Getting up together

Marine Conan · Chapitre 49 sur 68

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Getting up together

Chapitre 48

 

J Tyler e suis pitoyable. Je ne sais même pas depuis quand je suis

affalé sur la tombe de mon frère, à pleurer toutes les larmes de

mon corps. Tous ces sanglots que j’ai retenus si longtemps. Ils s’échappent de moi sans que je ne puisse les contrôler. Je désirais être fort. Comment ai-je pu imaginer que je réussirais à surmonter la mort d’Arthur comme ça ? Ce n’est pas possible. J’ai essayé de gérer pour les autres. Pour mes parents, surtout ma mère. Pour Ange. Bonnie, aussi. Je voulais être celui sur qui on pouvait se reposer. Prouver au monde entier que je survivais sans mon double.

Même si Arthur et moi n’étions plus si complices que lorsque nous étions gosses, au fond, il restait mon frère, mon jumeau. Celui pour qui j’aurais donné ma vie. Et aujourd’hui, il n’est plus là. J’ai l’impression de découvrir, en plus, quelqu’un que je ne connaissais pas.

Entre cette histoire de nanas, la drogue et maintenant une malformation cardiaque… Comment a-t-il pu dissimuler tout ça ? Pourquoi ne m’a-t-il rien dit ? Merde, j’aurais pu l’aider.

Recroquevillé sur moi-même, je tente de calmer mes larmes, sans succès. Pourtant, j’entends la voix d’Ange qui essaie de m’apaiser. Sauf que j’ai l’impression qu’il est loin. À des kilomètres de moi. J’ouvre les yeux : tout est ou. Je ne distingue plus rien. Ma respiration se fait plus courte. Je ne parviens plus à inspirer.

— Ange… Je…, balbutié-je.

Il ne m’entend pas. Ou peut-être que si. Soudain, sa main se pose sur mon bras.

— Tyler… Mon vieux, chut… Je suis là, tu n’es pas seul.

Il tente prudemment de me prendre contre lui. Je le laisse faire. Tout à l’heure, je l’ai repoussé. Ma tête retombe sur son torse.

— Je me sens… mal… Ici, ça bloque.

Je tente de désigner du doigt ma poitrine

— Respire, me conseille-t-il. Tu fais une crise d’angoisse, ça arrive.

Il semble si calme. Pédagogue, presque. À croire qu’il est habitué à gérer ça.

— Bonnie nous rejoint, ajoute-t-il. Elle vient de m’écrire un SMS, elle est en route.

— Quoi ? Bonnie ? Mais…

— Tu as besoin qu’on soit près de toi, se contente-t-il de me dire en haussant les épaules. Puis, je ne peux pas te ramener tout seul jusqu’à la voiture.

— Pas la peine de me porter.

Comme pour le lui prouver, je tente de m’écarter de lui et de me lever, mais je me ramasse lamentablement sur la tombe, renversant au passage un pot de eurs.

— Merde…, murmuré-je. Je suis une loque… Je ne sais pas ce qu’il m’a pris.

— Moi, je sais. Tu as perdu ton jumeau.

Ange remet en place la plante et m’aide à m’asseoir sur le marbre gris.

Du bruit me fait sursauter. Je lance un coup d’œil au loin, mais je ne distingue qu’une silhouette qui s’approche en courant. Lorsqu’elle arrive à notre hauteur, je me rends compte que c’est Bonnie.

— J’ai fait aussi vite que j’ai pu ! s’exclame-t-elle pour s’annoncer.

Rapidement, elle se baisse à genoux devant moi et attrape mon menton entre ses doigts ns.

— Comment tu te sens ? me demande-t-elle d’une voix douce. J’ai eu si peur.

Elle se tourne vers Ange, qui secoue la tête.

— Je crois que le pire est derrière… Il s’est un peu calmé, mais, tout à l’heure, il ne parvenait pas à s’arrêter de pleurer.

Je soupire.

— Au cas où vous l’auriez oublié, je suis là, grogné-je en essuyant quelques larmes qui coulent encore sur mes joues.

Je me sens honteux de sangloter devant Bonnie. Qu’est-ce qu’elle va penser de moi ? Sans doute imaginera-t-elle que je ne suis qu’un faible, incapable de contrôler mes émotions.

Pourtant, devant son regard bienveillant qui ne me quitte pas des yeux, je m’apaise peu à peu. Elle m’adresse un mince sourire et attrape mes mains entre les siennes.

— Pourquoi tu ne nous as pas dit que tu te sentais aussi mal ? me questionne-t-elle. Tu as le droit de craquer, Tyler. Arthur était ton jumeau. Tu es même celui qui est le plus à même de le faire.

J’acquiesce, la gorge serrée. Je retiens quelques sanglots qui menacent de m’envahir.

— Je voulais être fort…, avoué-je. Ça a été si dur à sa mort. La dépression de maman… J’ai cru qu’elle ne sortirait pas la tête de l’eau. Je ne pouvais pas me permettre d’être faible.

Arthur pose de nouveau sa main sur mon épaule tandis que Bonnie acquiesce, la mine contrite.

