Getting up together
Chapitre 38
Cosme
— Ne me dis pas que tu vas garder ton jean pour sortir ?
Le regard dubitatif d’Ange se pose sur moi. Lui, il a déjà en lé son costard, le même que celui du bal de Noël, et noué ses cheveux un peu trop longs avec un cordon de cuir. Il est beau comme un dieu. Merde… Pourquoi je me surprends à avoir de telles pensées pour lui ? Qu’est-ce qu’il m’arrive ?
— T’as quelque chose contre mon jean ?
— C’est le Nouvel An, mec ! Ça n’arrive qu’une fois par an. Tu pourrais faire un effort ! me dit-il. Au moins pour moi. Qu’on soit assortis !
Je souris devant son air de chien battu. Il sait comment s’y prendre avec moi.
— OK. Je vais éviter de te faire honte alors et en ler mon plus beau costume !
J’attrape ma chemise blanche, mon pantalon et le nœud papillon pour aller m’habiller dans la salle de bains. Heureusement que j’avais prévu une tenue un peu plus chic !
Lorsque je ressors, Ange m’adresse un clin d’œil complice.
— Bah voilà ! Je préfère ça, s’exclame-t-il en me passant le bras autour de l’épaule. T’as même mis une touche de parfum. Ça, c’est le Cosme Salinger que j’aime ! On va faire des ravages !
— Si on arrive à ne pas nir complètement bourrés avant minuit, ce sera déjà pas mal ! répliqué-je.
— J’attendrai au moins minuit trente pour ça, t’inquiète ! J’ai une jolie nana à embrasser pour la bonne année !
Je me retiens de lever les yeux au ciel. Ange a nalement décidé de convier Clea et Melissa à la soirée à laquelle nous nous rendons. Je suis d’ailleurs rentré seul et il a rejoint la chambre dans la nuit. Gentleman ! Moi, j’ai avoué à Clea que je n’étais pas intéressé. Elle a beau être gentille et mignonne, elle ne me plaît pas. C’est le problème. Depuis quelque temps, je ne pense qu’à Ange. C’est horrible ce que j’éprouve, je ne comprends plus rien. Qu’est-ce qu’il m’arrive ? Bien sûr, cela fait un moment que je n’ai rien ressenti pour une nana, mais je n’avais jamais envisagé que c’était parce que j’étais attiré par les garçons. Ça ne s’est jamais produit avant. Pourquoi maintenant ? Pourquoi Ange ? Est-ce seulement notre amitié qui me trouble ? Ou y a-t-il plus ? Cet attrait est-il réel ?
Je retiens un soupir en me rendant compte que mes yeux sont incapables de le lâcher. Il est en train d’agiter sa main devant mon visage.
— À quoi tu penses, Cosme ? Tu as l’air à l’ouest !
— Je… Rien. Je passe aux toilettes et on y va ?
— Ouais, vas-y ! Dépêche-toi, hein !
Lorsque je ressors, il est déjà près de la porte, attendant avec impatience que je le rejoigne. Il semble motivé pour s’amuser. Tant mieux. Je craignais que cette soirée ne soit plombée par le souvenir de son meilleur ami. Bonnie m’a écrit qu’elle était avec des copines pour se changer les idées.
Depuis le bal de Noël, son moral est de nouveau en berne sans que je ne sache pourquoi. Elle refuse de se con er. C’est étrange. Ce n’est pas son genre. Comme ça, je ne suis pas le seul à avoir mes petits secrets, elle aussi… Mais je me suis promis de lui parler dès que je rentrerai de Vegas. Il est hors de question que je la laisse se morfondre comme ça !
— Je suis prêt ! Allons-y !
Nous quittons la suite, enthousiastes et bien décidés à nous amuser !
***
Des feux d’arti ce pétaradent de partout. Nous sommes à l’hôtel Venetian Resort, une réplique de Venise dignement imitée. La soirée bat son plein. Il est minuit, ça y est ! Je me tourne vers Ange, qui abandonne Melissa pour se précipiter vers moi d’un pas titubant. Il a encore trop bu. J’ai perdu le compte, car moi aussi j’ai un peu abusé, mais il a dû dépasser les six verres !
