Getting up together

Marine Conan · Chapitre 60 sur 68

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Getting up together

Chapitre 59

 

L Cosme e réveil sonne. J’ouvre les yeux, hébété. J’ai du mal à savoir

où je suis, quel jour nous sommes et pourquoi je me sens aussi

bouleversé.

Mais très vite, tout me revient comme un boomerang. Ange. Sa colère cette nuit. Sa façon qu’il a eue de me repousser brutalement. Son insulte. La chute dans la cuisine.

Mes doigts ef eurent mon front. Merde. Une bosse. Je ne me suis pas raté. Pourtant, j’ai laissé la glace longtemps hier. De toute façon, je ne parvenais pas à trouver le sommeil. Sans cesse, dès que je fermais les yeux, le visage d’Ange, déformé par la haine, me traversait l’esprit. Sa voix me transperçait le cœur comme des éclats de balle.

Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Pourquoi a-t-il agi comme ça ? C’est lorsque je l’ai ef euré pour savoir s’il voulait un truc… Mais ça ne signi ait rien. Je souhaitais simplement lui offrir à boire après sa soirée. J’ai tout de suite senti qu’il avait trop bu. Démarche hésitante, regard voilé et haleine chargée.

Pourquoi a-t-il été aussi violent ? Se peut-il que ce soit à cause … De mon homosexualité ?

Pourtant, il est déjà au courant. Lorsque je lui ai avoué ma relation avec Nicholas, il a été surpris, mais il ne m’a pas jugé. Il a écouté, il a tenté de s’intéresser et de comprendre. Alors pourquoi un tel rejet maintenant ? Pourquoi m’insulter de la sorte ?

Se peut-il que l’alcool ait fait ressortir cette haine qu’il semblait me vouer hier ? Comme si je le dégoûtais ? Cette simple pensée me brise le cœur.

Ange est l’une des personnes que j’aime le plus au monde. Si je le perds, comment vais-je survivre ?

Je ne sais même pas comment je dois agir en sa présence. Dois-je lui parler ? L’ignorer ? Après tout, il s’est montré d’une méchanceté sans nom hier… Je ne suis pas certain d’être tout à fait prêt à l’affronter maintenant. J’ai eu mal de le voir comme ça.

Pour la première fois, je ne suis pas parvenu à l’apaiser. Au contraire, c’était pire. À chaque mot que je prononçais, il semblait me détester plus encore.

Quelques coups frappés à ma porte me font sursauter. Je soupire et en le à la hâte un tee-shirt.

— Oui ?

Ma mère pénètre dans ma chambre et m’adresse un petit sourire contrit.

— Je ne te réveille pas ? me demande-t-elle.

Je secoue la tête.

— Je dois me lever, murmuré-je. Mais j’ai la emme.

Je désigne ma tempe en ée du doigt et hausse les épaules.

— Je me sens un peu raplapla.

— Justement, je t’amenais ça.

Elle s’approche et me tend un tube de pommade. De l’arnica ! Bénie soit-elle ! Elle pense à tout. Comme je suis sûr qu’elle a donné un cachet d’aspirine à Ange avec son jus d’orange pour le faire dessaouler. Ma mère est ce type de personne, présente pour les autres, qui s’en oublie même, et qui a toujours la petite attention qu’il faut au moment adéquat.

— Merci, maman.

Je dévisse le bouchon et glisse le gel sur mes doigts pour l’étaler sur mon front. Ça fait du bien.

— Tu ne veux pas rester à la maison aujourd’hui ? me propose-t-elle.

Surpris, je la dévisage un instant. Ce n’est pas son genre de me laisser rater les cours. En général, il faut que je sois vraiment cloué au lit. Ce qui n’est pas le cas ici. Même si je me sens un peu à l’ouest, c’est surtout mon cœur qui a souffert hier soir. Ma tête n’est qu’un dommage collatéral.

D’un côté, le confort rassurant de ma chambre m’apparaît presque nécessaire après cette nuit.

— Oui… Je crois que ça serait plus prudent, souf é-je. Je vais me reposer.

Elle m’adresse un sourire et caresse mes cheveux avant de m’embrasser sur le front.

— Tu veux que je reste à la maison ?

— Non, ne t’en fais pas. Ça va aller.

— D’accord.

Elle s’apprête à quitter la pièce, mais, une fois sur le seuil de la porte, elle se retourne vers moi.

— Je dirai à Ange que tu ne te sens pas bien. Qu’il ne t’attende pas pour aller au lycée.

Je la remercie d’un signe de tête. Comme ça, j’évite le jeune homme. Je ne suis pas prêt à subir encore son regard de dégoût sur moi.

Elle referme derrière elle et je soupire en me recouchant. Il faut que j’envoie un SMS à Bonnie. Sinon, elle va s’inquiéter.

