Getting up together

Marine Conan · Chapitre 5 sur 68

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Getting up together

Chapitre 4

 

Tyler

— Chéri ? Tu peux venir m’aider ?

La voix de ma mère me fait sursauter. Plongé dans la lecture d’une pièce de théâtre que je suis en train de rédiger, je n’ai pas vu le temps passer. Un coup d’œil sur mon téléphone m’apprend qu’il est déjà presque dix-neuf heures. Depuis que je suis rentré en début d’après-midi, je n’ai rien fait d’autre qu’écrire.

J’adore jouer. Devenir acteur est mon rêve. Mais je n’exclus pas non plus de produire mes propres pièces ! L’écriture est une seconde nature chez moi. Je ne montre rien. Je me suis construit au l du temps une carapace solide, mais cette passion me permet d’être moi-même. Entier.

Après avoir laissé échapper un soupir et verrouillé mon PC portable, je descends rapidement rejoindre ma mère dans la cuisine. Ça sent bon !

— Tu as besoin de moi, maman ?

— Oui, s’il te plaît ! Ange ne va plus tarder et je n’ai même pas eu le temps de mettre la table.

Je jette un coup d’œil sur le comptoir. Elle a encore fait trop à manger. À croire qu’un régiment dîne à la maison ce soir. Même si Ange a un appétit solide, il ne parviendra pas à engloutir l’énorme plat de lasagnes de ma mère ni les tacos préparés en entrée ! Et surtout pas le cheesecake qu’elle a terminé à l’instant. Surtout qu’elle n’avale presque rien depuis qu’Arthur nous a quittés.

Sans m’en rendre compte, je serre les poings. J’ai du mal à comprendre qu’il ne reviendra pas. C’est étrange. Même son enterrement ne m’a pas convaincu qu’il était mort. Arthur ne rira plus jamais. Il ne jouera plus au basket. Il ne se moquera plus de mes tenues qu’il quali e digne d’un geek vieillot. Non. Il ne fera plus tout ça.

Je déglutis. Je sens les larmes monter comme à chaque fois que je pense à lui. Alors, je le repousse loin. Dans un recoin de mon cerveau planqué dans lequel je ne fouille que rarement. Cela me permet de me protéger de toute cette souffrance. Le visage de ma mère dont les cernes prouvent qu’elle ne dort plus. La distance qu’instaure mon père en ne rentrant que tard le soir après des journées de travail bien trop longues. Mon cœur brisé a l’idée d’avoir perdu mon frère. Mon double.

Arthur et moi, on n’était pas les meilleurs amis du monde. On n’avait rien en commun. Mais je l’aimais d’un amour déraisonnable. Lui ai-je au moins dit un jour ? Sans doute pas. Pourtant, pas besoin de mots. Arthur m’aimait tout autant que je le faisais. Peu importe que nous ne partagions pas les mêmes passions, les mêmes amis ou même les goûts musicaux, c’était mon sang. Désormais, je suis seul. Presque orphelin.

— Ty ?

— Désolé, maman ! Je m’en occupe, ouais.

— Je suis contente qu’Ange vienne nous voir, me con e-t-elle. Ton père n’est pas souvent là et on n’a pas dîné ensemble depuis une éternité.

Je lui adresse un sourire d’excuse. C’est vrai que je suis toujours dans ma chambre. Je grignote quelques gâteaux la nuit et ça s’arrête là.

— Ça va revenir… Il nous faut un peu de temps, lui dis-je. On va surmonter tout ça.

Elle hoche la tête tandis que j’attrape des assiettes et des couverts. J’installe tout dans notre grande salle à manger. La pièce est froide. Décoration moderne à la demande de ma mère. Arthur et elle ont toujours adoré ça, un design sobre, blanc ou noir. Moi, j’aime le bois. Les vieux meubles. Comme mon père. La sonnette retentit à l’instant où je termine de tout mettre en ordre.

— Ty ? Tu vas ouvrir ?

— Ouais !

Je me précipite à la porte. Ange est ponctuel. Comme toujours. Je lui souris et l’invite à entrer à l’intérieur.

— Salut mec, ça va ? me demande-t-il.

— On fait aller, et toi ?

Il hausse les épaules. Son regard se perd dans la contemplation du hall d’entrée. Pourtant, il connaît la maison par cœur ! Ange et Arthur étaient les meilleurs amis du monde depuis l’âge de huit ans. Il a presque grandi ici. On a même passé des vacances ensemble à plusieurs reprises. Si je suis sauvage en temps normal, il a ni par briser ma carapace. Je l’apprécie.

— Ça fait bizarre d’être là pour être honnête, murmure-t-il. Sans lui…

— J’imagine, mais tu sais que tu es le bienvenu ! Ma mère t’adore. Tu fais partie de la famille, lui assuré-je.

Parfois, j’ai même le sentiment que ma mère le préfère à moi. Il ressemble à Arthur sur plein de choses et mon jumeau était son chouchou.

— Ouais… Je me suis toujours senti plus en famille ici que chez moi, avoue-t-il.

J’esquisse une moue. J’ai cru comprendre que l’ambiance n’était pas toute rose chez lui. Je n’ai pas trop osé interroger Arthur à l’époque sur ce sujet, mais ma mère semblait au courant et c’est pour ça qu’elle ne manquait pas une occasion de l’inviter dès qu’elle le pouvait.

— Maman est dans la cuisine, lui précisé-je. Elle a préparé de quoi nourrir un régiment…

Il rit et m’indique d’un signe de tête qu’il va la saluer. Mon téléphone sonne. « Pour Arthur <3 » s’af che sur l’écran. C’est le groupe Whatsapp que Bonnie a créé pour qu’on organise la cérémonie à la mémoire de mon jumeau.

