Getting up together

Marine Conan · Chapitre 59 sur 68

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Getting up together

Chapitre 58

 

M Ange on gobelet à la main, je regarde au loin Wesley en train

d’embrasser sa nana du moment. Il a l’air si insouciant. Je

grogne et termine ma vodka avant de me resservir.

— Ange ?

Isma s’installe à côté de moi sur le canapé et me lance une œillade sévère.

— Tu fous quoi, là ? me demande-t-il. Ça fait le quatrième verre que tu t’en les. Je croyais que t’avais diminué.

Contrairement aux autres, Isma est le seul à avoir fait attention à ma consommation d’alcool. Sans doute parce qu’il ne boit pas et qu’il m’avait déjà alerté quelques fois sur les dangers de trop picoler pour ma carrière de sportif.

— Je me fais chier, me contenté-je de répliquer. Cosme n’est pas là pour jouer au ic avec moi, donc pas besoin de prendre sa place !

Surpris, il me dévisage. Une légère inquiétude se devine dans ses iris sombres.

— Qu’est-ce qu’il t’arrive ? Y a un truc qui cloche ou quoi ?

Il n’est pas très à l’aise. Normal, nous ne sommes pas du genre à nous con er les uns aux autres dans l’équipe. Surtout Isma. Il est fort comme un roc. Il ne laisse jamais rien paraître !

— Non, rien, grommelé-je.

Qu’est-ce que je pourrais lui dire de toute façon ? Cosme est de plus en plus souvent avec son mec et il me manque ? Que je me demande ce que je ressens pour lui ? Qu’il m’a embrassé et que j’ai aimé ça ? Hors de question. Je suis déjà incapable de m’avouer tout ça. Comment le dire à quelqu’un d’autre ?

— Tu devrais rentrer chez Cosme, te coucher et passer une bonne nuit de sommeil, me conseille-t-il. Ça ira mieux demain.

— Ouais… Sans doute.

Je termine mon verre, le pose sur la table d’un geste sec et me lève. Je titube. Si bien que je suis obligé de me rasseoir.

— Je vais te ramener, déclare mon pote en me tendant la main.

— Merci…

Il me soutient jusqu’à sa voiture et m’aide à m’installer à l’intérieur.

— Tu gerbes pas, hein ?

Je secoue la tête et ouvre la fenêtre pour prendre l’air tandis qu’il démarre.

— Tu vas rester longtemps chez Cosme ? me questionne-t-il.

C’est l’un des seuls avec Wesley à savoir que je squatte chez le jeune homme. Je ne suis pas rentré dans les détails, j’ai juste dit que c’était la merde entre mes parents et basta. Ils se sont contentés de mon explication en me vannant sur mon nouveau colocataire.

— Peut-être encore quelques semaines. Ou un peu plus, chuchoté-je.

À vrai dire, j’ai du mal à imaginer qu’un jour, je n’habiterai plus chez lui. L’idée de ne plus le croiser le soir avant de me coucher ou le matin au réveil me semble étrange. Surtout que depuis qu’il est avec son mec, je le croise moins… Alors, le jour où je ne suis plus là-bas, on risque de se voir beaucoup moins. Mon cœur se serre à cette idée.

— Y a un truc entre vous ?

Je fronce les sourcils en entendant la question d’Isma.

— Quelque chose… entre nous, bégayé-je. Qu’est-ce que tu veux dire ? Il n’y a rien !

— Je ne sais pas… T’es chelou dès que t’entends son nom en ce moment, réplique-t-il en haussant les épaules.

— Mais non, pas du tout ! protesté-je. C’est juste que… Bref, lâche l’affaire ! On s’est un peu embrouillés.

Autant lui dire ça. Il me chera la paix comme ça. Je n’ai pas envie de parler de Cosme avec lui. C’est trop bizarre.

— OK.

Je savais qu’il laisserait tomber. Je retiens un soupir de soulagement et tourne le visage vers la fenêtre pour observer la route qui dé le.

Lorsqu’il arrive devant la maison de Cosme, je lui fais face et lui adresse un mince sourire.

— Merci encore, mec !

— Avec plaisir. Dors bien.

Je sors de sa voiture et me hâte de me diriger vers l’entrée. Le double des clés est caché sous le pot de eurs à gauche. Je pénètre doucement à l’intérieur. Aucune lumière. Tout le monde doit déjà roupiller. Il est tard.

— Ange ?

La voix de Cosme me fait sursauter. La torche de son téléphone m’éclaire et je ferme les yeux en grimaçant.

— Ça va ? m’interroge-t-il en se dirigeant vers la cuisine.

Je le suis et il allume la petite lampe.

— T’as faim ? Soif ?

Il arrive à ma hauteur et pose sa main sur mon épaule. Brusquement, je me retourne vers lui et le jauge d’un regard méchant.

— Quoi ? grondé-je. Qu’est-ce que tu me veux ? Pourquoi tu me touches comme ça ?

Surpris, il me lance une œillade perdue.

— Ange… Qu’est-ce qu’il t’arrive ? souf e-t-il, mal à l’aise. Je ne comprends pas…

— Ah ouais ? Tu fais exprès ou quoi ?