***

La porte d’entrée claque. Surpris, je me redresse. Qui ça peut être ? On n’est quand même pas en n de journée ? Personne ne rentre avant dix-sept heures en temps normal… Et encore…

Je quitte mon lit à regret. Je n’ai dû me lever que pour aller me doucher et prendre un encas ! Depuis, je somnole à moitié tout en naviguant sur mon téléphone.

Quelle heure est-il d’ailleurs ? À peine quatorze heures… Voilà pourquoi mon ventre gargouille avec autant d’insistance. Le petit-déjeuner avalé sur le pouce tout à l’heure n’a pas suf à remplir mon estomac.

— Y a quelqu’un ? crié-je en ouvrant la porte.

Des pas se font entendre dans l’escalier et quelques secondes après, Ange déboule devant moi. Ses traits sont tirés et des cernes encadrent son regard sombre. Preuve que lui aussi a mal dormi. Mais peut-être n’est-ce qu’une conséquence de l’alcool dont il a abusé ?

— Qu’est-ce que tu fous là ? demandé-je.

Il est censé être en cours. À cette heure-ci, l’heure de sciences devrait débuter. Alors, pourquoi est-il à la maison ?

Il se mord la lèvre et s’approche un peu plus de moi.

— Je voulais te voir, souf e-t-il. Seul à seul.

— Tu as séché ? marmonné-je.

Il hausse les épaules et détourne le regard.

— Ce n’est pas sérieux… Tu sais très bien ce que ton coach t’a dit.

Je soupire. Ange doit se tenir à carreau. Même s’il s’est bien repris au niveau du basket et qu’il déchire à nouveau dans tous ses matchs, ses notes et son comportement sont loin d’être irréprochables. Cela pourrait constituer un handicap pour son dossier d’admission dans une des universités prestigieuses qu’il vise. Après tout, ce type d’établissement ne se contente pas d’étudiants doués avec une balle… Ils veulent la totale. Du savoir-faire et du savoir-être, histoire de continuer d’avoir une image parfaite et un taux de réussite élevé !

Ange le sait. Son entraîneur lui répète sans arrêt depuis le début de l’année.

— Il fallait que je te parle, réplique-t-il.

À nouveau, je laisse échapper un gémissement de contrariété. Je ne m’attendais pas à ce qu’il débarque comme ça. À vrai dire, j’imaginais qu’on ne se croiserait même pas ce soir. Qu’il ferait exprès de rentrer tard.

Mais non, il est devant moi et je ne peux pas l’éviter.

— Qu’est-ce que tu veux ?

— On va dans ta chambre ? Ou manger un truc ? me propose-t-il. J’ai la dalle.

Je le dévisage avec perplexité. Je ne parviens pas à cerner qui j’ai devant moi. Ange, celui qui est devenu mon ami, mon meilleur ami même. Ou le garçon violent et haineux d’hier. Je suis perdu désormais.

Que veut-il me dire ?

— J’ai faim, souf é-je. On a qu’à aller dans la cuisine.

Il acquiesce et fait demi-tour pour dévaler les escaliers. Je le suis d’un pas plus prudent. Un peu engourdi par mes heures de sommeil matinales et par le coup à la tête reçu, je préfère éviter d’ajouter une chute !

— Ta mère a sorti des lasagnes du congélateur, m’apprend le jeune homme lorsque je le rejoins. Je les fais chauffer ?

— Si tu veux.

Je m’assois à la table de la cuisine, presque mal à l’aise de me retrouver seul avec lui. Pourtant, il n’a pas l’air énervé. Plutôt penaud. D’ailleurs, il s’occupe de mettre les lasagnes au micro-ondes et de sortir les assiettes, les couverts, et même le soda qu’il nous sert dans deux verres. Lorsqu’il s’installe en n face à moi, après avoir posé nos plats remplis devant nous, il baisse la tête.

Pendant quelques minutes, aucun de nous ne parle. Nous commençons à manger dans un silence religieux rare. Entre nous, cela n’arrive quasiment jamais. Ange a toujours une vanne à balancer et moi, une remarque à faire.

Seul le bruit de nos couverts qui raclent l’assiette se fait entendre.

— Tu m’en veux ? nit-il par lâcher à voix basse.

Je pose ma fourchette. Les quelques bouchées que je viens d’avaler me suf sent. Je ne suis plus capable de manger quoi que ce soit. Le simple fait d’être face à lui me perturbe. Je ne sais même pas comment me comporter.

J’ai eu si mal hier lorsqu’il m’a agressé de façon si brutale et gratuite. J’avais l’impression d’avoir un inconnu devant les yeux.

Ou peut-être juste d’être revenu un an en arrière quand il passait son temps à m’humilier. Je me suis rappelé de la haine féroce que je vouais à ce type avant que je n’apprenne à le connaître et qu’il devienne indispensable à ma vie.

