Getting up together
Chapitre 11
J Tyler e regarde la route dé ler. Assis à côté d’Ismael qui conduit la
voiture pour laisser Wesley se reposer, je pro te du paysage qui
s’offre à moi. J’en viens presque à culpabiliser d’être ici. C’est à mon jumeau que ce moment devrait appartenir, pas à moi. Mis à part Ange, ces gens sont des inconnus. Qu’est-ce qui m’a pris d’accepter de participer à cette mise en scène grotesque ? Une cérémonie bis… N’importe quoi.
Ils se comportent comme des jeunes fous en vacances… À croire que mon frère est déjà loin dans leur tête… Tijuana n’était qu’une occasion de s’amuser et de pro ter de l’été ! Merde, je ne peux pas penser ça. C’est Ange qui a eu cette idée. Il n’est pas comme ça. Il est comme Arthur, le genre de mec à se barricader et à garder pour lui ce qu’il ressent. Il n’y a qu’à le voir, installé derrière entre Bonnie et Cosme. Il rit à pleines dents en se moquant de la chemise à eurs du jeune homme. C’est vrai qu’elle est particulièrement criarde. Et moche !
Cosme a les lèvres pincées comme bien souvent lorsqu’Ange lui parle. J’ai remarqué ça. Il n’a pas l’air de le porter dans son cœur sans que je n’en connaisse les raisons. Je ne suis pas dans leur lycée après tout. Moi, je l’adore. Il m’a toujours traité avec respect. Il sait même des choses que mon jumeau ignorait. Eh oui, Arthur, moi aussi j’avais mes secrets… Tu n’étais pas le seul. Alors, j’ai du mal à comprendre comment quelqu’un peut ne pas l’apprécier !
Ismael est concentré sur la route. Il n’a pas dit un mot depuis le départ de l’hôtel. J’en pro te pour allumer la radio. Je tombe sur une chanteuse mexicaine. L’air est entraînant. La chanson de l’été sans doute !
— C’est Maria Lopez ! s’écrie Ange. Elle déchire tout en ce moment. Elle a gagné une émission télé de chant et, depuis, on ne voit qu’elle partout !
Je suis étonné qu’il suive l’actualité musicale du pays d’aussi près. Mais après tout, il est mexicain. Né sur le sol américain, mais ses deux parents sont arrivés aux USA à l’âge de vingt-deux ans, après leur mariage si je me rappelle ce qu’il nous a raconté un jour !
— Ne me dis pas que tu es fan de cette midinette ? se moque Cosme en se tournant vers lui.
Il a trouvé de quoi répliquer pour se venger des critiques sur sa chemise apparemment.
— Bien sûr que non ! Mais ma sœur l’adore et fout son CD sans arrêt à la maison, explique-t-il. Je suis donc contraint de tout savoir sur cette nana. Je connais même certaines chansons par cœur à force de les écouter…
Cosme rit et Bonnie l’imite.
— Je te vois bien chanter ça sous la douche, plaisante-t-elle.
— Quand même pas ! Je ne suis pas tombé si bas que ça !
« Y te amo, como explicarlo. no fuiste planeado para mi vida. no te parecías a lo que yo quería. pero te amo y nada puede cambiar eso. »
Les paroles résonnent dans ma tête. Le refrain est entêtant. Il se répète à de multiples reprises. Je suis persuadé que si je la réécoute, je suis capable de la chanter de nouveau.
— Isma, tourne à gauche à la prochaine ! ordonne Ange après avoir jeté un coup d’œil à son téléphone.
C’est vrai qu’il guide son pote depuis tout à l’heure vers notre première destination. Je suis curieux de savoir où nous allons. Même si je n’ai pas le sentiment d’avoir ma place au sein de ce groupe un peu étrange, je ne peux m’empêcher de me demander ce que le meilleur ami d’Arthur a préparé !
— On arrive, indique Ange après une dizaine de minutes. Gare-toi par ici.
Ismael s’exécute et nous descendons du véhicule. La chaleur est déjà pesante en cette n de matinée. Heureusement que je n’ai en lé qu’un tee-shirt léger avec un pantalon en toile beige. Ange et Cosme prennent le lead de notre bande en nous désignant d’un signe de main la direction à suivre. Après seulement cinq minutes de marche dans les rues poussiéreuses de Tijuana, Cosme s’arrête et se tourne vers nous.
— Bienvenue au Mercado Hidalgo, s’exclame-t-il en tentant d’imiter un accent espagnol sans grand succès. Arthur adorait la gastronomie et la culture mexicaine. Quoi de mieux qu’un authentique Mercado pour ça ?
— De votre côté, je suis certain que vous apprécierez les couleurs, les odeurs et toutes les spécialités que vous allez découvrir ici ! ajoute Ange en brandissant ses bras en l’air.
Devant nous se tient l’entrée du marché. Un orange criard avec le nom inscrit dessus en lettres blanches avec un mur jaune en dessous. Douteux comme choix de décoration. Des éclats de voix, des rires joyeux et de la musique nous parviennent. C’est animé ! C’est le genre d’activités qui me plaît. Je craignais un truc un peu plus sportif !
— Allons-y vite ! s’écrie Bonnie avec enthousiasme. Je suis sûre de trouver mon sombrero ici !
