Getting up together
Chapitre 12
J Cosme e lance un coup d’œil à mon téléphone. À peine quatre heures
du matin. Cela ne fait que trois heures que nous sommes
couchés et impossible de m’endormir contrairement à mon colocataire, qui a ron é sitôt sa tête posée sur l’oreiller ! La tequila n’a pas le même effet sur tout le monde… Je ne bois pas souvent, c’est sans doute pour ça. Après tout, je ne participe jamais aux soirées données par les élèves de mon lycée. Puisque la plupart sont organisées par les Rosters ou leurs nanas. Autant dire que je ne suis pas le premier mec à qui on pense quand il s’agit d’inviter des gens…
— Non… Arrête…
Je me ge. La voix rauque de mon voisin provient du lit jumeau à quelques pas du mien. Il me parle ?
— S’il te plaît, laisse-nous…
Je le dévisage, perplexe. Il se tourne, repousse le drap dévoilant ainsi son corps seulement vêtu d’un short de basket à l’ef gie des Heat. Il marmonne quelques mots que je ne parviens pas à saisir. Puis soudain, un cri lui échappe. Je sors de mon lit à la hâte et m’agenouille près du Mexicain.
— Ange ?
Il se tourne encore, grogne. Il a l’air moite, mais je n’ose le toucher pour m’en assurer. Est-ce qu’il a de la èvre ? J’espère qu’il n’est pas malade.
— Stop !
Un cri aigu de nouveau. Ça me déchire le tympan. La douleur transperce dans sa voix. Un cauchemar ? Sans doute. Je pose alors ma main sur son épaule et le secoue un peu.
— Ange, c’est moi, Cosme. Tout va bien, chuchoté-je.
Il repousse mes doigts brusquement, toujours endormi. Je manque de tomber à la renverse et me redresse pour attraper son poignet.
— Tout va bien, Ange. Je suis là. S’il te plaît, réveille-toi maintenant.
Il nit par ouvrir un œil. Puis un deuxième. Après quelques secondes, il réalise que je suis assis sur le matelas, tout près de lui.
— Tu fais quoi là ? s’écrie-t-il.
— Je…
— Ne me dis pas que t’essayais de me peloter pendant que je dormais !
Surpris, j’écarquille les yeux. Il est sérieux ? Comme si c’était mon genre de faire ça ! Je le frappe sur le torse et abandonne son lit pour me positionner debout, face à lui, les traits fermés.
— T’es malade ou quoi ? Tu étais en train de hurler dans ton sommeil ! l’informé-je. J’étais inquiet, c’est tout.
Il allume sa lampe de chevet. Son visage est sombre.
— Qu’est-ce que je disais ? me questionne-t-il.
— Tu avais l’air d’avoir peur.
Ouais, c’est ça. De la crainte. Voilà ce que sa voix criait.
— Tu demandais à quelqu’un d’arrêter et de vous laisser, continué-je. Tu bougeais dans tous les sens. J’ai ippé que tu tombes, ces lits sont minuscules !
— Désolé, chuchote le jeune homme en s’assoyant, son dos contre son oreiller. J’ai dû trop picoler hier soir. Ça me fait des trucs bizarres parfois…
— Ça va mieux ? Tu veux un verre d’eau ?
— Arrête, Cosme, fais pas genre que tu t’inquiètes pour moi.
— Bien sûr que si ! protesté-je. J’ai eu peur.
— C’est rien, c’est bon ! C’est juste un cauchemar. Pas besoin d’en faire tout un plat.
Il soupire et se lève pour se diriger vers la terrasse. Il a l’air agacé. Pourtant, je n’ai rien dit de déplacé ni rien fait pour l’énerver. Qu’est-ce qu’il y a de mal à s’inquiéter pour lui ? Ce n’est pas parce que nous ne sommes pas amis que je ne peux m’en faire pour lui ! Surtout après une telle scène…
— Ange…
Je me dirige à mon tour dehors pour le rejoindre. Accoudé contre le muret, il a le regard perdu dans le vide.
— Pourquoi tu réagis comme ça ? Ce cauchemar, ce n’était pas la première fois, hein ? deviné-je.
Il hausse les épaules. Sans un mot, il retourne dans la chambre et revient quelques instants plus tard avec une clope. Ou un joint… Il a sérieusement amené de la drogue ici ? Au Mexique ? Ce mec est fou !
— Tu fumes ?
— On dirait bien que oui… Belle déduction…, réplique-t-il en allumant le n bâtonnet blanc.
— Tu aurais pu tous nous faire nir en taule avec ça ! grogné-je.
— T’en amme pas, Face d’escargot. Je l’ai acheté à un type de l’hôtel. J’aurais pas risqué de trimballer ça avec moi ! Des jeunes qui partent en bande à Tijuana, on est chés direct !
Face d’escargot… Même si je n’apprécie pas ce sobriquet qu’il s’obstine à me donner depuis le début de la mission « cérémonie bis », l’entendre à cet instant me fait presque plaisir. C’est qu’il reprend du poil de la bête. Je préfère ça que de le voir hurler dans son sommeil.
— T’en veux ? me propose-t-il après avoir tiré une latte.
Hésitant, je ne réponds rien. Je n’ai jamais fumé un pétard. Sans compter que j’ai bu plus qu’il ne l’aurait fallu hier.
