Getting up together

Marine Conan · Chapitre 37 sur 68

Pages du PDF

Getting up together

Chapitre 36

 

Bonnie

— Tu en as déjà marre ?

Mon regard se pose sur mon meilleur ami. Depuis qu’il est revenu de sa petite pause avec Ange, il a l’air maussade. Ou fatigué. C’est vrai que je l’ai traîné ici.

— Un peu, mais ne t’en fais pas, je ne vais pas t’abandonner, me dit-il en retrouvant son sourire. Si tu veux danser jusqu’au bout de la nuit, je m’en accommoderai !

Je ris et acquiesce avant de me fondre dans ses bras pour un énième slow. Heureusement qu’il est là. Sans lui, j’aurais peut-être été tentée de sécher le bal de Noël alors que j’adore ces événements !

— Ange a encore abandonné sa cavalière, commenté-je en observant la rouquine appuyée contre un mur, verre à la main. Elle a l’air de faire la gueule.

— Il s’en est peut-être trouvé une autre, plaisante Cosme en haussant les épaules. Tu le connais…

Étrangement, je remarque dans sa voix une intonation presque boudeuse. Qu’est-ce que ça peut lui faire qu’Ange drague à tout va ? Après tout, ce n’est pas nouveau. Il a toujours été comme ça. Même si je croyais qu’avec cette lle, ça avait l’air plus sérieux !

— C’est son genre, oui, souf é-je. Tous les mêmes.

— Ne fais pas de généralités ! On n’est pas tous à chercher des meufs partout où on passe !

— Je sais… Toi, tu es différent. Mais tu devrais t’amuser un peu plus quand même, répliqué-je. Une des lles de l’équipe t’apprécie beaucoup… Peut-être que je devrais te donner son numéro, non ?

— C’est qui ? demande-t-il.

— Serena, la petite blonde timide. Elle te plairait ! af rmé-je.

— Pourquoi pas ?

Un sourire triomphant se dessine sur mon visage. Depuis moi, Cosme n’a vu personne. Ou peut-être une lle comme ça avec qui ça a duré quelques semaines. Mais il mérite de rencontrer quelqu’un de bien. Il est si gentil. Et mignon. Il a tout pour lui. Même si ça n’a pas marché entre nous, car l’étincelle n’était pas au rendez-vous, je suis persuadée qu’il peut rendre heureuses beaucoup de femmes. Parfois, je me dis que c’est étrange de le voir si renfermé sur lui-même. Qu’il ne s’intéresse pas tant que ça à l’amour. Après tout, nous autres adolescents, n’est-ce pas notre moteur ? Ne vit-on pas pour ces moments où notre cœur palpite et notre corps s’en amme ?

— Tiens, Ange est de retour, commente mon meilleur ami. C’est Tyler avec lui ?

En parlant de cœur qui palpite… À la simple évocation de ce nom, je le sens qui s’accélère. Mon regard fouille la foule jusqu’à tomber sur le Mexicain. Effectivement, le jumeau d’Arthur est à ses côtés. Qu’est-ce qu’il fait là ? Ils se dirigent droit vers nous en plus…

— Bonnie ! s’exclame Ange en attrapant Cosme par les épaules pour qu’il s’écarte de moi. Je t’ai trouvé un nouveau cavalier. Le tien fatigue, je crois. Et il doit me raccompagner, j’ai trop bu…

— Quoi ? Mais je…, commence à bafouiller mon meilleur ami.

— Chut ! Ne discute pas !

Et il l’entraîne, me laissant seule face à Tyler.

— Salut, chuchoté-je, un peu gênée. Je… Je ne savais pas que tu venais.

— Moi non plus. Ange m’a envoyé un message tout à l’heure en me demandant de passer. Ça avait l’air urgent et nalement… Il m’a dit que tu avais besoin d’un bon danseur.

Je laisse échapper un petit rire.

— C’est vrai que Cosme était un peu saoulé, avoué-je. Mais il n’aurait pas dû te faire rappliquer ici juste pour ça.

— À vrai dire, le bal de Noël est un de mes trucs préférés. Et il n’y en a pas dans mon lycée… C’était le moment ou jamais de pouvoir sortir mon costume tout neuf et surtout ce nœud papillon rouge vif !

