Getting up together

Marine Conan · Chapitre 61 sur 68

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Getting up together

Chapitre 60

 

 

L Tyler a nuit est déjà tombée lorsque j’arrive devant le lycée

d’Ange. La dernière fois que j’y suis allé, c’était pour le match

hommage à Arthur. J’ai toujours une espèce de mélancolie qui me gagne quand je me trouve près de cet établissement qui a accueilli les rires et les peines de mon frère. Je regrette de ne pas avoir été l’encourager plus souvent lorsqu’il jouait au basket et, plus encore, de m’être désintéressé de lui. Si j’avais été plus attentif, peut-être aurais-je pu deviner le drame qui se déroulait devant nos yeux inconscients.

Mais Arthur et moi, nous nous étions éloignés. Lui non plus n’aurait jamais foutu les pieds au théâtre pour me voir jouer. Il s’en

chait !

Un soupir m’échappe. Au loin, j’aperçois Ange en compagnie d’Isma. Ils viennent de terminer leur entraînement. Sans doute doivent-ils discuter depuis un moment, car il n’y a plus personne sauf eux.

Le jeune homme m’a demandé de le rejoindre sans me préciser les raisons de cette invitation, mais cela semblait plutôt urgent.

— Salut, lancé-je en arrivant à leur hauteur.

Isma m’adresse un mince sourire. Depuis notre trip à Tijuana, je n’ai plus eu de ses nouvelles sauf lorsque je l’ai croisé après le match de la dernière fois. Après tout, ce ne sont pas mes potes, mais ceux d’Arthur. Ils ne me doivent rien et, moi, non plus.

— Tu vas bien ? me demande-t-il tout de même.

J’acquiesce.

— Toi aussi, j’espère ?

— On fait aller, ouais. Bon, je vous laisse, ma mère doit m’attendre !

Il claque la main d’Ange et m’adresse un signe de tête avant de tourner les talons et de regagner sa voiture.

Lorsque son moteur vrombit, Ange me fait face.

— Merci d’être venu, souf e-t-il.

— Normal, tu avais l’air un peu bizarre quand tu m’as appelé tout à l’heure.

— On se pose sur un banc dans le coin ou tu veux qu’on bouge ? me demande-t-il.

— Ici, c’est bien.

Je le suis dans les jardins du lycée jusqu’aux tables de pique-nique qui leur servent pour déjeuner le midi. Il s’installe à l’une d’entre elles et je l’imite.

— Il y a un gros match ce week-end, m’annonce-t-il. Si tu veux m’encourager. Il y aura sans doute des recruteurs. Je stresse un peu.

— C’est vrai ? Pour l’université ?

Ange hoche la tête.

— Ouais… Pour l’attribution des bourses. Ils envoient un mec qui vient observer les jeunes talents et c’est lui qui a notre avenir entre les mains. J’espère ne pas me planter, marmonne-t-il.

Il soupire.

— Je me suis bien rattrapé, continue-t-il. Au début de l’année, c’était un peu chaud. Entre Arthur, les embrouilles avec mes parents… Je me suis foiré. Mais là, j’assure tous les entraînements.

— Au dernier match aussi, tu as été super bon ! déclaré-je. Il n’y a pas de raison que ça n’aille pas. Tu es fait pour ça, Ange. Tu vas voir, tu vas l’obtenir cette bourse.

Je lui adresse un sourire con ant. Je le sens angoissé à l’idée de cette échéance importante. C’est vrai que le suicide d’Arthur nous a éloignés de nos priorités. Cette dernière année de lycée, il nous l’a volée en partie. Parce que nous étions trop centrés sur lui et sur les raisons de sa mort pour nous donner à fond comme nous l’aurions fait en temps normal.

Mais ce n’est pas trop tard. La vie reprend son cours. Nous sortons la tête de l’eau. Tout va bien se passer.

— Je viendrai, annoncé-je, conscient qu’il a besoin d’être soutenu ce jour-là.

Un sourire soulagé éclaire son visage.

— Merci, Ty ! Ça me touche !