Pendant quelques secondes, j’observe celle qui était la copine de mon frère. Elle a relevé ses longs cheveux bruns en queue de cheval et sa robe eurie lui donne l’air d’une vraie touriste. Mais elle est jolie, je ne peux l’ignorer. Elle a un charme qui se dégage de son visage et de son sourire permanent. Pourtant, je distingue dans son regard de la peine. Une tristesse qu’elle ne parvient pas à cacher malgré sa bonne humeur perpétuelle.
Elle s’empare du bras de Cosme pour le forcer à la suivre. Ils sont si proches. Tout le monde se précipite dans l’allée principale du marché. Je mets quelques instants avant de les imiter. Rapidement, je rejoins Ange, qui se tient un peu à part.
— Ça va ? lui demandé-je.
— Ouais… C’est juste que c’est bizarre.
Je lui lance un coup d’œil surpris. De quoi parle-t-il ? De notre petite troupe ?
— D’être ici sans lui, précise-t-il en devinant l’interrogation dans mes yeux. On a rêvé de ce voyage et, nalement, je le fais tout seul. C’est con, mais je trouve que ça n’a pas la même saveur sans Arthur.
Je lui tapote l’épaule. Même si j’apprécie Ange, il ne s’est jamais livré à moi comme ça avant. C’était plutôt le contraire en réalité. Je me rappelle encore cette fameuse nuit il y a plus d’un an. Celle où on s’est croisés, lui quittant ma maison, moi y revenant. On a passé des heures ensuite à discuter. Il ne m’a pas jugé. Il m’a simplement écouté et conseillé. Il m’a raconté des blagues aussi. Je n’en ai jamais parlé à mon jumeau, lui non plus. D’un accord tacite, on avait décidé de garder ça pour nous. Mais depuis, notre relation était plus complice. Nous échangions plus de deux mots lorsque nous nous voyions à la maison.
— J’ai l’impression de le trahir en fait, continue-t-il d’une voix lasse. Ça fait un mois qu’il n’est plus là et je suis à Tijuana, à m’amuser alors que c’était ce qu’il voulait…
— Tu fais ça pour lui, lui rappelé-je. Pour honorer sa mémoire. Pour le faire vivre encore un peu. Arthur aurait adoré ça, j’en suis persuadé. Ne culpabilise pas.
Il esquisse un sourire, mais je devine qu’il n’est pas vraiment sincère.
— Peut-être qu’on devrait être plutôt en train de faire notre deuil, souf e-t-il. Je ne sais pas. Je crois qu’il me manque juste et que j’ai du mal à accepter qu’il soit mort. Ce voyage, c’était comme le faire revivre.
— Mais tu te rends compte qu’il ne reviendra pas…, terminé-je pour lui.
Je comprends ce qu’il ressent. Au fond, je l’éprouve aussi. Partir à Tijuana avec des inconnus, ce n’est pas mon genre. Être avec les amis d’Arthur, c’était une façon d’être avec lui. D’imaginer que tout était comme avant. Avant qu’il ne m’abandonne…
— Ouais, c’est tout à fait ça. Quoi qu’on fasse, Arthur est décédé. Rien ne changera ça.
— Alors, pro te de ce voyage, lui conseillé-je. C’est ce qu’on devrait tous faire ! Tu sais que c’est ce qu’il aurait voulu. Des potes qui s’amusent, qui rient, qui se bourrent la gueule et qui passent un moment inoubliable. C’est le plus bel hommage qu’on puisse lui rendre.
— Tu as raison, Ty ! Je vais essayer de m’en rappeler. Allez, rattrapons les autres avant qu’ils ne se ruinent en sombreros !
Il pouffe et, cette fois, son rire est vrai. Je retrouve Ange, le bon vivant, l’optimiste et ça fait du bien. En tentant de lui remonter le moral, je me suis moi-même trouvé un but à ce voyage. Même si je n’ai rien à voir avec eux et qu’on ne se croisera sans doute plus après ce trip à Tijuana, je compte bien en pro ter. Pour Arthur ! Il mérite bien ça. Je lui dédicacerai ma première cuite à la tequila. Juste pour lui prouver que, moi aussi, je peux m’amuser !
— Face d’escargot ! s’écrie le Mexicain en passant son bras autour des épaules de Cosme. Je t’achète un poncho si tu veux ! Lui !
Il désigne un immonde bout de tissu rose, énorme, dans une matière laineuse que je ne porterai pour rien au monde.
— Tu rêves ! C’est moi qui vais te l’offrir, ouais ! rétorque le jeune homme en se dégageant et en le fusillant du regard.
Je retiens un petit rire. S’il peut retrouver le moral en lançant quelques piques à Cosme, soit…
— Ils sont graves ces deux-là ! me fait remarquer Bonnie. Je crains qu’ils ne nissent par s’entretuer ! En plus, ils partagent la chambre.
Elle pouffe et je l’imite en voyant le Mexicain enfoncer un sombrero sur la tête de Cosme. Il n’en rate pas une. Mais je préfère cette ambiance légère, bon enfant à la douleur que j’ai perçue chez lui. La vie ne doit pas s’arrêter.
Tu aurais voulu qu’on vive, hein, Arthur ?
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