Getting up together

Marine Conan · Chapitre 54 sur 68

Pages du PDF

Getting up together

Chapitre 53

Ange

— Tiens, qu’est-ce que tu fais ici ? me demande Felicidad lorsqu’elle me trouve assis dans le canapé du petit chalet où elle dort avec maman.

Le regard dans le vide, une tasse de café à la main, j’accuse encore le coup de la courte nuit que j’ai passée. Après avoir laissé Cosme dans sa chambre, j’ai regagné la mienne, un peu paumé. Les derniers mots qu’il a prononcés avant que je quitte la pièce me trottent dans la tête. « Je t’aime, Ange ».

Et son baiser… J’ai mis ça sur le compte de l’alcool, mais est-ce que ce n’est pas plus que ça ? Non, impossible… Cosme est mon pote. Rien d’autre. Il est sorti avec Bonnie en plus.

— Ange ?

Felicidad se poste devant moi et agite sa main.

— Désolé, j’étais perdu dans mes pensées. Ça va, sœurette ?

— C’est à toi qu’il faut demander ça. Tu as l’air d’un zombie, me fait-elle remarquer. Vous êtes rentrés tard hier avec Cosme ?

— Ouais, un peu…

— Et t’as encore trop bu !

Je secoue la tête. Même ma sœur sait que j’ai un problème avec l’alcool.

— Je ne picole plus beaucoup. Voir papa toujours bourré, ça a ni par me remettre les idées en place, lui dis-je très franchement. Par contre, Cosme s’est lâché !

— Ah oui ? Ce n’est pas son genre pourtant…

— Non…

Une fois de plus, mon esprit dérive vers mon ami. Que s’est-il passé hier ? Pourquoi m’a-t-il embrassé ? Et surtout, ses mots… Je déglutis. Je me sens mal à l’aise rien que de repenser à tout ça. C’est curieux, cette sensation que j’ai éprouvée quand ses lèvres se sont posées sur les miennes. Comme un électrochoc. Peut-être parce que je m’attendais à tout, sauf à ça !

— Vous vous êtes disputés ou quoi ? me questionne-t-elle. Tu fais une de ces têtes.

— Je… C’est un peu compliqué.

— Comment ça ?

J’hésite à me con er à Felicidad. Ce n’est pas mon genre. En même temps, je ne me vois pas en parler à Wesley ou Isma ! Comment réagiraient-ils ? Ils se foutraient sans doute de moi.

— Raconte-moi, insiste-t-elle.

— Il m’a embrassé… Quand on a quitté la soirée, on a rejoint la voiture et je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mais il m’a pris dans ses bras et il a posé ses lèvres contre les miennes.

Je n’ose pas lui dire qu’en plus de ça, il m’a dit qu’il m’aimait quand je l’ai aidé à se coucher. Felicidad ouvre de grands yeux et un sourire se dessine sur son visage.

— Ça t’a fait quoi ?

Je fronce les sourcils.

— Bah rien… En n, je ne sais pas. C’était bizarre. Jamais un mec m’a embrassé. Comment voulais-tu que je réagisse ? Il a trop bu donc j’imagine que c’est pour ça.

Felicidad se sert un jus d’orange et revient près de moi. Elle s’installe dans le canapé et pose sa tête sur mon épaule. Elle a toujours été câline. Sans doute pour ça que je la considère encore comme un bébé. Sauf que ma petite sœur est devenue une vraie jeune lle.

— Et si c’était plus que ça ? Pas que l’alcool ? chuchote-t-elle. Après tout, il n’a pas de copine, tu m’as dit. Et je l’ai vu la dernière fois en ville avec un garçon. Ils avaient l’air de bien s’entendre.

Je me tourne vers elle. Un mec ? Qui ça peut être ? Cosme n’est pas connu pour avoir beaucoup d’amis ! À part quelques élèves du lycée, mais qu’il ne fréquente pas en dehors, moi et Bonnie, il ne me semble pas qu’il fréquente d’autres personnes.

— Peut-être qu’il est amoureux de toi, continue-t-elle. Tu n’y as jamais pensé ?

— Non, grogné-je après quelques secondes. Cosme est un ami, c’est tout. On s’entend bien, mais il n’y a rien de plus.

— Pour toi, mais pour lui ? Qui sait ?

Elle hausse les épaules et je reste dubitatif. Est-ce qu’elle peut avoir raison ? Cosme pourrait-il ressentir quelque chose de plus que de l’amitié pour moi ?

— Ça serait trop space, marmonné-je. J’ignore comment agir avec lui maintenant.

— Fais comme si de rien n’était. Tu y vas et c’est tout. Pourquoi te prendre la tête ? commente ma sœur. Soit c’est simplement l’alcool et le mieux est de ne pas en reparler. Et s’il y a plus, tu niras par le remarquer.

— T’as raison ! Depuis quand es-tu si perspicace ? plaisanté-je en lui caressant les cheveux.

— Je te rappelle que je veux être psychologue, alors je dois m’entraîner.

Je la regarde avec tendresse. Depuis que nous sommes ici, je la trouve plus apaisée. Elle me paraît plus heureuse. Souriante aussi. Ça me manquait. Être loin de papa lui fait du bien. C’est dommage que nous ayons dû en arriver là, mais au moins nous sommes en sécurité.