— Bonne année, Arthur ! s’exclame-t-il en me prenant dans ses bras. Je t’aime, mon frère !
Je me ge sous son étreinte. Arthur… Merde. Je ne m’y attendais pas à celle-là !
— Ange… C’est moi, Cosme.
J’attrape son visage entre mes mains pour le forcer à me regarder.
— Arthur…, bredouille-t-il. Il est où ?
Ses prunelles laissent soudain transparaître un désarroi que je lui ai rarement vu. La dernière fois, c’était à la cabane.
— Il… Il est mort. Tu te souviens ?
Est-ce que je fais bien de lui dire ça ? N’aurais-je pas dû mentir ? Son visage se décompose en entendant mes mots.
— Mort… Non… C’est impossible.
Il prend sa tête entre ses mains, af igé.
— Je ne peux pas le croire. Arthur…
Melissa s’approche, l’air inquiète.
— Qu’est-ce qu’il se passe ? demande-t-elle.
— Rien. Je… On doit rentrer. Désolé ! Ange t’appellera demain, souf é-je.
J’attrape le bras du jeune homme et l’entraîne à l’extérieur du bâtiment. Il parle entre ses lèvres sans que je ne parvienne à comprendre un seul mot.
Le trajet retour me prend une vingtaine de minutes. Parfois, il s’arrête et refuse de marcher, réclamant Arthur à tout va. En n, j’ouvre la porte de notre suite et je le pousse doucement à l’intérieur avant de refermer.
— Ça va ? lui demandé-je alors qu’il s’effondre sur mon lit.
Des sanglots s’échappent de sa bouche sans qu’il ne parvienne à les contrôler.
— Arthur…, geint-il. Pourquoi t’es pas là ?
— Ange… Je suis là. Parle-moi.
Je m’installe à côté de lui et pose ma main dans son dos.
— Tu peux tout me dire, tu le sais, hein ?
Il nit par se redresser et me fait face, les yeux encore noyés de larmes. Ça me brise le cœur de le voir comme ça. Je déteste qu’il souffre. J’aime quand il sourit. Bordel, ce mec a pris trop d’importance dans ma vie. Depuis quand ses états d’âme ont-ils autant d’impact sur moi ?
— J’ai mal au crâne, Cosme. Tout est ou.
— T’as trop bu, grogné-je. Attends, ne bouge pas !
Je le dans la salle de bains et attrape la boîte de paracétamol que j’ai amenée. Je lui sers de l’eau et retourne près de lui.
— Tiens, prends ça. Ça va te faire du bien.
Au moins, il ne me prend plus pour son meilleur ami décédé. C’est déjà ça. Il a l’air d’être revenu à la raison. Peut-être qu’il dégrise un peu.
Il avale le comprimé et termine son verre d’une traite. Un soupir lui échappe.
— Tu crois que je vais me sentir mieux un jour ? me demande-t-il.
— Mais oui, ça ira mieux demain ! L’alcool aura disparu de ton corps !
— Non… Pour Arthur. Est-ce qu’un jour la douleur va s’en aller ?
Je me tais quelques instants, pensif. Que répondre à ça ? Je n’ai jamais connu la mort de près.
— J’imagine que oui… Ça va mettre du temps, mais ça nira par devenir de moins en moins fort. Même si tu ne l’oublieras jamais, ta peine s’atténuera.
Il essuie une larme et hausse les épaules.
— J’ai l’impression que ça ne passera pas. Je me sens mal. Coupable aussi… Ça me bouffe de l’intérieur.
— Coupable ? Mais de quoi ?
Ange soupire. Ses prunelles me fuient. Il a l’air mal à l’aise. Je lui attrape le menton pour qu’il se tourne vers moi.
— Parle-moi, Ange. On n’a plus de secrets l’un pour l’autre, non ?
— Ouais… Bizarrement… J’aurais jamais cru qu’un jour tu sois celui qui me connaisse le plus dans ce monde.
Il laisse échapper un rire forcé. Il n’a pas tort. Dire que le mec que je détestais l’an dernier est devenu celui avec qui je passe mon temps cette année…
— Arthur… Il m’a appelé, commence-t-il.