Je lui souris. Au fond, je suis contente qu’il soit là ! Nous ne nous sommes pas vus depuis quelques semaines. Il me manquait, même si je n’osais pas lui avouer. On s’est écrit quelques messages bien sûr, pour prendre des nouvelles, mais c’est tout.

— Tu es très élégant comme ça, le complimenté-je.

Il est beau. Ses cheveux châtains sont soigneusement coiffés et son regard un peu sombre brille dans les lumières de la salle. Sa silhouette mince est mise en valeur par ce costume qui lui sied à ravir. En plus, on a l’air assortis !

— Et toi, tu es sublime. Je crois que t’es la plus belle des lles de cette soirée, me murmure-t-il à l’oreille.

— Merci !

Mes joues doivent être cramoisies. Cela fait longtemps qu’un compliment ne m’avait pas fait tant d’effet ! Et pourtant, je me sens coupable de ressentir ça. Après tout, c’est Tyler, le frère d’Arthur. Dans un autre monde, où il ne serait pas mort, il serait mon cavalier et danserait avec moi. Pas Tyler. Ce serait Arthur qui me prendrait dans ses bras. Car j’aurais sans doute ni par lui pardonner son écart à condition qu’il se tienne droit.

Du moins, si je n’avais pas appris entre-temps qu’il fréquentait une femme depuis plusieurs mois… Sans oublier cette histoire de drogue.

De toute façon, Arthur n’est plus là. Cela ne sert à rien de ruminer encore.

— À quoi tu penses ? me demande le jeune homme en me serrant un peu plus contre lui.

La musique a changé, un slow de Noël plus langoureux et sensuel. Pile ce qu’il fallait pour me troubler davantage…

— Je… Rien. En n, c’est juste que c’est bizarre de danser avec toi. Que tu sois là.

Un rire rauque lui échappe et il acquiesce.

— Ouais, je trouve aussi… Mais c’est plutôt agréable, souf e-t-il.

Je laisse ma tête retomber contre son épaule en acquiesçant. Son parfum ambré se glisse dans mes narines. Il sent bon. Je ferme les yeux en savourant le contact de sa main dans mon dos.

Pendant quelques instants, aucun de nous ne pipe mot. Je le devine pensif lui aussi, mais je n’ose pas l’interroger. C’est étrange comme je me sens proche de lui alors que nous nous connaissons si peu. Et surtout les conditions de notre rencontre sont particulières.

— Je suis désolé si j’ai été un peu distant ces dernières semaines.

Il met n au silence qui ottait entre nous. Je relève la tête et son regard accroche le mien. Un mince sourire étire ses traits.

— Je… Je voulais te voir davantage, mais… C’est compliqué.

Je m’écarte doucement de lui pour le scruter, perplexe.

— Comment ça ?

Il laisse échapper un soupir et déglutit, mal à l’aise. Ses prunelles me fuient pendant quelques instants avant qu’il n’ose de nouveau poser les yeux sur moi.

— Ange m’a conseillé d’être honnête avec toi. Avant que cela ne devienne trop bizarre.

— Qu’est-ce qu’il y a, Tyler ? le questionné-je.

— Je t’évite un peu ces derniers temps, m’avoue-t-il. Pas parce que je n’aime pas ta compagnie, hein ! Mais…

Devant ma moue perdue, il passe ses doigts sur ma joue.

— C’est le contraire en fait… Tu me plais, Bonnie. Et ça me terri e. Parce que je ne suis pas censé ressentir un truc comme ça. Pas envers toi. T’es la copine d’Arthur. Même s’il n’est plus là, je ne devrais pas être en train de craquer sur toi comme je le fais.

Mon cœur s’arrête de battre. J’ai du mal à croire ce qu’il me révèle. Surtout que ses pensées font écho aux miennes. Moi qui imaginais qu’il avait simplement préféré s’éloigner de moi, car il ne me trouvait pas intéressante ou que je lui rappelais trop son frère… Je me suis trompée sur toute la ligne.