Des centaines de questions ont traversé mon esprit toute la nuit. Que signi ait cette explosion de colère ? Pensait-il vraiment ce qu’il m’a dit ? Me déteste-t-il parce que j’aime les mecs ? Se peut-il qu’il ne souhaite plus être mon ami à cause de ça ?

— Cosme… S’il te plaît…

Sa voix s’est faite suppliante.

— À ton avis ? murmuré-je. Tu as vu comment tu m’as traité hier ? Comment pourrais-je ne pas t’en vouloir ?

Je serre les dents et croise mes bras sur mon torse.

— Tu as pété un câble, ajouté-je. Ta manière de me parler, de me repousser… Tu… Jamais tu n’as eu une telle haine dans les yeux.

— J’avais bu, marmonne Ange en baissant la tête. Je n’étais pas conscient de ce que je faisais. Ni de ce que je disais. En fait, je me rappelle à peine la scène d’hier. Oui, j’ai vrillé et je t’ai bousculé… Tu es tombé et…

Il pose ses prunelles sur mon front.

— Tu n’as rien d’ailleurs ? J’étais si inquiet ce matin. Ta mère m’a dit que tu n’étais pas en forme…

— J’avais juste besoin de dormir un peu… La nuit a été agitée.

Entre ces interrogations qui tournaient en boucle dans mon cerveau, des cauchemars stupides représentant un Ange démoniaque et ma tempe blessée, j’ai eu du mal à trouver le sommeil.

— Putain, Cosme, je m’en veux tellement. J’ai déconné. Je te jure que je ne toucherai plus jamais une seule goutte d’alcool. Tu as ma parole !

Je secoue la tête. Au fond, est-ce que cela justi e ce qu’il s’est passé hier ? Aucune idée. Se peut-il qu’il ait abusé au point de ne plus être conscient de ce qu’il me balançait ? Ou une part de vérité se dissimulait-elle ?

— Tu as le droit de boire… Ce n’est pas mon problème. Ça ne l’est plus en tout cas.

— Cosme, non, arrête. Ne m’en veux pas, je t’en supplie. Je…

— Ange, tu m’as insulté. Je t’ai con é mon secret parce que je pensais pouvoir te faire con ance. J’imaginais que tu m’acceptais d’ailleurs. Tu ne m’as rien dit, tu ne m’as pas jugé lorsque je t’ai parlé de Nicholas.

— Mais je t’accepte ! Je t’aime comme tu es ! s’écrie-t-il en tapant rageusement son poing sur la table.

Sa fourchette tombe à terre, mais aucun de nous n’en a cure.

— Pourquoi tu m’as traité de tapette alors ? Tu te rends compte de ce que j’ai pu ressentir ?

Il baisse la tête, gêné. Apparemment, il ignore quoi me répondre. Comment le pourrait-il ?

— C’est comme si je t’attaquais sur ton problème avec l’alcool…

— Je n’en pensais pas un mot, je te le jure, insiste-t-il.

Il soupire et affronte mon regard clair.

— Tu es l’une des personnes que j’estime le plus au monde, poursuit-il. Je tiens à toi. Tu m’as sauvé la vie de toutes les manières possibles. Tu as mis ma famille à l’abri.

— Et après, tu as appris que j’étais attiré par les mecs, rétorqué-je. Peut-être que tu n’es pas à l’aise avec cette idée tout simplement.

Il se mord la lèvre et hésite un instant avant de répondre :

— C’est vrai que ça m’a fait un peu bizarre, avoue-t-il. Je… Je n’imaginais pas que tu puisses craquer sur un homme, mais… Je m’en fous en fait de qui tu baises. Je t’aime comme tu es, Cosme. Je veux rester ton ami. Que rien ne change entre nous.

J’ai tellement envie de le croire. De lui accorder mon pardon et de réussir à rire de cette dispute dès ce soir. Mais le pourrais-je ?

— Je ne sais pas, murmuré-je. Laisse-moi un peu de temps.

— Cosme…

— J’ai juste besoin de digérer ce qu’il s’est passé. Ça ira, tenté-je de le rassurer en devinant la tristesse qui envahit ses yeux.

Je ne veux pas qu’il ait mal. C’est incroyable comme j’aime ce mec. Même après ce qu’il m’a fait, mon ré exe est de le protéger. Encore et toujours. Au fond, je suis incapable de le perdre. Ses excuses me font du bien. Savoir qu’il est conscient d’avoir merdé et qu’il regrette me touche. Il ne me renie pas. J’ai cru un moment que plus jamais nous ne nous reparlerions. Que notre amitié était terminée.

Et une vie sans Ange Solano, je n’en veux pas. Il est devenu indispensable à mon équilibre.

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