Je ne lui promets rien, mais j’essaierai aussi de faire bouger mes parents. Après tout, j’ai cru comprendre qu’il ne voyait plus son père. Avoir mes parents pourrait lui faire du bien en plus d’avoir sa mère et sa sœur.

— Cosme sera là avec sa famille ? lui demandé-je.

À ses mots, son visage se rembrunit et il détourne le regard, soudain mal à l’aise. Face à son silence, je le jauge, perplexe.

— Ange ?

— Je me suis pris la tête avec lui, nit-il par me con er.

— Ah bon ? Mais pourquoi ? l’interrogé-je, étonné.

Après tout, Cosme et lui sont devenus en peu de temps des amis inséparables. Qu’a-t-il pu se passer pour qu’ils se disputent ?

— J’ai fait de la merde, comme d’hab, se contente-t-il de répondre d’une voix morne.

— Comment ça ? insisté-je en constatant qu’il ne dit rien de plus.

Il hausse les épaules.

— Ange ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

— Je l’ai traité de tapette… Cosme, précise-t-il.

Éberlué, je secoue la tête. J’ai du mal à croire ce qu’il est en train de me balancer. Comment a-t-il pu l’insulter de cette manière ? Pourtant, il n’avait pas l’air mal à l’aise au sujet de l’homosexualité de Cosme lorsqu’on en a parlé la dernière fois.

— J’étais bourré, ajoute-t-il rapidement comme s’il craignait que je le juge face à cet aveu. J’avais bu comme un trou encore et je ne contrôlais plus rien… Je suis rentré, il m’a touché l’épaule et j’ai pété un câble. Je l’ai envoyé se faire foutre et je l’ai insulté.

Il lâche un gémissement. Apparemment, le simple fait de revivre cette scène suf t à le blesser. Je devine à son regard sombre qu’il s’en veut à mort de cette dispute.

— Je l’ai poussé et il est tombé, murmure-t-il après quelques secondes. Il s’est fait mal. Rien de grave, mais… Il a eu peur de moi. Comment l’en blâmer ? J’étais… comme possédé. Je ne sais pas ce qu’il m’a pris.

— Pourquoi tu as bu autant ? le questionné-je. Il me semblait que tu avais arrêté.

Je ne veux pas qu’il pense que je le critique. Ange se con e à moi. Parce qu’il se sent seul et perdu. Mon but est de l’aider, pas qu’il se braque. Voilà pourquoi je me montre si prudent. Peu importe si je n’approuve pas son insulte envers Cosme. J’essaie de lui trouver des circonstances atténuantes.

Mais je n’ose imaginer ce que le jeune homme a ressenti lorsqu’il a entendu de la bouche de son ami le plus proche un tel mot. Lui qui a dévoilé son homosexualité de manière gênée, il s’en est pris plein la gueule.

— Je… Je m’embrouillais dans ma tête, souf e Ange. En fait, je ne fais que ça en ce moment. Mon cerveau est un bordel complet. Tout s’emmêle.

— Pourtant, je pensais que ça allait mieux par rapport à Arthur, commenté-je, étonné.

Le fait d’avoir découvert tous ces trucs sur mon frère nous a permis d’avancer un peu. De le comprendre aussi, du moins en partie.

— C’est à cause de Cosme, murmure Ange après un silence pesant. Je crois que tu avais raison…

Perplexe, je le dévisage un instant avant de saisir de quoi il retourne. Mais oui, notre discussion chez moi ! Sur ses potentiels sentiments pour son ami. Il m’avait envoyé gentiment balader en rigolant comme quoi c’était impossible. Qu’il aimait trop les lles. Pourtant… Il est là aujourd’hui. En train de lutter contre lui-même. Contre ses démons. Je le ressens. Il n’y a qu’à voir son visage aux traits épuisés et tendus.

Je meurs d’envie de lui poser plein de questions, mais j’ai peur qu’il se renferme. Le sujet doit être dif cile à aborder pour lui.

Alors, je l’invite d’un signe de tête à s’ouvrir à moi.

— Je… Peut-être que je l’aime plus que comme un ami…, confesse-t-il. Mais… Je ne veux pas éprouver ça, Tyler. Je ne peux pas. Pas moi. Je n’ai pas envie d’être gay.