— Désolé de te dire ça comme ça, ajoute-t-il, penaud. Je… Je n’aurais pas dû peut-être, c’était…

— Non, non… Pas du tout. Tu as bien fait ! m’empressé-je de le rassurer. Je n’ai pas envie qu’on se cache des choses. Avec Arthur, il y a eu trop de mensonges.

— Je me doute que je ne t’intéresse pas plus que ça, mais je préférais être honnête avec toi. Que si on continue de se voir, ce soit en connaissance de cause.

Je secoue la tête et soupire.

— Je ne te demande rien, Bonnie, ajoute-t-il sans me laisser le temps de répondre. Je t’apprécie. D’ailleurs, si tu veux bien qu’on continue de se parler, j’en serais ravi. Il ne se passera rien, je sais me tenir, mais c’était important pour moi d’être transparent avec toi.

Ses paroles me touchent. J’ai envie de me blottir entre ses bras et de lui dire que je ressens la même chose. Mais je n’en ai pas le droit.

C’est le jumeau d’Arthur. Celui avec qui je suis sortie. Celui que j’ai embrassé tant de fois. Qui m’a fait l’amour si souvent. Je ne peux pas éprouver quoi que ce soit pour Tyler. C’est mal.

— Merci de l’avoir fait, me contenté-je de murmurer. Je… Je t’apprécie aussi, Tyler. Alors, restons amis, si tu le veux bien, d’accord ? Rien de plus. Juste deux amis qui prennent plaisir à continuer de se découvrir, à se con er l’un à l’autre et à rire ensemble.

Je devine à son visage qui se décompose qu’il est déçu. Il espérait peut-être que je lui dise que je ressentais la même chose. Sauf que j’en suis incapable. J’aurais l’impression de trahir Arthur.

— Bien sûr ! s’exclame-t-il. Je te jure que je n’ai pas voulu éprouver un truc pareil. J’ai tenté de refouler mes sentiments, mais peine perdue… Ange m’a dit d’assumer. On ne contrôle pas tout. Et il m’a con é que vous veniez de vous séparer avec mon frère. Quelques jours avant qu’il…

J’acquiesce. Pas besoin qu’il termine sa phrase. On sait tous les deux de quoi il parle.

— Et je me suis déjà sentie tellement coupable à cause de ça… Comme si notre rupture pouvait peut-être être la cause de son suicide, murmuré-je.

— Mais non ! s’exclame le jeune homme. Ne dis pas une chose pareille… Arthur allait mal. Personne n’a pu le voir… Moi, le premier. Ange, mes parents, toi, tous ses potes. Il a réussi à montrer à son entourage un visage souriant qui nous a tous trompés. Mais il devait être si malheureux pour en arriver à une telle extrémité…

Je soupire. Il a raison. Sans doute. Son mal-être devait remonter à des mois en arrière. Peut-être même des années.

— Tu devrais en parler à tes parents, souf é-je. De ce que vous avez découvert.

— Je ne sais pas, Bonnie. Ils commencent à peine à se reconstruire. J’ai peur que ma mère s’écroule de nouveau.

— Tu trouveras le bon moment. Peut-être pas tout de suite, mais ça viendra.

Il acquiesce et m’adresse un mince sourire.

— Et tu crois que, toi et moi, on doit quand même continuer de se voir alors ? Cela ne te gêne pas, tu es sûre ?

— Non, bien sûr que non ! Je n’ai pas envie que tu sortes de ma vie, avoué-je.

C’est la seule chose que je peux lui dire en toute sincérité sans trop en révéler moi-même.

— Peut-être que ce que tu éprouves va disparaître… Ça se trouve, c’est une espèce de projection suite à la disparition d’Arthur… Le cerveau fait parfois des trucs bizarres.

Une lueur de déception traverse brièvement son regard. Je le comprends. Je remets en cause ses sentiments alors qu’ils sont sincères. Les miens le sont en tout cas. Du moins, je crois.

— Oui, tu as sans doute raison, nit-il par répondre d’une voix douce. Continuons de danser encore un peu et après, je m’en irais. Que je pro te de cette sensation magique que je ressens entre tes bras.

Je lui souris et hoche la tête. Être avec lui est tellement agréable que je ne suis pas contre prolonger ce moment.

Ensuite, nous reviendrons à la réalité…

OceanofPDF.com