Getting up together

Marine Conan · Chapitre 8 sur 68

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Getting up together

Chapitre 7

 

D Ange es coups frappés à la porte de chez moi me réveillent du

sommeil léthargique dans lequel j’étais tombé. Un regard

lancé à mon portable m’apprend qu’il est déjà seize heures ! Merde, ça fait trois heures que je dors ! Je me lève dif cilement du canapé et laisse échapper un bâillement tonitruant. Lorsque j’ouvre, la surprise doit se deviner sur mon visage : Cosme. Qu’est-ce qu’il fout là, celui-là ? On avait rendez-vous ? Ici ? Impossible. Je n’invite jamais personne. Même Arthur n’a dû venir que trois, quatre fois.

— Tu devais être chez moi il y a une heure, gronde le jeune homme, agacé.

Ses lèvres pincées et son regard sombre n’indiquent rien de bon. J’avais zappé que nous devions nous voir. Acte manqué ? Sans doute ! Passer mon après-midi avec Cosme Salinger ne me fait pas rêver…

— Je me suis endormi, grogné-je. Longue soirée hier. On m’a traîné dans une fête.

Il me dévisage, circonspect. C’est vrai que ce n’est pas son genre de faire la esta. Ce mec a l’air plus ennuyeux que la pluie. Qu’est-ce que lui trouve Bonnie ?

— Je peux entrer ? me demande-t-il. Comme ça, on s’y met et on se débarrasse de ça vite fait.

OK. Il n’est pas plus enchanté que moi à l’idée de collaborer ensemble. En même temps, ça ne m’étonne pas. Il ne me porte pas dans son cœur. Je suis un abruti avec ce mec dès que je le croise, mes potes encore plus. Ce n’est pas de ma faute s’il a l’air inadapté à la vie en société. Je lance un coup d’œil derrière moi, dans mon salon. C’est le bordel, mais il n’y a personne chez moi. Ma mère bosse, mon père est je ne sais où et ma petite sœur est en vacances chez notre tante.

— Ouais, vas-y, accepté-je.

J’ouvre plus grand la porte et il pénètre à l’intérieur. Je ne suis pas à l’aise à l’idée de faire entrer quelqu’un du lycée ici, mais, le temps de repartir chez lui et de travailler, ça me ferait perdre l’après-midi ! Autant dire que je n’ai pas que ça à faire. Même si c’est pour la bonne cause.

— Installe-toi, lui proposé-je. C’est un peu le foutoir, désolé.

— Ce n’est pas pire que ma chambre, plaisante-t-il tout en observant les lieux.

Il risque d’être déçu. On est loin de la demeure luxueuse d’Arthur. Ici, c’est une toute petite baraque. Un salon avec cuisine attenante, trois chambres et une salle de bains. Un bout de jardin mal entretenu et ça s’arrête là.

— Tu veux un truc à boire ?

— Oui, n’importe. Un soda ou de l’eau.

Je le laisse prendre place dans le canapé et me dirige vers le frigo. Il n’y a plus grand-chose. Maman a pas encore eu sa paie et, moi, je n’ai pas bossé depuis deux semaines. Après la mort d’Arthur, je n’y suis pas retourné… Ça fait des billets en moins pour les courses du mois. Il va falloir que je me bouge ! Mon père ne travaille plus depuis deux ans maintenant. Un accident de voiture, des soucis de santé et l’alcool ont fait pencher la balance vers son licenciement. Depuis, il n’a pas l’air de se remettre en selle. Loin de là… Je m’empare d’une bouteille de jus d’orange, de deux verres et d’une boîte de comprimés spéciale gueule de bois.

— J’ai que ça, lui dis-je en nous servant.

J’avale un cachet et laisse échapper un soupir d’aise. D’ici une heure, je me sentirai mieux !

— Tu aurais dû prendre un café, me fait remarquer Cosme. C’est un remède miracle !

Mes prunelles sombres se posent sur lui, surpris.

— Tu as déjà été bourré, toi ?

