Getting up together

Marine Conan · Chapitre 18 sur 68

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Getting up together

Chapitre 17

 

Ange

— Je me casse de cette baraque ! T’es qu’une pauvre conne de toute façon ! Tu ne sais rien faire d’autre que de te plaindre.

Je me précipite pour m’interposer entre mon père et ma mère au moment où il lève le poing contre elle.

— Ange !

La voix de ma sœur, aiguë, paniquée, ne suf t pas à me faire déjouer le coup. Sa main s’abat sur mon visage, violente, brusque, comme à chaque fois. Mais au moins, ma mère l’a évitée ! Pour une fois…

— Qu’est-ce que tu veux, petit salopard ? T’as un problème avec moi ? rage mon père en s’approchant de moi. J’ai toujours dit que t’étais qu’un raté !

Son haleine empeste l’alcool. Lui, il pue le renfermé, avec un relent de sueur amer. Il n’a pas dû prendre sa douche depuis plusieurs jours. Un vrai déchet. Par contre, la bouteille de bourbon bas de gamme de la supérette, ça il ne l’oublie pas. Jamais.

— Dégage de là, me contenté-je de balancer. Sinon, j’appelle les

ics.

Ça ne serait pas la première fois ni la dernière… Il me jauge quelques instants avant de s’écarter et de se diriger vers le hall d’entrée.

— J’ai mieux à faire que de supporter vos jérémiades de toute façon ! Vous ne me reverrez pas !

— On s’en portera pas plus mal, riposté-je.

Il claque la porte derrière lui après un regard empli de haine en direction de moi et ma mère.

— Connard, laissé-je échapper entre mes lèvres.

— Ange ? Ça va ?

Felicidad est déjà à mes côtés, ses yeux marron débordant d’inquiétude. Ses longs cheveux bruns, presque noirs, ondulés, retombent sur ses épaules. Elle ressemble trait pour trait à notre mère.

— T’en fais pas, c’est rien…

— Viens là, hijo mio, je vais te mettre de la glace, souf e Grazia, notre mère, d’une voix tressautante.

La peur se lit encore dans son regard. Elle tremble, je peux le voir à ses mains nes qui récupèrent dans le congélateur un paquet de petits pois pour me l’appliquer sous l’œil droit.

— Feli, ramène-moi du désinfectant s’il te plaît, demande-t-elle. Tu saignes un peu… Il ne t’a pas raté…

Elle caresse mon front, le visage défait.

— Je suis désolée, amor mio.

Ses traits tirés sont plus creusés qu’à l’accoutumée. D’énormes cernes mangent ses prunelles noisette presque vertes. Les larmes qui ont coulé sur ses joues y ont laissé une marque. Ma pauvre maman, tu ne mérites pas d’être aussi malheureuse…

Felicidad s’empresse d’obéir et le en direction de la salle de bains, à l’étage.

— C’est pas grave, chuchoté-je en glissant ma main dans la sienne.

— Si, ça l’est… À cause de moi, vous devez subir les colères de votre père.

Je soupire. Elle n’a pas tort. Plusieurs fois, je lui ai dit qu’il fallait qu’elle le mette à la porte. Demain, il repassera le seuil de cette maison, tout sourire, et reprendra sa place de mâle alpha. Comme si de rien n’était. Peut-être aura-t-il un mot gentil pour ma mère, pour moi. Ou alors, il se contentera d’exiger seulement qu’elle lui prépare son petit-déjeuner. On ne sait jamais avec lui…

— Il avait l’air décidé. Il ne reviendra peut-être pas, prédit-elle.

Comme à chaque fois… À croire qu’elle espère que ce soit lui qui parte, pas elle.

— Maman… C’est faux… Il rentrera, comme toujours. Où veux-tu qu’il aille ?

Elle se mord la lèvre. Alors qu’elle s’apprête à me répondre, ma sœur arrive et elle referme la bouche. Le sujet est clos. Devant Feli, nous essayons de jouer à la famille heureuse. De la protéger de cette merde. Elle entend déjà assez les cris de papa, elle voit ses coups envers ma mère, moi. Pas besoin, en plus, qu’on continue d’en discuter ici.

