Getting up together
Chapitre 41
Tyler
— Bonne journée, mon cœur !
J’adresse un signe de main à ma mère avant de quitter la maison, sac à dos à l’épaule. Les vacances sont nies. Noël et le Nouvel An sont passés. C’est fou comme le temps dé le. Je compte toutes ces premières fêtes sans Arthur. Après, il y aura Pâques, le quatre juillet… Ces événements qui nous rappellent à chaque fois qu’il n’est plus là. La douleur est moins vive. Bien sûr, je pense encore à lui. Souvent. Trop souvent. Mais cela ne m’arrache plus de larmes comme c’était le cas avant. Je ne pleure plus les nuits, dissimulé par ma couette et l’obscurité de ma chambre. Peut-être que le fait de voir ma mère retrouver le sourire aide. Ou tout simplement le temps agit petit à petit. Je commence à faire mon deuil.
Je grimpe sur mon scooter et me mets en route vers le lycée. Ces vacances ont été spéciales. Surtout la soirée du Nouvel An… Je me rappelle la chaleur des lèvres de Bonnie contre les miennes. Son corps collé au mien. Ses bras autour de mon cou. Sa voix pleine de désir lorsqu’elle me réclamait un baiser. Son haleine sucrée. Son parfum euri. Sa robe élégante. Sa silhouette pulpeuse. Tout me revient. Ça me tord le cœur. Je crève d’envie de la voir et de l’embrasser encore et encore. Mais c’était une erreur. Elle ne m’aime pas. C’est Arthur qu’elle avait choisi. Moi, je ne suis que son jumeau. Le brave Tyler qu’elle a voulu aider à s’en sortir. Rien de plus.
Je me trouve tellement stupide de craquer pour la nana de mon frère. Pourtant, c’est plus fort que moi. Je tiens à elle.
Arrivé au lycée, je me rends compte que je suis en avance. Tant pis. Ça me permettra d’aller saluer Candice. Elle est toujours là de bonne heure pour répéter la pièce. À plusieurs reprises, elle m’a proposé de la rejoindre, mais j’ai décliné. Le matin, je préfère dormir ! Je me dirige vers le théâtre et la vois sur scène en train de déclamer son texte. Vêtue d’une petite jupe en cuir noir, d’un sweat rose pâle et de collants couleur chair, elle est jolie comme tout. De toute façon, Candice est toujours élégante !
— Bonjour ! m’exclamé-je en m’avançant vers elle. Je ne te dérange pas ?
— Tyler !
Elle s’empresse de descendre de l’estrade et se précipite vers moi.
— Bien sûr que non ! Je suis contente de te voir ! souf e-t-elle en m’étreignant chaleureusement. Tu es tombé du lit, ce matin ?
— Ouais, un peu ! Du coup, je me suis dit que j’allais venir te faire un coucou.
— C’est gentil. Ça me fait plaisir. Tes vacances se sont bien passées ? Je pensais qu’on répéterait un peu, mais tu n’as pas répondu à mon message.
Je me mords la lèvre, gêné. C’est vrai qu’elle m’a envoyé un SMS le premier janvier pour me souhaiter la bonne année. J’ai oublié de lui écrire. Trop préoccupé par Bonnie.
— Désolé ! J’étais à l’ouest après ma soirée !
— Trop bu ? pouffe-t-elle.
— Oui… ça a été mouvementé ! Tu as passé un bon Nouvel An, toi ? lui demandé-je. Qu’est-ce que tu as fait de beau ?
— J’ai fait la fête avec des copines. C’était top ! On a ni à plus de cinq heures du matin. Je t’avoue que je n’étais pas sobre non plus.
Elle rit doucement avant d’attraper ma main pour m’entraîner sur l’estrade.
— Tu veux qu’on se fasse une scène ? me propose-t-elle. Juste histoire de s’amuser un peu ?
— Là, comme ça ?
— Mais oui ! On connaît le texte presque par cœur ! Acte II, Scène 2 ?
— OK !
Je souris devant son enthousiasme. Elle s’éloigne de moi et j’inspire un bon coup avant de débiter :
Roméo — Il se rit des cicatrices, celui qui n’a jamais reçu une
blessure.1
Elle se rapproche et mon regard se xe sur elle tandis que je reprends :
Roméo (apercevant Juliette à une fenêtre) — Mais doucement ! Quelle lumière brille soudain à travers cette fenêtre ? C’est l’Orient, Juliette est le soleil. Lève-toi, soleil de beauté ; tue la lune jalouse, déjà malade et pâle de douleur de ce que toi, sa servante, es bien plus belle qu’elle. Ne sois pas sa servante, puisqu’elle est jalouse.