Je ricane malgré moi. J’ai du mal à l’imaginer.

Il lève les yeux au ciel et ignore ma question d’un signe de main.

— J’aime pas le café. Ouais, je sais, c’est rare chez un mec, mais ça n’a jamais été ma tasse de thé !

Je me marre suite au jeu de mots que je viens de faire. Ce crétin esquisse à peine un sourire. Il a un balai dans le cul, c’est pas possible !

— Alors, Face d’escargot, tu ne veux pas me raconter ta dernière gueule de bois ?

Je ne peux m’empêcher d’être curieux. Ses iris me fusillent. Il n’a pas l’air d’apprécier le petit surnom dont je l’ai grati é dans mon téléphone. C’est pourtant mignon un escargot, non ?

— Ça ne te regarde pas, se contente-t-il de répondre. Bon, on s’y met ? Je n’ai pas que ça à faire !

Je grimace et laisse échapper un râle mécontent. Si en plus il se montre aussi désagréable, l’organisation de cette cérémonie promet d’être bien chiante. Je le fais pour Arthur !

— Tu n’es pas le seul, répliqué-je d’une voix sèche.

Il boit une gorgée de jus. Je l’observe un instant. Ses cheveux clairs, décolorés, sont coiffés avec un peu de gel. Sa peau laiteuse paraît encore plus pâle avec cette couleur. Mais ses grands yeux viennent trancher. Ils ont presque la nuance de l’orage. Un vert qui tire sur le gris. Je n’avais jamais fait attention à ce détail avant. Comme d’habitude, il porte une tenue digne d’un métalleux. Fait-il ça pour se donner un genre ou aime-t-il vraiment le rock ? En tout cas, il ne passe pas inaperçu, sapé comme ça.

— Bon, on a la carte de Barbara ! La mère d’Arthur et Tyler, précisé-je devant son air étonné. On va pouvoir faire de ce petit voyage un truc un peu classe, sans exagérer non plus.

— Sympa ! Je n’aurais pas cru qu’elle approuverait ce projet ! m’avoue le jeune homme en haussant les épaules.

— Elle peut rien me refuser.

J’arque les sourcils et éclate de rire avant de secouer la tête.

— Barbara est plutôt cool. Puis, elle aimait Arthur plus que tout. Elle sait qu’on fait ça pour lui donc elle ne peut qu’accepter ! Et même nous encourager.

— Tu as déjà été à Tijuana, toi ?

— Une fois ou deux quand j’étais môme. Mon père vient d’une ville à une petite centaine de kilomètres de là. Mais ça fait longtemps qu’on est pas retourné au Mexique.

J’attrape mon PC portable, cadeau des parents d’Arthur à Noël, et l’ouvre rapidement.

— On va se prendre un hôtel pas trop moisi du coup, annoncé-je.

— C’est mieux, ouais… Je n’ai pas envie de me retrouver dans un guet-apens !

Je retiens un rire. Il me fait penser à Tyler. Je suis sûr qu’ils vont s’adorer ces deux-là ! Ils sont faits pour s’entendre.

— Ne t’en fais pas. Je vais nous trouver the place to be1. On ira en voiture. Wesley est OK pour qu’on utilise la sienne.

— Il conduit bien au moins ?

Cosme me dévisage, mé ant.

— On roule tous bien. Bonnie pourra prendre le volant et toi aussi si ça te fait plaisir !

— Je n’ai pas le permis, marmonne le jeune homme, désappointé. Je n’ai donc qu’à vous faire con ance.

Je lui tapote l’épaule en riant.

— Tu vas voir, on est des pilotes !

Il n’a pas l’air plus rassuré que ça, mais tant pis. Comme il dit, il n’a pas le choix. Il fait partie de cette aventure maintenant.

Je pianote sur le clavier et lui propose rapidement quelques hôtels. La plupart disposent d’une piscine et d’un spa ! Tant qu’à faire, autant qu’on se fasse plaisir. Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de se faire un trip comme ça ! Cosme se penche sur mon épaule pour regarder les établissements qui s’af chent sur l’écran. Il en pointe un du doigt.