— Je comprends, soupire-t-elle. Mais tu ne peux pas porter la souffrance de tes parents ni la nôtre. Tu es en droit de réclamer de l’aide quand tu sens que c’est trop. Que ça peut te submerger et te rendre malheureux.

Elle marque une courte pause et reprend :

— Regarde Arthur où ça l’a mené… Peut-être qu’il pensait comme toi. À tout vouloir gérer seul. Se dire qu’il pouvait se sortir des merdes dans lesquelles il s’était mis sans personne pour lui tenir la main.

Elle n’a pas tort. Je baisse la tête.

— Oui… Peut-être qu’il n’aurait pas commis l’irréparable s’il avait appelé à l’aide, admet Ange. On l’aurait supporté. Même toi, Bonn… Après tout ce qu’il t’a fait, si tu savais qu’il allait mal, tu l’aurais écouté malgré tout.

— Bien sûr. Peu importe comment s’est terminée notre histoire, Arthur était quelqu’un qui comptait pour moi. J’aurais voulu être là pour lui comme il a pu le faire pour moi, parfois…

Je dévisage ces deux personnes qui aimaient mon frère. Malgré ses mensonges, ses conneries, elles sont encore là. Et désormais, elles font partie de ma vie. Sa mort les a mis sur mon chemin. Pour ça, je ne le remercierai jamais assez. Sans Ange et Bonnie, je ne suis pas certain que j’aurais réussi à tenir jusque-là.

Leur écoute, leur aide, mais aussi leurs rires et leurs discussions ont été précieux pour moi. Que ferais-je sans eux, maintenant ?

— Il était malade…, souf é-je au bout de quelques secondes.

Bonnie lâche mes mains et me dévisage, perplexe.

— Malade ? Comment ça ?

Je touche mon torse. Mes lèvres se pincent. Incapable de répondre, je secoue la tête et lance un coup d’œil perdu à Ange.

Il comprend rapidement mon désarroi et s’accroupit à son tour pour se mettre à notre hauteur.

— Cosme a réussi à débloquer son PC… On a fouillé un peu et on a trouvé des échanges de mails avec son docteur, explique-t-il d’une voix nerveuse. Avec un compte-rendu médical.

Lui aussi est mal à l’aise avec le sujet. Je le sens à sa gestuelle vive et saccadée.

— Une malformation cardiaque, poursuit-il. Je n’ai pas tout compris, mais, en gros, ça risquait de saboter sa carrière. Opération, plus de sport pendant un moment, pas de bourse, etc…

Le visage de Bonnie s’affaisse. Elle prend conscience de l’impact que cette nouvelle a dû avoir sur mon jumeau.

— Merde… Entre ça et son dealer qui le faisait chanter. Sans compter l’autre pouf et son bébé inventé…, souf e-t-elle. Pourquoi il n’a rien dit ? Tes parents ne le savaient pas ?

— Je ne crois pas.

— Quel bordel… Tyler, il faut que tu leur en parles. Ça fait trop de trucs, tout ça. Ils sont en droit de connaître la vérité sur ce qui se passait pour Arthur avant qu’il ne se suicide…

Sa voix est un murmure. Elle déteste utiliser ce mot. Elle me l’a dit plusieurs fois. Pourtant, c’est la réalité. Il a décidé de se foutre en l’air alors qu’il avait de nombreuses années devant lui. Pourquoi ?

Parce qu’il imaginait que, sans basket, il n’aurait plus rien ? Plus de copine puisqu’elle l’avait quitté ? Plus de possibilité d’aller à l’université, car ses notes étaient lamentables ? Se peut-il qu’il ait préféré baisser les bras plutôt que de se battre pour un avenir qu’il aurait essayé de rendre meilleur ?

Arthur… Je donnerais tout pour que tu sois devant moi maintenant. Que tu me racontes tout ce que tu avais sur le cœur. Peut-être aurais-je pu trouver les mots pour t’apaiser ou te permettre d’y croire encore.

Mais c’est trop tard. Je t’ai perdu. Tu ne reviendras plus.

— Tyler…

La voix d’Ange me tire de mes sombres pensées. Je me tourne vers lui et acquiesce.

— Bonnie a raison, souf e-t-il. On devrait aller voir tes parents.

— Je sais…

J’y songe depuis des semaines. Maintenant que ma mère va mieux, je ne peux pas continuer de leur cacher ça. Il est temps que je sois honnête.

— On peut t’accompagner, me propose Bonnie spontanément. Il n’est pas trop tard.

Je lance un coup d’œil à la lune qui commence à éclairer le ciel. Maman est une couche-tard. Papa doit être encore au boulot ou sur le chemin du retour.

Peut-être que c’est le bon moment. De toute façon, je ne peux pas continuer de reculer. Il faut que je le fasse !

— Allons-y, murmuré-je.

Je ne pourrai pas le faire seul. J’ai besoin d’eux à mes côtés pour affronter mes parents. Comment vont-ils réagir en découvrant que je leur mens depuis tout ce temps ?

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