Getting up together

Marine Conan · Chapitre 9 sur 68

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Getting up together

Chapitre 8

 

 

J Cosme ’ai du mal à croire que je viens de passer une partie de l’après-

midi avec Ange Solano. La star des Rosters. Rien que ça ! Pour

une fois, il n’a pas été désagréable. Il était même plutôt drôle ! Mais ça, personne ne me fera l’avouer. Je repense à sa main chaude et moite glissée dans la mienne. Ami-ami… Ouais, c’est ça. Comment puis-je être pote avec un mec qui m’a fait chier et s’est foutu de ma gueule toute l’année ? Mais, comme je l’ai promis à Bonnie, je vais faire des efforts. De toute façon, ce n’est que pour un mois, un mois et demi. À peine ! Dès que nous rentrerons de Tijuana, tout ce cirque va s’arrêter. Chacun reprendra le cours de sa vie. Autant se consoler comme on peut. Je grimpe sur mon vélo et me mets en route. Je dois rejoindre Bonnie chez elle.

Lorsque j’arrive devant la maison où elle vit avec ses parents, elle est en train d’arroser le bout de jardin qui accueille les visiteurs.

— Hey Bonn, m’exclamé-je en me précipitant vers elle.

Elle se tourne vers moi, tuyau à la main, et je me retrouve aspergé d’eau froide. Heureusement qu’il fait une chaleur à crever dehors. Bonnie esquisse une grimace contrite avant d’éclater de rire devant ma moue surprise. Je ne peux que l’imiter et je réussis à le lui voler pour lui rendre la pareille. Pendant quelques minutes, on se pourchasse en criant. Le jet passe de main en main et, à la n, lorsque nous nous arrêtons pour reprendre notre souf e, nous sommes trempés ! Ce moment d’insouciance fait du bien ! Depuis la mort d’Arthur, Bonnie ne sourit plus. Elle est éteinte. Loin de sa joie de vivre habituelle. En n, je la retrouve.

— Je suis bonne pour me changer, plaisante-t-elle en observant son tee-shirt.

De bleu pâle, il est devenu presque noir. Son short en jean aussi ! Je ris et approuve d’un signe de tête avant de retirer le mien.

— Ton père ne va pas me tuer si je rentre avec mon pantalon trempé ?

— Il préférera ça plutôt que de te voir à moitié à poil si tu l’enlèves, réplique la jeune femme.

La mère de Bonnie est militaire et souvent en mission à l’étranger. Son père, plus vieux, l’était lui aussi avant d’être à la retraite. Du coup, ils sont très proches tous les deux avec ma meilleure amie.

— Allez, viens !

Elle m’entraîne à sa suite vers chez elle et nous pénétrons à l’intérieur. Nous n’habitons pas loin l’un de l’autre. D’ailleurs, nos maisons se ressemblent un peu. Le classique de la famille moyenne américaine. Taille appréciable, un terrain et un quartier résidentiel assez calme.

— Papa, Cosme est là !

Il sort de son bureau et m’adresse un sourire. Bonnie est son portrait craché. La même tignasse brune, le même regard vif en amande et le menton droit.

— Vous vous êtes fait une baignade improvisée à ce que je vois, se moque-t-il devant nos tenues trempées et nos cheveux en désordre.

— Il fait mille degrés dehors ! C’est insupportable, proteste ma meilleure amie en glissant une mèche ondulée derrière son oreille.

Je la suis dans le couloir et nous nous posons dans son salon. Son père ne tarde pas à déposer devant nous deux verres de smoothie maison avec des cookies. J’adore venir chez elle juste pour ça. Il est aux petits soins. Un vrai papa gâteau !

Nous le remercions et je me tourne ensuite vers Bonnie avec un sourire.

— Phil est trop cool. Je devrais être là plus souvent ! m’exclamé-je.

— Papa t’apprécie beaucoup en plus ! Il m’a toujours dit qu’il te préférait à Arthur.

Elle rit et je hausse les épaules. Normal, son petit ami était un sportif, adulé de toutes les lles du lycée, séducteur et qui a déjà plusieurs expériences avec les nanas. Moi, je n’ai eu qu’une lle dans ma vie. L’an dernier. C’est la seule avec qui j’ai été plus loin. Avec Bonnie, nous ne sommes pas restés assez longtemps ensemble pour franchir le pas. Son père sait qu’avec Arthur, les choses allaient plus vite entre eux !

— Bon alors, ton après-midi avec Ange ? ajoute la jeune femme en souriant. Vous avez réussi à ne pas vous entretuer ?

— Disons qu’on a été polis. Il m’a même proposé de faire « ami-ami » ! me moqué-je.

— Comme c’est mignon ! Mon meilleur ami va devenir un mec populaire.

— Ne crois pas que cette amitié se prolongera après Tijuana ! la contré-je. Ce mec est un connard. Je fais ça pour toi, Bonn, rien de plus. Une fois qu’on en aura ni avec cette cérémonie, chacun va reprendre sa vie.

La jeune femme hoche la tête. Évidemment, elle sait très bien que je déteste les Rosters, surtout Ange et sa clique. Il n’y a qu’Arthur qui s’était adouci lorsqu’il s’est mis avec Bonnie et a compris l’importance de notre amitié.

— En attendant, vous avez avancé ou pas ? s’impatiente-t-elle. On doit partir dans moins de trois semaines.

— Ne panique pas ! ris-je. On a réservé l’hôtel. On prendra la voiture de Wesley, apparemment elle est assez grande pour nous tous.

Bonnie tape dans ses mains, enthousiaste.