Il recule. Je prends conscience qu’il semble avoir peur. De moi. De mes réactions. Mon haleine doit empester l’alcool. Moi qui avais juré de ne plus boire à outrance comme ça. Qu’est-ce qu’il m’est passé par la tête. Pourquoi j’ai fait ça ?

— Explique-moi, s’il te plaît, réclame-t-il. J’ai fait un truc de mal ?

Je secoue la tête. Au fond, qu’est-ce que je lui reproche ? D’être gay ? De m’avoir embrassé ? Ou tout simplement de provoquer des sensations chez moi dont je ne veux pas prendre conscience ? Aucune idée.

Tout ce que je sais à cet instant précis, c’est que je le déteste. J’ai envie qu’il disparaisse de ma vue. Ne plus jamais avoir à supporter sa présence près de moi.

— Dégage…, souf é-je.

— Ange, murmure-t-il, perdu. Parle-moi. S’il te plaît.

— Putain ! Fous-moi la paix, tapette !

Je réalise soudain que je suis chez lui et que je lui demande de dégager. Bravo, Ange. Tu gagnes l’Oscar de la connerie ! Je devrais me barrer. Mais pour aller où ? Retourner chez mon père et me prendre une raclée. Même pas en rêve. Squatter chez un de mes potes ? Pas d’humeur.

Je me sens coincé dans un piège. J’ai envie de disparaître. Loin. Très loin.

C’est de nouveau la main de Cosme posée sur mon avant-bras qui me fait revenir sur terre. Ce simple contact provoque chez moi un mouvement presque involontaire de recul.

— Ne me touche pas ! ragé-je en le poussant.

Il ne s’y attendait pas. Il tombe à terre et sa tête heurte violemment l’angle du plan de travail de la cuisine.

Abasourdi, je le regarde un instant sans savoir quoi faire. Je mets sans doute plusieurs secondes avant de réagir et de m’agenouiller à ses côtés.

— Cosme ? murmuré-je.

Il grogne et porte sa main à sa tempe. J’attrape ses doigts pour les écarter et voir s’il ne s’est pas fait mal, mais il me repousse à son tour.

— Tu devrais aller te coucher…, se contente-t-il de lâcher d’une voix neutre.

Des pas dans les escaliers m’alertent. Merde. J’ai réveillé la baraque entière… Entre mes cris et la chute de Cosme, comment faire autrement ?

La mère du jeune homme pénètre dans la pièce et son regard inquiet va de l’un à l’autre. Lorsqu’elle se rend compte que son ls est à terre et semble souffrir, elle se précipite vers lui.

Mon cœur palpite dans ma poitrine. Je suis foutu. Cosme va dire que je ne suis qu’un gros con violent et qu’il avait raison depuis le début sur moi. Ils vont nous virer ma famille et moi et on va se retrouver à la rue, perdus. Obligés de revenir chez mon père. Non. Tout, mais pas ça.

— Ça va, mon cœur ? lui demande-t-elle.

Elle l’aide à se redresser et il acquiesce doucement.

— Oui, je… Je n’étais pas bien réveillé, je me suis pris le pied avec mon chausson, gémit-il. Qu’est-ce que je peux être maladroit.

— Tu es sûr ?

Elle le jauge un instant et porte sa main à son front.

— Tu n’as rien ? Pas mal quelque part ?

— Non, non, ça va aller. Je vais juste me mettre un peu de glace et retourner au lit. Je suis crevé. Pardon de t’avoir réveillée.

Elle lui sourit et caresse ses cheveux avant de se tourner vers moi.

— Allez vite vous coucher les garçons, maintenant. Il est tard.

Après un instant d’hésitation, elle sort de l’eau du frigo et me la tend.

— Tu devrais boire un peu, me conseille-t-elle. Le réveil va être dif cile sinon demain. Je te laisserai de l’aspirine pour le petit-déjeuner.

Elle me lance un clin d’œil discret et quitte la cuisine. Évidemment, elle a deviné que j’étais torché. D’ailleurs, a-t-elle cru un seul mot de ce que son ls lui a dit ? Aucune idée…

Comment a-t-il pu me protéger ? Pourquoi a-t-il menti pour moi ? J’étais persuadé qu’il allait balancer que j’avais pété les plombs et qu’il fallait que je dégage. Mais non. Une fois de plus, il m’a sauvé. Pourquoi ?

Je me tourne vers lui. Il est en train d’enrouler un pain de glace dans un torchon. Il ne dit rien. Son regard est las. Voilé par une tristesse que je déteste voir. Je m’apprête à parler, mais me mords la lèvre. Je ne sais pas pourquoi je m’en suis pris à lui comme ça.

Alors, comme sa mère, je tourne les talons et me hâte de grimper les escaliers pour me réfugier dans ma chambre. Ce soir, je ne squatterai pas avec Cosme comme d’habitude. Pour jouer, parler ou même simplement faire nos devoirs.

Je me retrouve seul face à moi-même et à mes démons. Et cette fois, je ne peux pas me permettre d’appeler Cosme à l’aide. Pas après ce que je viens de faire.

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