ses airs de mec cool, il n’est pas aussi bien dans sa peau qu’il le montre. J’ignore ce qu’il vit, mais j’ai deviné qu’il était plus sombre que son attitude de déconneur qu’il tente de se donner.

— Ouais, mais… Laisse tomber. Je me barre. Ma sœur m’attend pour que je l’emmène à son entraînement de danse.

— OK… Appelle-moi ce soir si tu veux.

Je ne sais même pas pourquoi je lui ai proposé ça. Parfois, j’oublie que j’ai devant moi le gars qui passe son temps à me faire chier au lycée. La star de basket qui prend plaisir à ridiculiser tous ceux qui n’appartiennent pas à son petit groupe. Parce que je vois celui qu’il est au fond et que j’ai envie d’être là pour lui.

— Ouais, se contente-t-il de répéter. À plus, Cosme. Merci pour le PC.

Sans attendre ma réponse, il s’empresse de se barrer et claque la porte derrière lui.

Je me sens impuissant. J’hésite à le retenir, mais à quoi bon ? Il s’en veut d’avoir craqué devant moi.

De toute façon, on se reparlera une fois que j’aurais réussi à cracker ce foutu ordinateur…

1 En anglais : nourriture de rue.

2 En anglais, camion qui sert de la nourriture. Concept de plus en plus répandu.

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