Getting up together
Chapitre 9
Ange
1er juillet 2022
Tijuana ! L’ambiance est au beau xe malgré la brochette étrange N ous sommes sur la route, ça y est ! Après plusieurs semaines à tout plani er, direction que nous formons : Wes, Isma et moi pour les Rosters, Bonnie, la seule lle de l’aventure, Tyler, le jumeau d’Arthur que personne ne connaissait avant l’enterrement hormis moi et en n, Cosme, le loser de notre lycée, celui-là même qu’on prend tant de plaisir à se moquer avec les mecs de l’équipe !
Une bande improbable qui va devoir se supporter pendant quatre jours. Pas la meilleure dé nition pour des vacances idéales selon moi ! Aucun de nous n’avait vraiment envie de partir ensemble, mais on le fait pour Arthur. Sauf Cosme qui, lui, a accepté pour soutenir Bonnie, son ex devenue après sa plus proche amie. Je le soupçonne d’être encore accro à elle. Après tout, pourquoi être prêt à fréquenter les mecs qu’il déteste pour honorer la mémoire d’un petit con qu’il n’aimait pas plus que ça, si ce n’est par amour ?
Wesley est au volant. Je jette un coup d’œil à Cosme dans le rétroviseur. Il a l’air serein. Pourtant, ce matin, il semblait stressé à l’idée de ce voyage ! Et je me rappelle qu’il m’a dit à plusieurs reprises qu’il n’était pas rassuré de monter en voiture avec nous. Mais comme il n’a pas le permis, il n’a pas trop le choix ! Il est obligé de s’en remettre à nous. Avant de partir, nous nous sommes vus deux, trois fois pour naliser l’organisation de cette cérémonie. Bizarrement, ce n’était pas si désagréable que ce que j’imaginais. Il est moins barbant que prévu et, surtout, il a eu des idées sympas. On a formé une bonne équipe ! Bonnie a eu du nez.
— On arrive dans combien de temps ? questionne Tyler.
Je jette un coup d’œil au GPS et me tourne vers lui.
— Encore deux cent quarante kilomètres ! Mais on va s’arrêter bientôt pour bouffer. Je meurs de faim ! m’exclamé-je.
— Sérieux ? intervient Cosme. On a mangé avant de partir !
Bonnie nous a préparé un petit-déjeuner à emporter pour qu’on fasse le plein. Des scones à la myrtille et au chocolat, des roulés à la cannelle et des thermos de café.
— Tout le monde n’est pas un gringalet comme toi, Face d’escargot ! répliqué-je. On a besoin de force pour entretenir ces corps !
Il m’adresse un doigt d’honneur en grimaçant tandis que je ris devant sa moue dépitée.
— Il a pas tort. Tu as vu mes muscles ? renchérit Wesley en lâchant le volant de sa main droite pour lui montrer son bras. Ça demande de la bouffe. C’est pas un scone qui va me suf re.
— Vous êtes relous, les gars, grogne Bonnie. J’ai hâte d’être à l’hôtel et de plonger dans la mer ! La plage a l’air incroyable.
— Et plus vite on arrive, plus vite on repart, marmonne Cosme.
— Sois pas rabat-joie, Face d’escargot ! On va s’éclater ! m’écrié-je. Tijua, nous voilà !
***
— Alors, heureuse ? demandé-je à Bonnie avec un sourire.
Nous sommes en train de bronzer sous le soleil brûlant de Tijuana, sur la plage privée de l’hôtel. Sitôt arrivés, nous avons laissé nos affaires dans les chambres et couru vers l’océan. Tout le monde avait envie de se baigner. Tout le monde, sauf Cosme. Lui, il est à l’écart du groupe, à l’ombre, posé sur des rochers inconfortables avec un bouquin à la main. Ce mec est bizarre. Quel individu digne de ce nom reste sur le sable alors qu’il a une étendue d’eau magni que devant lui ?
— Il manque Arthur pour que tout soit parfait, me répond la jeune femme avec un mince sourire.
J’acquiesce. J’ai beau avoir Wesley et Ismael à mes côtés, ce n’est pas pareil. Personne ne comptait plus que mon meilleur ami à mes yeux. Il aurait été tellement heureux. Bon, nous n’aurions été que tous les deux ou avec quelques mecs de l’équipe. Après tout, le Mexique, c’est la fête ! Avec sa meuf dans les pattes, on se serait beaucoup moins amusé. Mais ça n’arrivera jamais. Arthur est parti bien trop tôt. Connard… Tu aurais pu au moins attendre que je t’emmène ici avant de te casser…
— J’espère qu’il sait qu’on fait tout ça pour lui de là où il est maintenant.
Mon regard se porte vers le ciel. Je suis croyant. L’héritage d’une famille mexicaine pure souche. La place de la religion est très importante chez moi. Ça a toujours été le cas. J’ose me dire que malgré sa mort volontaire – son suicide – Arthur est du bon côté de la barrière. Il le mérite. Ce mec n’était pas parfait, loin de là. Mais il avait un cœur gros comme ça.
— Il me manque, souf e-t-elle.
Ses yeux se perdent sur l’océan. La nuit commence déjà à tomber. Wesley et Ismael sont en train de disputer une partie de volley-ball avec des nanas. Tyler, lui, est endormi, allongé sur sa serviette. Je me tourne vers la jeune femme et glisse ma main sur son épaule.