— Allez, fais pas ta mijaurée ! On est à Tijuana. C’est un peu comme Vegas. Ce qu’il se passe à Tijuana reste à Tijuana, tu connais la chanson.
Il me tend le joint avec un grand sourire.
— En plus, on repart demain soir… C’est maintenant ou jamais !
Je ris malgré moi. Ange a toujours réponse à tout. Qu’est-ce qu’il peut être agaçant parfois ! Pourtant, ces quelques jours avec lui m’ont montré qu’il était drôle et plus sympa que je ne le pensais.
— Vas-y, le-moi ça !
Qu’est-ce qu’il m’arrive ? Ce mec est tout sauf un ange ! Je picole, je vais fumer. Et quoi ensuite ? Je vais voler une voiture ou prendre un rail de coke ? Je tire avec prudence sur la cigarette roulée, tente d’avaler la fumée, mais m’étouffe lamentablement. Je toussote sous le regard amusé d’Ange.
— Putain, j’arrive pas à croire que c’est ta première fois ! ricane-t-il. D’où sors-tu, Cosme ?
Je hausse les épaules et recommence. Je réussis cette fois à ne pas m’étrangler. Le goût âcre m’arrache quand même un grognement.
— C’est dégueu, décrété-je. Tiens, je te le rends.
— Tant mieux, ça en fera plus pour moi !
Il fume de nouveau et laisse échapper un soupir d’aise.
— Ça fait du bien.
— T’oublies tes cauchemars grâce à ça ? l’interrogé-je.
Il rit et se tourne vers moi.
— Merde, t’es encore là-dessus ! Je t’ai dit que c’était rien. Relax…
Non, ce n’était pas rien. Je le sais. J’ignore comment, mais je devine qu’il y a un truc sous ce cauchemar. J’aurais aimé qu’il se con e à moi. Mais après tout, je ne suis pas son ami ni lui le mien. Nous partageons cette chambre à cause d’un stupide papier ciseau et, si je participe à ce voyage, c’est pour Bonnie.
— Si jamais tu changes d’avis et que tu veux en parler, je suis là, me contenté-je de dire. Je vais me recoucher.
— Bonne nuit, Cosme.
Sa voix est plus douce. Il se retourne vers la vue qui s’offre à nous tandis que je me blottis sous le drap. Si je peux dormir un peu, ce n’est pas de refus. La journée va être bien chargée. C’est notre dernier jour à Tijuana et le moment où l’on va rendre hommage à Arthur. Pour l’instant, le voyage s’est déroulé sans encombre. Tout le monde a aimé le programme qu’on a concocté ! Marché, shopping, découverte d’un village pas très loin de Tijuana, balades en mer et visite du stade local ! Sans oublier des soirées casino et boîtes de nuit pour respecter le côté fêtard du jeune homme.
Dès qu’il était avec les Rosters, il ne perdait pas une occasion pour faire la fête ! J’ai pris sur moi. Je ne suis pas très sociable et passer plusieurs jours en groupe comme ça est éprouvant. Pourtant, selon Bonnie, j’ai réussi – pour une fois ! – à être intégré et à paraître normal. Sympa, ma meilleure amie ! Après tout, je supporte Ange ! Ce n’est pas donné à tout le monde et encore moins à moi, le mec qu’il vanne sans arrêt !
J’espère que le programme de demain plaira aux autres. Surtout à Bonnie. C’est le moment qu’elle attend depuis notre arrivée. Celui où elle pourra dire adieu à l’homme qu’elle aimait. Peu importe leur relation et le fait qu’elle voulait faire un break suite à la tromperie de son petit ami. Elle était amoureuse de lui.
— Tu dors toujours pas ?
Ange est de retour dans la chambre. Je ne l’ai même pas entendu rentrer et fermer la fenêtre.
— Je n’y arrive pas, souf é-je.
— Tu aurais dû fumer un peu plus ! me dit-il. Ça t’aurait aidé.
— Non, je n’ai pas envie, marmonné-je. C’est un coup à devenir accro à cette merde.
— N’importe quoi ! Ça ne m’arrive pas souvent. Juste un, de temps en temps, se justi e-t-il.
Il se rallonge dans son lit et laisse échapper un bâillement. Dans moins de dix minutes, ce crétin dort. Je commence à connaître le personnage. Je me tourne sur le côté. La lampe de chevet d’Ange est toujours allumée, illumine son visage dont les traits sont détendus. Bien plus que tout à l’heure lorsqu’il était en train de hurler dans son sommeil !
Ses yeux clos lui donnent un côté presque chérubin. Je ne peux m’empêcher de me faire la remarque que ce mec est beau. Pourtant, ce n’est pas mon genre de mater les garçons ! Mais il faut le reconnaître, Ange a un physique qui ne laisse pas indifférent. Normal qu’il plaise à toutes les lles ! Si j’étais plus baraqué, comme lui, peut-être que certaines nanas se retourneraient sur moi aussi. Si je lui demandais de me coacher ? Après tout, il fait du sport et il s’entraîne sans cesse ! Il peut bien me donner quelques conseils… Non, c’est la pire idée que j’ai eue. Qu’est-ce qu’il me prend ?
Une fois de retour à Tucson, chacun retournera à sa vie.
Et clairement, nos chemins sont parallèles !
OceanofPDF.com