Getting up together
Chapitre 56
Tyler
— Maman est contente que tu sois venu ! Ça faisait un moment !
Je souris à Ange, qui me suit dans ma chambre et s’affale dans mon lit en lâchant un soupir d’aise.
— Par contre, j’ai trop bouffé, grogne-t-il. Elle nous a encore gâtés !
— Tu connais maman… Elle adore faire à manger ! Surtout quand tu es invité.
Je lève les yeux au ciel. Ange est son chouchou ! Dès que je lui ai dit qu’il venait manger, elle s’est empressée de chercher ce qu’elle allait cuisiner et d’aller faire des courses ! Et comme d’habitude, elle a fait des merveilles : un délicieux bœuf bourguignon à la française !
— Ouais… Je vais devoir redoubler d’efforts pour mon jogging demain ! Depuis que je squatte chez Cosme, qu’est-ce que je bouffe ! Sa mère aussi maîtrise bien les fourneaux, me dit-il en souriant.
— Ça fait un petit moment que vous êtes là-bas, constaté-je.
Il ne m’a pas vraiment expliqué la raison de leur présence chez les Salinger. Il s’est contenté de me dire que son père avait vrillé et qu’ils avaient trouvé refuge chez eux.
— Ouais, ça commence à faire, mine de rien.
— Ta mère ne veut pas rentrer ?
Il secoue la tête. Une ombre vient voiler son regard quelques secondes, mais il nit par esquisser un mince sourire.
— Non, cette fois, c’est terminé. Elle ne se remettra pas avec mon père. La mère de Cosme lui a dégoté un avocat. Elle va demander le divorce, m’informe-t-il. C’est mieux comme ça.
Il n’a pas l’air affecté. Est-ce que je réagirais aussi bien que lui à sa place ? Mais après tout, je ne connais rien de sa famille ni de son histoire. Peut-être a-t-il raison ?
— Une fois que tout sera réglé, elle tentera sans doute de trouver un appartement, continue-t-il. Même si les Salinger ont répété qu’on était les bienvenus.
— Ils sont cool !
J’ai l’impression que depuis qu’Ange traîne avec Cosme, il est plus posé, plus serein. Dire qu’ils ne pouvaient pas se blairer avant.
— Ouais ! Puis au moins je vois Cosme un peu plus souvent, commente-t-il. Parce que, ces derniers temps, il est toujours occupé.
— Avec son mec ?
Ange me regarde, étonné. Je souris et hausse les épaules.
— Bonnie m’en a parlé, avoué-je. Après tout, je ne le connais pas plus que ça, Cosme. On n’est pas amenés à se recroiser. Et je ne suis pas du genre à juger.
— Tu n’as pas l’air surpris ?
Je ris devant sa question. C’est vrai que lorsque Bonnie m’a con é cette nouvelle, je n’ai pas été plus choqué que ça. Pourtant, je savais qu’il était sorti avec elle. Mais quelque chose dans l’attitude du jeune homme a peut-être attiré mon attention. Sa douceur, cette espèce de sensibilité qui transparaît. À moins que ce ne soit parce que je suis plus observateur que certains, aux gens qui m’entourent. On m’a toujours dit qu’à défaut d’être acteur, je pourrais être psy.
— Je crois que je m’en doutais, lui dis-je.
— Tu l’as deviné avant lui, s’amuse Ange.
— Et toi ? Tu as réagi comment ? le questionné-je avec curiosité.
Après tout, je sais qui sont les potes d’Arthur et d’Ange. Ils ne sont pas connus pour leur tolérance et leur ouverture d’esprit. Il hausse les épaules et pince les lèvres.
— Je… J’ai été surpris, me dit-il. Je m’y attendais pas… Même si…
Il marque une courte pause et détourne le regard. Soudain, il a l’air gêné.
— Quoi ? demandé-je.
— La dernière fois, il était un peu bourré après une fête, commence-t-il. Et il m’a embrassé !
J’ouvre de grands yeux, étonné. Cosme embrasser Ange ? Ça alors ! Je ne l’avais pas vu venir, celle-là !
— Il m’a même dit qu’il m’aimait… J’ignorais à ce moment-là qu’il était branché mecs ! me précise-t-il. Du coup, j’y ai pas vraiment prêté attention.
— Et qu’est-ce que ça t’a fait ?
Il hausse les épaules et esquisse un sourire.
— Je sais pas… C’est bizarre…
Je lui lance un regard circonspect. Il a l’air d’être un peu paumé. Et ça m’étonne. Ange est réputé pour enchaîner les nanas. Du moins, c’est ce que j’ai entendu. Arthur se moquait de lui et de ses nombreuses conquêtes. Il n’a jamais réussi à se xer. Peut-être parce qu’il n’est pas encore tombé amoureux.
— Je crois que ça m’a plu, nit-il par chuchoter. Mais ne le dis à personne, hein ?
Il se redresse et tapote mon coussin pour le mettre dans son dos. Distraitement, il joue avec le livre qui traîne sur mon lit, le regard un peu fuyant. Il a l’air mal à l’aise.
— Ça ne veut rien dire, ajoute-t-il. C’est juste que j’ai été surpris.
— Mouais… Ou peut-être que tu l’aimes plus que tu ne le penses, suggéré-je.
Après tout, pourquoi pas ? Ange et Cosme sont inséparables depuis le Mexique. Je l’ai rarement vu aussi proche de quelqu’un. Il m’a avoué qu’il se con ait à lui plus qu’à n’importe qui. Ce n’est pas son genre. Même Arthur ne connaissait pas tous ses secrets.