Il lâche un soupir las. J’imagine que, depuis des jours et des jours, son cerveau tourne en boucle toute cette situation. Voilà ce qui explique ses cernes et sa mine fatiguée.

— Je suis censé être l’archétype du mec hétéro, poursuit-il. Populaire, sportif, mexicain et catholique. Putain, mais c’est quoi mon problème ?

Son poing tape violemment le bois de la table à laquelle nous sommes assis.

— Qu’est-ce qui déconne avec moi ? L’alcool, la colère et maintenant je bande pour un garçon. Bordel !

— Ange, calme-toi, murmuré-je.

Devant ses traits déformés par la rage, j’attrape sa main pour l’empêcher de cogner de nouveau.

— Arrête-toi. Ne te mets pas dans cet état-là. Ça n’en vaut pas la peine.

Il secoue la tête.

— Tu ne te rends pas compte… Un basketteur professionnel gay, ça ne s’est rarement jamais vu. On a beau prôner la tolérance, la liberté d’esprit et de mœurs… Au fond, c’est que du pipeau. Personne n’a envie d’admirer un sportif qui aime les mecs. On veut qu’il drague des bimbos et s’af che en compagnie des plus belles nanas.

Af igé, il se laisse tomber contre la table et son front heurte le bois.

— Qu’est-ce que je vais devenir, Tyler ? Pourquoi je suis tombé amoureux de Cosme Salinger ? Sérieux ? Cosme Salinger, quoi…

Je ne peux m’empêcher de laisser échapper un petit rire avant de poser ma main dans son dos.

— Arrête. Ne commence pas à paniquer et à te faire le lm de ta vie, le rassuré-je. Aujourd’hui, c’est Cosme qui fait battre ton cœur. Mais dans deux ans ? Dans cinq ans ? Ne te mets pas une étiquette tout de suite.

Il se redresse et me lance un regard perdu.

— Tu es peut-être gay. Ou bisexuel. Et alors ? Qu’est-ce que ça peut foutre au monde entier qui tu aimes ? ajouté-je. Tant que tu joues bien au basket, c’est tout ce qu’on te demande en NBA. Que tu te déchires et que tu sois meilleur que les autres.

— Ouais, mais… Je n’ai jamais imaginé un seul instant que je puisse être attiré par un mec. C’est… ça remet en question toute ma vie, mes convictions et mes principes. Je suis paumé, je te jure.

— Je comprends, mais il faut que tu arrêtes de te torturer comme ça, Ange. La première chose à faire est de rattraper le coup avec Cosme. Tu l’as blessé et, en lui faisant mal, tu as souffert aussi. À quoi ça rime, tout ça ?

— Je sais… Je me sens si coupable, murmure-t-il. Je l’aime, je ne veux pas le détruire. Au contraire, je crois que je suis prêt à tout pour lui. C’est… C’est fort comme sentiment. Jamais, je n’ai ressenti un truc comme ça.

Je souris. Ainsi, j’avais raison. J’avais deviné bien avant lui qu’il éprouvait quelque chose pour Cosme. Moi, ça me rend heureux. Parce que depuis qu’ils traînent tous les deux, Ange est mieux dans sa peau.

Bon, peut-être pas aujourd’hui. Mais le jeune homme lui a apporté une tranquillité d’esprit qu’il n’avait jamais réussi à trouver avant. Ils se complètent tous les deux.

— Tu as le droit d’aimer qui tu veux, Ange. Cosme, un autre, une

lle. Qui tu désires. Ne te prive pas d’être heureux pour des

injonctions de société.

Comme moi avec Bonnie, au fond… Je me suis empêché de craquer pour elle, et réciproquement, parce que sortir avec l’ex de son jumeau, c’est loin d’être appréciable. Mais que faire quand l’amour est installé et réel ? Peut-il être effacé, juste parce qu’on le souhaite ? Je ne pense pas.

Il acquiesce. L’idée se fait dans sa tête. Mais parviendra-t-il à accepter qui il est ? Qui il aime ? Je l’espère. Il mérite d’être heureux.

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