— Avec Tyler, on a fait l’itinéraire le plus court et commencé à acheter quelques bricoles. Et toi, avec Ange, ça avance pour l’organisation de la cérémonie ?

— Disons que ça prend forme ! répliqué-je. Il est impliqué pour faire un truc bien. Nous devons nous revoir pour plani er les choses.

— Tant mieux. Je suis contente, souf e-t-elle. Je crois que j’ai besoin de cette cérémonie bis pour… Pour aller mieux. Pour comprendre que tout ça est bien réel et qu’il ne reviendra plus.

Je pose ma main sur son épaule. Ses yeux sont brillants. Elle retient ses larmes, mais je sens qu’elle est sur le point de craquer. Même si elle cache sa peine, je devine que ce n’est qu’une carapace. Arthur lui manque. Elle ne peut pas mettre sa mort de côté comme ça, aussi facilement.

— C’est normal, Bonn… Tu penseras à lui, même après ça. Tu l’aimais après tout. Tu as besoin de faire ton deuil. Laisse-toi le temps qu’il faudra.

Elle hoche la tête, mais ses épaules tremblantes me montrent qu’elle n’a pas réussi à retenir ses sanglots. Alors, je la serre contre moi pendant un long moment. Je me contente de caresser ses cheveux avec douceur. Le geste l’apaise. Une fois qu’elle s’est calmée, elle s’écarte de moi et me dévisage avec tristesse. Je déteste la voir comme ça. Je serai prêt à tout pour lui rendre son sourire.

— Je… Arthur et moi…, bredouille-t-elle. Ça n’allait pas si bien que ça, ces derniers temps.

Surpris, je l’observe, attendant qu’elle m’en dise plus. Pour moi, leur couple baignait dans le bonheur. Elle ne m’a jamais fait part d’aucune dispute entre eux !

— Il… Il m’a trompée avec une nana plus vieille. Une lle à l’université qu’il a rencontrée dans une soirée avec les Rosters. Ça n’a pas duré. Quand je l’ai découvert, deux semaines avant qu’il ne meure, j’ai voulu le quitter et il m’a supplié de rester. Il m’a dit qu’il ne pouvait pas vivre sans moi.

Elle s’interrompt. Des larmes coulent de nouveau sur ses joues, laissant des traînées de mascara sur son visage à la peau hâlée. Je serre sa main dans la mienne pour lui montrer que je suis là, que je l’écoute. Je ne la lâcherai jamais.

— Je… J’ai tenté de lui pardonner, continue-t-elle. Mais je n’y arrivais pas. J’avais trop mal. La veille de sa mort…

Sa voix se casse. Je ne la presse pas. C’est trop dur pour elle. Cette discussion semble lui peser. Elle a dû trouver du courage pour m’en parler. Elle reni e et essuie ses larmes avant de relever la tête vers moi.

— Je lui ai dit que je n’étais pas sûre de vouloir continuer notre relation, chuchote-t-elle. Qu’on devrait faire un break cet été et voir à la rentrée où nous en étions.

— Merde…, lâché-je. Je ne pensais pas que ça allait mal entre vous. Tu avais l’air si heureuse avec lui.

— Je sais… Je me sentais si humiliée que j’ai été incapable de t’en parler, m’avoue-t-elle.

Pendant quelques secondes, le silence plane entre nous. Bonnie semble dévastée. Je ne l’ai jamais vue ainsi.

— Si c’était de ma faute, Cosme ? S’il s’était tué à cause de moi ?

Sa voix n’est qu’un murmure. Je devine que cette question la ronge depuis que son petit ami a mis n à ses jours. Elle se sent coupable. Plus que la mort du jeune homme, c’est ce sentiment qui l’oppresse.

Je secoue la tête et attrape son menton entre mes doigts pour l’obliger à me faire face.

— Bonnie, tu n’es pas responsable, lui assuré-je. Arthur devait être malheureux bien avant. Je ne sais pas pourquoi. Je ne connaissais rien de lui si ce n’est ce que tu me racontais. Mais il ne se serait pas tué pour ça. Il a dû se passer des choses dont tu n’étais pas au courant. Des trucs qui expliquent son geste…

La jeune femme hausse les épaules et reni e bruyamment.

— Je… Je l’aimais, en n, je crois, poursuit-elle. Même si je voulais m’éloigner de lui pour soigner mon cœur…

— Je suis persuadé qu’Arthur le savait. Arrête de te sentir coupable, Bonn ! Tu n’y es pour rien. Il y avait forcément un mal-être chez lui que personne n’avait deviné.

Elle réussit à acquiescer. J’espère la convaincre qu’elle n’est pas responsable de ce qu’il s’est passé. Sinon, elle ne se relèvera jamais. Je la connais. Je caresse ses cheveux et elle essuie de nouveau des larmes sur son visage.

— Je vais essayer, souf e-t-elle. C’est juste que je me sens si mal. J’ai l’impression que si je n’avais pas parlé de ce foutu break entre nous, il serait encore là, tu vois ?

Je hoche la tête.

— Avec des « si », on refait le monde, tu connais l’expression, hein ? Concentrons-nous sur cette cérémonie que tu veux lui offrir et avançons, d’accord ?

— Merci, Cosme ! Je ne sais pas ce que je ferais sans toi !

Elle m’étreint longuement avant de s’écarter.

— Remettons-nous au travail, tu as raison. Je vais faire de ce voyage à Tijuana le plus bel hommage qui soit !

Elle m’adresse un semblant de sourire. Même s’il lui faudra du temps, j’espère qu’elle ira mieux et qu’elle réussira à s’alléger de ce poids qui pèse sur ses épaules !

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