Il déglutit tandis que je le xe avec attention, la main toujours posée sur son épaule. Il ne semble pas s’en rendre compte, pris à son histoire.
— Le soir de sa mort. Ou quelques heures avant. Je sais plus trop, souf e-t-il. Je n’ai pas répondu au téléphone. Après, j’ai reçu un SMS de sa part pour me dire qu’il se sentait mal parce que Bonnie l’avait jeté et que rien n’allait en ce moment…
Il baisse les yeux, hagard. Laisse échapper un toussotement rauque.
— Et moi… Je l’ai ignoré. J’ai lu son putain de message, mais je l’ai laissé de côté parce que je gérais mes propres problèmes et que, pour moi, Arthur n’avait pas de vrais soucis. Une embrouille avec sa meuf, ouais… C’est pas la n du monde, non ?
Il secoue la tête et la relève pour me regarder de nouveau.
— Mon père était encore en train de fracasser ma mère alors je me foutais bien de ses états d’âme, continue-t-il d’une voix lasse. Et le lendemain, il était mort. Mort. Il s’était suicidé.
Je serre son épaule pour lui montrer que je suis là. Merde. J’ignorais tout ça. En n, pour son père, si. Il a ni par se con er à moi sur sa famille et son inquiétude pour sa mère et sa sœur. J’ai mieux compris les bleus qui ornent parfois ses bras et les coquards autour de ses yeux sombres. Ce n’est pas qu’il se bagarre en boîte comme il veut le laisser croire. Non. C’est son père qui lui fout sur la gueule. Ça me rend fou quand j’y pense. Je déteste la violence !
— Si j’avais répondu, est-ce qu’il serait encore là ?
— Je ne sais pas, Ange, murmuré-je. Il était mal dans sa peau. On ne se suicide pas pour un break avec sa nana. Bonnie aussi s’est sentie coupable de l’avoir quitté. Mais, vous n’êtes pas responsables. Vu ce que vous avez découvert avec Tyler, il y avait d’autres choses qui le minaient. Des petits trucs qui se sont accumulés et qui lui ont semblé insurmontables.
— Tu crois ?
— Bien sûr ! Il devait avoir un mal-être ancré en lui contre lequel il ne parvenait pas à lutter. Et quoiqu’il se serait passé, il aurait ni par se suicider. Ça aurait pu être une blessure au basket, une dispute avec ses parents, un examen foiré… Ne culpabilise pas. Ce n’est pas comme si tu étais en train de t’amuser de ton côté. Tu te battais toi-même contre tes propres démons.
— Je sais… Mais je ne peux pas m’empêcher de me demander si ça aurait été différent si j’avais été le voir ce soir-là.
— Arrête de te torturer, Ange. S’il te plaît… T’es en train de te foutre en l’air. L’alcool te détruit et tes pensées aussi. Il faut que tu te ressaisisses.
— J’ai besoin de toi, Cosme, me chuchote-t-il avant de tomber dans mes bras. Aide-moi.
— Je suis là. Je ne t’abandonnerai pas, je te le promets. Essaie de te reposer un peu, d’accord ?
Il hoche la tête et je le guide pour retirer ses vêtements. Ses gestes sont encore saccadés avec l’alcool. Il se glisse sous les draps et m’adresse un regard perdu.
— Tu peux dormir avec moi ? Je crois que je n’arriverai pas à fermer l’œil sinon.
— Je… OK. Deux minutes.
Je le dans la salle de bains pour me déshabiller. Merde, je vais être allongé près de lui. Bien sûr, il n’y a aucune ambiguïté de son côté. Mais ça me trouble beaucoup trop. L’idée d’être aussi proche de lui… J’ai du mal à rester de marbre. Je me lave les dents et me passe un coup d’eau froide sur le visage avant de sortir de la pièce.
Ange est déjà endormi. Ses yeux clos, ses traits apaisés, je l’observe un instant avec tendresse. Il souffre tellement sous ses airs de dur à cuire. Je ferais tout pour qu’il se sente mieux.
— Bonne nuit, souf é-je en me glissant à ses côtés.
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