La couleur dont se revêtent ses vestales est une couleur malade et livide ; on ne la voit qu’aux imbéciles, rejette-la loin de toi. Oui, c’est ma dame ; oui, ce sont mes amours : oh ! si elle pouvait savoir ce qu’elle est pour moi ! Que dit-elle ? Rien… Elle se tait… Mais non ; son regard parle et je veux lui répondre… Je suis trop téméraire ; ce n’est pas à moi qu’elle parle. Deux des plus brillantes étoiles du ciel, appelées ailleurs par quelque soin, conjurent ses yeux de briller dans leur sphère, jusqu’à ce qu’elles reviennent. Mais quoi ? Ah ! Si les étoiles se substituaient à ses yeux, en même temps que ses yeux aux étoiles, le seul éclat de ses joues ferait pâlir la clarté des astres, comme le grand jour, une lampe ; et ses yeux, du haut du ciel, darderaient une telle lumière à travers les régions aériennes, que les oiseaux chanteraient, croyant que la nuit n’est plus !
Voyez comme elle appuie sa joue sur sa main. Oh ! que ne suis-je le gant de cette main ! Je toucherais sa joue !
Candice soupire d’une voix lasse :
Juliette — Hélas !
Roméo — Elle parle ! Oh ! Parle encore, ange radieux ! Car tu rayonnes dans cette nuit, au-dessus de ma tête, comme le messager ailé du ciel, quand, aux yeux bouleversés des mortels qui se renversent en arrière pour le contempler, il devance les nuées paresseuses et vogue sur le sein des airs !
Juliette — Ô, Roméo ! Roméo ! Pourquoi es-tu Roméo ? Renie ton père et abdique ton nom ; ou, si tu ne le veux pas, jure de m’aimer, et je ne serai plus une Capulet.
Après que nous ayons échangé plusieurs tirades entre nous, je m’approche d’elle et lève la main.
— Allez stop ! Ça ira pour aujourd’hui ! m’exclamé-je.
— De toute façon, on répète demain soir, me rappelle-t-elle avec un petit sourire. Et on a cours de théâtre, tout à l’heure.
Elle chasse une mèche blonde derrière son oreille de ses doigts
ns. Juliette lui sied à merveille. C’était un rôle fait pour elle.
— Oui. Ça va être cool. Histoire de reprendre en douceur.
Elle hoche la tête avant d’attraper son sac à dos qui traîne par terre.
— Moi aussi, je vais m’arrêter là. J’ai déjà bien bossé ce matin. On y va ?
Je jette un coup d’œil à ma montre. On a encore un quart d’heure avant que les cours ne commencent.
— Oui, allons-y.
Nous nous dirigeons vers la sortie du théâtre et marchons vers la salle de classe en discutant de nos vacances. Candice a l’air de s’être bien amusée. Elle est partie à New-York fêter Noël en famille avant de revenir ici pour la nouvelle année !
— Ça n’a pas été trop bizarre de ton côté ? me questionne-t-elle. Ton premier Noël sans ton jumeau ?
Je lui adresse un sourire reconnaissant. Qu’elle me demande ça, me fait plaisir. C’est gentil de sa part. En plus d’être jolie, Candice est une lle attentionnée et bienveillante.
Au fond, pourquoi je m’obstine à penser à Bonnie alors que rien n’est possible entre nous ? Si seulement je pouvais m’intéresser à Candice ! Elle est toujours là. Depuis qu’on se connaît, elle me fait comprendre qu’elle désire plus, mais sans me mettre la pression, sans me forcer. Non, elle se contente d’être une amie loyale. Elle est drôle, intelligente et on partage la passion du théâtre.
Tout le monde ici me conseille de sortir avec elle. Les gens me disent qu’on serait un couple parfait. Sauf que je n’arrive pas à envisager quoi que ce soit avec elle. Sans doute parce que je pense à Bonnie.
— Si on se voyait vendredi soir ? me propose-t-elle.
— Pour répéter ?
— Non… En n, on peut répéter avant, mais j’imaginais plus un dîner. Juste toi et moi.
Son regard clair me xe avec intérêt. Un sourire éclaire son visage tandis qu’elle ajoute :
— Une sorte de rencard, quoi… Sympa et sans prise de tête.
Je ris et acquiesce.
— Ça me ferait plaisir, accepté-je après un instant d’hésitation.
— Moi aussi ! Pour être honnête, ça fait longtemps que j’attends ça. Je t’apprécie beaucoup, Tyler.
— On peut aller dans un petit restaurant que j’adore, un peu en dehors de la ville, si tu veux ? Je suis sûr que ça te plaira !
— J’ai déjà hâte ! s’écrie-t-elle joyeusement.
— Moi aussi… On va bien s’amuser.
J’espère qu’elle ne se fait pas d’illusion. J’accepte ce rendez-vous, mais, parce que je l’apprécie. Rien de plus. Impossible qu’il puisse y avoir quelque chose entre nous.
Après tout, nous sommes passionnés de théâtre tous les deux. Cela suf ra à nous faire passer une bonne soirée. Je n’ai aucun doute là-dessus. Et si jamais elle tente quelque chose, je lui dirai gentiment que mon cœur est déjà pris. Cela la freinera un peu !
1 Roméo et Juliette, Shakespeare
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