[Oubliez pas d’évoquer notre séjour à Tijuana pendant votre dîner.

Bon ap’ !]

Un sourire se dessine sur mon visage. La petite amie de mon frère semble avoir un caractère bien trempé ! Je me demande comment Arthur faisait pour la supporter. Elle a l’air chieuse comme pas possible.

[On gère !]

Je range mon téléphone dans ma poche et rejoins Ange et ma mère en cuisine. Ils sont déjà en train de discuter avec enthousiasme de ce qu’on va manger ce soir. Elle a l’air plus légère. La présence du jeune homme semble lui mettre un peu de baume au cœur. Il faut dire qu’entre mon père qui déserte la maison et moi qui me réfugie dans la rédaction de ma pièce, elle doit se sentir un peu seule.

Nous nous installons à table après avoir tout amené.

— Ton père n’est pas là ? me questionne Ange.

— Non… Il bosse tard en ce moment.

Je croise le regard de ma mère qu’une ombre vient voiler.

— Mais on n’a pas besoin de lui pour dévorer ce festin ! m’exclamé-je avec une joie feinte.

Elle sourit et hoche la tête.

— Régalez-vous, mes garçons ! J’espère que ce sera bon.

— Barbara, tu es une cuisinière excellente ! la complimente Ange. Ça ne peut être que délicieux !

Il attrape un taco et croque dedans avec appétit avant d’acquiescer.

— C’est bien ce que je disais, délicieux ! con rme-t-il.

Ma mère lui adresse de nouveau un sourire radieux tandis que je m’empare à mon tour d’un taco. Il n’a pas tort, c’est trop bon. Ça me change des dernières sucreries avalées !

Le dîner se déroule de manière légère. Bien plus que je ne le pensais. Chacun fait l’effort de mettre de côté qu’il manque une personne à la table. Et on ne parle pas de mon père… On discute de tout et de rien, on mange avec appétit et on arrive même à rire un peu !

— Barbara ?

La voix d’Ange se fait plus sérieuse après plusieurs blagues sur ses derniers matchs de basket et les paniers qu’il a loupés !

— Oui ? Qu’est-ce qu’il y a ? Un problème avec les lasagnes ?

— Non, non. Elles sont incroyables. C’est qu’on avait quelque chose à te dire avec Ty…

Son regard se pose avec surprise sur moi avant de revenir sur le mexicain.

— Vous deux ?

— Oui… En n, avec Bonnie et d’autres amis proches d’Arthur.

Une fois de plus, la tristesse traverse son visage. C’est comme une lame qu’on m’enfonce en plein cœur. La voir comme ça me fait mal. Je ne peux rien y faire. J’ai la même douleur, la même peine. On a un vide identique qui se creuse en nous. Identique, mais pourtant si différent. Elle a perdu son ls, j’ai perdu mon jumeau. Elle reprend contenance et lui fait signe de poursuivre.

— On souhaite lui rendre hommage à notre manière, déclare-t-il.

Pas de détour. Ange va droit au but. Il a l’air sûr de lui, mais je perçois son malaise. Sa lèvre inférieure tressaille légèrement et sa main gauche est crispée sur sa fourchette.

— Arthur a toujours voulu aller au Mexique et on avait envie de partir quelques jours à Tijuana entre amis pour honorer sa mémoire. Une sorte de cérémonie à nous. Quelque chose qu’il aurait aimé.

Ma mère met quelques secondes avant de réagir. À ma grande surprise, c’est un petit rire qu’elle laisse échapper. Elle trouve ça drôle ?

— C’est vrai que cette messe était barbante… On n’est même pas croyants, admet-elle en haussant les épaules.

Elle nous observe à nouveau, pensive.

— C’est une bonne idée, chuchote-t-elle. Tyler, tu es bien sûr autorisé à partir. Je te fais con ance. Tu n’es pas le genre à faire n’importe quoi.

Non, moi, je suis le garçon sage de la famille. Les joints, les retours de fêtes, bourré, les accrochages avec la bagnole, tout ça, c’était réservé à Arthur. Moi, je suis plus calme. Plus renfermé aussi. Les soirées me font plus fuir qu’autre chose.

— Vous avez carte blanche ! s’écrie ma mère en esquissant un sourire qui sonne faux. J’imagine que vous avez besoin d’argent pour ce projet. Un tel voyage ne se nance pas comme ça.

Ange hoche la tête, gêné. C’est sans doute la partie qui le tracasse le plus. Contrairement à nous, sa famille ne roule pas sur l’or. Il adore l’idée de partir à Tijuana, mais sans moyens nanciers, on ne va nulle part et il le sait.

— On fera attention, maman ! assuré-je. Un hôtel classique, pas de gros frais, pas d’excès. Je gère cette partie-là !

— Mon chéri, ce n’est pas que j’ai des préjugés sur le Mexique, mais, si vous devez passer plusieurs jours à Tijuana, je veux être certaine que ça soit dans un lieu classe et sécurisé ! Donc ne t’en fais pas pour l’argent. Il est hors de question que vous chopiez une intoxication alimentaire parce que vous ne trouvez pas un restaurant digne de ce nom. Encore moins que vous risquiez de tomber sur des gens dangereux dans un motel de seconde zone.

Je reconnais bien ma mère ! Une vraie maman-poule ! Je ris devant sa moue et attrape sa main.

— OK, on fera attention, c’est promis !

Je me tourne vers Ange avec un sourire joyeux.

— On a plus qu’à se lancer dans l’organisation de l’opération « Cérémonie bis » !

Le meilleur ami de mon frère lève les pouces en l’air, aussi ravi que moi. C’est drôle : cette idée pourtant loufoque, qui m’ennuyait plus qu’autre chose au début, me motive désormais.

Arthur mérite bien ça !

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