— Allez, au lieu de t’inquiéter, va prendre ton petit-déjeuner avec lui et tu verras ce que ça donne, ajoute-t-elle.

— Oui, je vais faire ça !

Elle me sourit et je termine mon café avant de quitter le chalet. Spacieux, il offre une petite chambre à ma sœur, un salon avec kitchenette équipée où dort ma mère et une salle de bains. Un confort basique, mais au moins elles sont bien ! Et en sécurité. Je regagne rapidement la maison des Salinger. Cosme est attablé dans la cuisine, le regard perdu dans le vide. Son assiette est encore remplie de pancakes. Je m’installe face à lui et il lève en n la tête.

— Ah, salut, me dit-il d’une voix enrouée.

— Matin dif cile ? deviné-je.

Les gueules de bois, ça me connaît. Je me doute qu’il doit être dans le gaz. Est-ce qu’il se souvient de ce qu’il s’est passé ? Devrais-je en parler ?

— Ouais, un peu. Et toi ? Tu as bien dormi ?

— Vite fait. J’ai eu un peu de mal à me remettre de la soirée d’hier.

Cosme jette un regard autour de lui. Son père est déjà parti courir. Quant à sa mère, elle doit être en train de se doucher, car j’entends l’eau à l’étage.

— Tu ne m’en veux pas ? me questionne-t-il.

Ses yeux clairs se posent sur moi et j’y lis une inquiétude palpable. Alors, il se souvient… Et il a l’air ultra mal à l’aise. Je hausse les épaules et nis par sourire.

— Non, ne t’en fais pas. C’est déjà oublié. En n, presque. Je t’avoue que ça m’a pas mal surpris. Mais l’alcool, ça fait faire n’importe quoi.

Je ris et reprends après lui avoir piqué un pancake :

— Je suis bien placé pour le savoir !

— Ouais… Je vais suivre ton exemple et arrêter de picoler, grogne-t-il.

— Au moins, tu as embrassé le plus beau garçon de la soirée, me moqué-je. Tu aurais pu tomber sur Dean.

Il grimace.

— J’ignore ce qu’il m’est passé par la tête, je te jure. Je suis désolé, Ange. J’espère que ça ne va pas être bizarre entre nous après ça ?

— Non, ce n’est pas un petit bisou qui va pouvoir briser une amitié comme la nôtre. Regarde-nous, on est comme les trois mousquetaires, sans le troisième !

Il sourit et acquiesce.

— Je suis rassuré, chuchote-t-il.

— Mais évite de m’embrasser à chaque soirée, hein ? Je sais que je suis canon, mais quand même…

— Ça n’arrivera plus, ça, c’est sûr !

Je crois voir une ombre voiler ses prunelles claires. Ça ne dure qu’un instant, mais il a l’air presque… déçu ? Ou est-ce que je me fais des lms ? Ce que m’a dit Felicidad m’a troublé. Et s’il était amoureux de moi ? Ou un truc dans le genre ?

— Cosme ?

— Oui ?

Je me mords la lèvre, gêné. Lui demander ça me coûte un peu. Je n’ai pas envie de remuer le couteau dans la plaie, mais j’ai besoin de savoir.

— Ce baiser… Ça ne signi ait rien, n’est-ce pas ? C’était juste un trop-plein de tequila, pas vrai ?

Il ouvre de grands yeux et attrape son verre de jus d’orange pour en boire une gorgée. Puis une deuxième. Quand il le repose, il me semble que ses joues sont un peu rouges. Ma question a dû le mettre mal à l’aise. Tant pis. Je devais lui demander.

— Bien sûr que oui ! C’était une connerie. Un truc stupide. Ça ne se reproduira plus, me répète-t-il plus fermement.

— OK. C’est cool. On oublie tout ça alors ! Ça restera une anecdote marrante qu’on se rappellera dans quelques années, lui dis-je en souriant.

— Ouais…

Il se lève et tend son assiette vers moi.

— Je te la laisse, je n’ai pas faim, marmonne-t-il. Il faut que j’y aille. J’ai un truc à faire !

Il s’apprête à quitter la cuisine, mais je le retiens en l’interpellant.

— Quoi ? me demande-t-il en se tournant vers moi.

— Moi aussi, je t’aime. Je crois que t’es mon ami le plus proche. En n, non, c’est sûr. T’es la personne qui compte le plus dans mon entourage après Felicidad et ma mère.

Un léger sourire éclaire son visage et il hoche doucement la tête.

— Notre amitié est surprenante, mais indispensable à ma vie, m’avoue-t-il. Je ferais n’importe quoi pour la protéger.

Une fois de plus, je crois distinguer de la tristesse sur ses traits. Pourquoi ? On est presque en train de faire un pacte de sang et de se jurer une affection éternelle. Qu’est-ce qui lui arrive ?

— Pas besoin de me le dire, je le sais déjà. Tu me l’as prouvé à maintes reprises, lui assuré-je. Grâce à toi, ma famille est en n en sécurité. J’oublierai jamais ça !

Il hausse les épaules et m’adresse un signe de la main avant de disparaître dans le salon. Quelques minutes plus tard, la porte d’entrée claque. Il est parti, ça y est. Cette discussion me laisse perplexe. Il a l’air différent. Je ne sais pas comment l’expliquer. C’est étrange.

Se peut-il qu’il me cache quelque chose ?

OceanofPDF.com