— Pourtant, tu allais rompre avec lui, non ?
Je n’ai pu m’empêcher de lui poser cette question. C’est plus fort que moi. Je me retiens depuis la mort de mon meilleur ami. Aucun moment ne me paraissait pertinent, mais cette fois nous sommes seuls tous les deux, si on oublie Tyler, qui dort. Bonnie fronce les sourcils. Ses lèvres se pincent. Je devine que mon interrogation la met mal à l’aise.
— Il m’avait parlé de votre dispute, continué-je pour la pousser à sortir de son silence. Il m’a dit que tu voulais faire un break.
La jeune femme nit par hocher la tête.
— Oui… Mais… Ça ne change rien à ce que je ressentais pour lui, souf e-t-elle d’une voix lasse. C’est juste que j’ai eu trop mal quand j’ai appris qu’il avait eu une autre nana.
— Il s’en foutait de cette meuf, Bonn ! Il a déconné, c’est vrai, mais c’était toi qu’il voulait.
Du moins, c’est ce que je crois. Nous n’avons pas eu le temps d’avoir cette discussion. Il est mort avant… Mais j’imagine que c’est ce qu’elle a envie d’entendre. Ce dont elle a besoin d’être convaincue.
— Je ne sais pas… De toute façon, c’est trop tard. Il n’est plus là…
Bonnie soupire et se tourne vers moi.
— Tu penses que c’est de ma faute, hein ? C’est ça ? me questionne-t-elle.
— Non ! Bien sûr que non ! m’exclamé-je. Il n’y a pas de coupable… On a loupé un truc avec Arthur. J’aurais jamais cru qu’il avait un tel mal-être en lui pour arriver à faire une connerie pareille. Pourtant, je le connaissais depuis des années…
Un soupir m’échappe.
— S’il y a un fautif, je le suis davantage que toi, marmonné-je. Après tout, c’était mon meilleur ami. Je l’ai rencontré à l’époque des bacs à sable. C’était à moi de deviner qu’un truc clochait.
Bonnie pose sa main sur la mienne. Ses yeux accrochent les miens et elle m’adresse un sourire compatissant.
— Non… Personne n’aurait pu le voir, car il a tout fait pour nous le cacher, déclare-t-elle. Tu te rappelles, c’était la joie de vivre incarné. Il était toujours là pour les autres.
J’acquiesce. Elle n’a pas tort. Il n’a jamais rien dit qui puisse laisser penser qu’il avait un souci. Si seulement j’avais pu voir au-delà de son sourire ? Les choses auraient-elles pu être différentes ?
— Arrêtez de vous ageller. Personne n’est responsable de sa mort.
Je sursaute. J’avais complètement oublié Tyler. Depuis quand est-il réveillé ? Je le dévisage du coin de l’œil. Sous ses airs impassibles, je devine qu’il souffre sans doute plus que nous tous réunis. Peut-être que lui aussi se sent coupable ? C’était quand même son jumeau.
— Arthur ne laissait rien paraître, murmure-t-il. Il s’était construit une carapace que personne n’a réussi à percer.
— Ouais…
— Si on arrêtait de parler de ça, quémande Bonnie. On est ici pour honorer sa mémoire ! Pas pour chercher qui est le fautif. Car il n’y en a pas. C’est ce qu’il faut se dire.
— On devrait plutôt rentrer, non ? propose Tyler. Il commence à être tard. La nuit va tomber.
— Allons-y ! Je vais récupérer Wesley et Isma.
Je me lève et me précipite vers mes potes. J’ai besoin de laisser derrière moi cette discussion. Parler d’Arthur et de son suicide me met en vrac. Ça a beau faire plus d’un mois, j’ai toujours mal au cœur. Parfois, j’ai l’impression qu’il sera là dans quelques jours. Que c’est juste un cauchemar et que je vais me réveiller. Que le matin, en arrivant au lycée, il sera là. On rigolera de nouveau ensemble et on jouera au basket. Mais malheureusement, je me berce d’illusions. Il est mort. Il ne reviendra plus. Je dois faire mon deuil et avancer.
— Isma, Wes ! les interpellé-je. On va bouger !
Mes deux coéquipiers cessent leur partie de volley et étreignent les jeunes lles avec qui ils disputaient un match apparemment serré puisqu’ils se promettent une revanche le lendemain !
Je les laisse rejoindre Bonnie et Tyler tandis que je me dirige vers Cosme.
— Lâche ton bouquin ! m’écrié-je. On rentre à l’hôtel.
— Déjà ?
Il lance un coup d’œil derrière son livre. Son regard croise le mien et il grimace en constatant que le soleil se couche.
— J’aurais aimé le terminer, marmonne-t-il.
— Tu le niras ce soir ! Je compte pioncer dès que mon corps sera allongé dans ce lit confortable. La route m’a tué. Donc ne t’attends pas à une discussion de lycéennes autour de crème glacée, plaisanté-je.
Il sourit et hoche la tête avant de se lever. Les autres nous rejoignent avec les affaires. Nous sommes prêts à regagner l’hôtel. J’ai hâte de goûter le buffet à volonté du restaurant. Il a l’air incroyable. Dès demain, nous ferons la première activité pour rendre hommage à Arthur. Notre voyage initiatique à Tijuana va commencer !
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