— Lui, non ?

Pas mal, c’est celui que je visais aussi ! Ce crétin a peut-être plus de goût que je le croyais ! Je clique sur le descriptif : piscines extérieure et intérieure, SPA, chambres calmes et spacieuses, plusieurs restaurants, des animations et une boîte de nuit ! Que demande le peuple ?

— Canon ! lancé-je en faisant dé ler les photos.

La vue sur la mer est magni que. La plage privée est à quelques pas de l’hôtel et le centre-ville accessible par navette.

— On valide alors ?

Cosme hoche la tête tandis que je m’occupe de la réservation. On sera six. Wesley et Ismael seront présents. Ce sont les seuls de l’équipe qui ont répondu à l’appel. Heureusement qu’ils sont là !

— On prend trois chambres, proposé-je. Deux par deux, ça le fait, non ? Ou sinon, Bonnie à part, une de deux et l’autre de trois.

Le jeune homme esquisse une moue et met quelques secondes à réagir.

— Bonnie préférera être seule, me dit-il.

Je choisis donc une solo, une double et une trio en précisant qu’il nous faut des lits jumeaux et, en n, j’arrive à la page de règlement. Putain, neuf cents dollars pour quatre nuits ! Merci, Barbara. Sans elle, nous n’aurions jamais pu nous payer un tel truc. Ce n’est même pas l’hôtel le plus luxueux qu’on a sélectionné.

— Elle nous fait un beau cadeau, la mère d’Arthur, commente Cosme avant de s’écarter de moi et de s’installer plus confortablement dans le canapé.

Il attrape son verre de jus qu’il termine avant de soupirer.

— En tout cas, je ne comprends pas pourquoi on avait besoin de faire ça à deux, râle-t-il. Tu te serais débrouillé à merveille sans moi.

Je laisse échapper un rire rauque et me retourne vers lui après avoir refermé mon PC. L’hôtel est con rmé, une bonne chose de faite.

— On appelle ça l’esprit d’équipe, face d’escargot ! rétorqué-je. Mais tu ne dois pas connaître ça. Notre travail ne s’arrête pas là en plus. On doit plani er ce qu’on fera là-bas.

— Génial… J’attends ce moment avec impatience, ironise-t-il.

Je ne peux m’empêcher de sourire à sa repartie. Son cynisme est assez amusant nalement.

— Cette fois, je viendrai chez toi, lui assuré-je.

Il hoche la tête avant de se lever.

— Cosme ? l’interpellé-je alors qu’il se dirige déjà vers la porte d’entrée.

Il se tourne vers moi et je le rejoins rapidement.

— Essayons de faire une trêve, non ?

Devant son visage surpris, je me racle la gorge.

— Pour Arthur, précisé-je. En n, pour cette cérémonie, quoi. Je sais que tu t’en foutais de lui, mais on peut tenter de calmer le jeu au moins pour cet été.

— Et à la rentrée, tu redeviendras le sale con de d’habitude, c’est ça ?

Je lui adresse un sourire amusé et hausse les épaules.

— Tu sais bien que je suis comme ça ! Chassez le naturel, il revient au galop, lui glissé-je en riant et en lui donnant une tape sur le torse. Mais en attendant, ami-ami ?

Je lui tends la main. Il met quelques secondes avant de s’en emparer et de la serrer dans la sienne. Sa peau est froide. Alors qu’il fait bien trop chaud chez moi. Ce mec est un vampire, il n’y a pas d’autre explication !

— Ami ! À durée déterminée, ajoute-t-il avec un rictus en coin.

Il tourne les talons et quitte ma maison en refermant doucement la porte. Qu’est-ce que je ne suis pas prêt à faire pour toi, Arthur ! J’espère que d’où il est, il voit l’effort considérable que c’est de sympathiser avec ce type dénué d’émotions, au balai coincé dans le cul !

Ça va pas être une partie de plaisir !

1 L’endroit où se trouver, en anglais

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