— Quoi ? s’écrie-t-il. Mais non ! Pas du tout ! J’aime les lles !
Je ris devant sa moue offusquée. À croire que je l’ai insulté !
— Bah, tu peux aimer les lles et Cosme, répliqué-je. En n, l’amour, tu sais, ça ne se contrôle pas… Regarde moi et Bonnie… Je n’ai pas décidé de craquer pour elle !
Il secoue la tête. Ange est le seul à connaître mon affection pour celle qui sortait avec mon frère.
— C’est pas pareil, souf e-t-il en haussant les épaules. De toute façon, Cosme est juste mon meilleur pote. Rien de plus.
— Tu devrais ré échir à tout ça. Te poser et essayer de voir ce que tu éprouves au fond, commenté-je. Peut-être que tu serais surpris.
Il grogne et secoue la tête. Il nit par me taper sur l’avant-bras en riant.
— Au lieu de me donner ce genre de conseils, tu devrais les suivre, non ? rétorque-t-il. Pourquoi Bonnie et toi n’êtes toujours pas ensemble ? Vous craquez tous les deux l’un sur l’autre… Elle t’a avoué ses sentiments la dernière fois. J’imaginais que tu n’attendais que ça.
Je fronce les sourcils. Comment peut-il être au courant ?
— Cosme me l’a dit, confesse-t-il. Bonnie lui a raconté… Elle était un peu triste. Cette relation la désarçonne. D’un côté, elle veut être avec toi… Mais de l’autre…
— Je suis le frère de son ex…
Mon cœur se serre. Imaginer la jeune femme malheureuse me rend aussi malheureux qu’elle. J’ai juste envie d’être à ses côtés et de la prendre dans mes bras. Je déglutis tandis que les yeux d’Ange se plissent.
— Et alors ? Arthur est mort. C’est peut-être un peu brutal, mais c’est la vérité, décrète-t-il. Puis de toute façon, il a agi comme une merde avec elle…
Il secoue la tête et ajoute :
— Tu attends quoi, au juste ? Qu’elle nisse par choper un autre mec ? Et tu comprendras en n que tu as fait une grosse erreur en la laissant partir ?
— Je… Je ne sais pas. Peut-être que ça serait mieux comme ça, oui…
— Arrête, Ty ! Tu n’en penses pas un mot. Tu crèverais de jalousie si elle se trouvait quelqu’un !
Je soupire. Il a raison. Je détesterai la voir dans les bras d’un autre. Je suis amoureux d’elle. Quoi que je fasse pour renier ces sentiments, je n’y parviens pas. Ils sont solidement ancrés en moi. Impossible de les faire taire.
— Pourquoi tu ne te lances pas ? insiste Ange.
— À cause d’Arthur… Je me sens mal vis-à-vis de lui. C’est comme si je le trahissais, marmonné-je.
— Je te l’ai dit, il n’est plus avec nous… Il a choisi de partir, murmure-t-il. Et crois-moi, il n’aurait pas voulu te voir malheureux.
Il marque une courte pause et pose sa main sur la mienne.
— Il vous aimait, toi et Bonnie. Et si vous êtes amoureux, il faut que vous viviez cet amour ! s’exclame-t-il. Vous êtes jeunes, merde ! Ne commence pas à te priver comme ça.
Je plisse les yeux. Je souhaite trouver la force en moi de surmonter ça et de me mettre avec Bonnie. Parce que, quoi que je fasse, je pense à elle. Tout me ramène à elle. Et je suis malheureux sans elle. Je ne peux pas le nier.
— Je vais ré échir, souf é-je.
— N’attends pas trop, agis plutôt. Bonnie t’aime. Toi aussi. Ne perdez pas de temps. La vie est courte.
Je hoche la tête. Il a raison. Arthur nous l’a prouvé.
— Alors, promets-moi une chose, lui demandé-je. Je cogite pour Bonnie, mais, toi, tu penses à ce que je t’ai dit sur Cosme.
Il arque les sourcils et esquisse une grimace. Prêt à répliquer, je lui pose le doigt sur la bouche pour l’empêcher de protester.
— Tu n’as pas le choix. Et on en rediscutera la prochaine fois que tu viens, OK ?
Il soupire, mais nit par acquiescer.
— Si ça te fait plaisir… Mais je ne vois pas ce qui peut te laisser penser qu’il y a plus entre Cosme et moi !
— C’est juste qu’avec lui, tu es différent, lui murmuré-je. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais je te trouve plus serein. Et tu as réussi à lui dire toutes les choses que tu n’as jamais pu con er avant. J’imagine que ce n’est pas pour rien.
Il se tait. Son regard se fait songeur et il hausse les épaules.
— Bon, c’est pas que je m’ennuie, mais les mecs vont m’attendre pour l’entraînement. Tu viendras ? me demande-t-il. C’est un match hommage à Arthur. L’an dernier à la même époque, il avait réussi à nous faire battre le club vainqueur depuis six ans ! Et on a remporté la coupe.
Il sourit, les yeux pétillants. Quand il parle basket, il se transforme. Comme Arthur ! Il était pareil.
— Bien sûr ! Mes parents seront là aussi !
— Top. Ça va être cool.
Il se lève du lit, s’étire en laissant échapper un bâillement et se tourne vers moi avec une moue mutine.
— Tu verras Bonnie en plus…
— Et Cosme viendra t’encourager !
Je lui fais un clin d’œil amusé et il nit par rire. Peut-être qu’il va vraiment se pencher sur ce que je lui ai dit ?
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