— Merci, ma puce.

J’attrape le désinfectant et maman s’occupe de la plaie causée par la bague de papa. Il s’est lâché cette fois. La douleur me fait grimacer. Je tâte de mon doigt l’endroit qui me fait mal et grogne entre mes dents.

— Heureusement que c’est les vacances ! Pas besoin d’inventer une énième bagarre pour justi er ma gueule, plaisanté-je.

Maman me donne un petit coup sur le torse en riant avant de se tourner vers Feli.

— On se commande des pizzas ? propose-t-elle. Je n’ai pas envie de cuisiner ! Vu qu’on est qu’entre nous.

Elle nous sourit, courageuse. Ma sœur acquiesce d’un signe de tête et j’approuve également. Quel meilleur programme qu’une soirée pizza en famille ? Sans lui…

— J’accepte même de regarder The kissing booth si ça vous fait plaisir ! m’exclamé-je.

C’est le lm préféré de Felicidad. Elle a dû le voir une bonne dizaine de fois ! Et moi avec… J’ai ni par m’habituer à Elle et Noah. Je dois avouer que j’ai un faible pour ce lm maintenant. Mais ça, je ne leur dis pas ! Ça serait porter atteinte à ma virilité !

— Trop bien ! s’exclame ma sœur avec un grand sourire. Tu ne pouvais pas me faire plus plaisir !

Et voilà. Oubliée la colère de mon père. Au moins pour quelques heures… Ce que je veux par-dessus tout, c’est le bonheur de ma sœur. Quitte à devoir me sacri er pour ça. Feli est un trésor, l’être que je chéris le plus au monde. Elle mérite le meilleur et bien plus encore.

***

Je bois une gorgée de whisky, directement au goulot. Caché dans la cabane au fond du jardin, en haut d’un arbre, mon stock de bouteilles diminue petit à petit. C’est mon refuge ici. Construite par mon père quand j’étais gosse, elle me rappelle l’époque où tout allait bien. Feli a le vertige donc c’est devenu mon endroit à moi. C’est le seul lieu où je me laisse aller à la colère, à la tristesse et à toutes les émotions que je prends soin de contenir devant les autres.

Il est presque minuit. J’ai abandonné ma sœur et ma mère, endormies dans le canapé, pour venir ici. La bouteille est presque vide, merde. J’en ai encore une, après c’est tout… Arthur avait l’habitude de m’en ramener puisque son père en a toujours un tas dans son bar. Il ne m’a jamais demandé pourquoi. Il se contentait de me fournir du whisky ou de la vodka quand j’en réclamais et c’était tout. Je bois trop…

Je grimace devant le miroir qui orne un des murs de la cabane. Ma joue a gon é et j’ai déjà un œil au beurre noir. Normal, mon père y est allé fort là. Ça faisait longtemps. Quel connard ! Dire que ma mère reste avec lui. Je comprends pas pourquoi. Ça a beau être mon père, c’est une ordure. Alcoolique, au chômage et pas enclin à reprendre un boulot puisque ma mère bosse pour deux, violent et méchant. Du moins quand il a picolé. Sinon, il fait le mec sympa, car il sait ce qu’il a à se reprocher. Salopard.

Mes yeux vacillent quelques instants. Je vois ou. Pourtant, ça ne m’empêche pas de goûter une autre rasade de liquide ambré. Le goût tourbé est trop prononcé, mais tant pis. Je bois quand même.

Tout part en vrille. Tijuana me paraît loin. C’était il y a seulement quatre jours… J’ai l’impression que ça fait un siècle. L’insouciance et la joie que j’ai pu ressentir durant ce séjour ont disparu. J’ai retrouvé ma réalité. Arthur est mort, il ne reviendra pas. Ma mère est malheureuse, elle bosse comme une damnée alors que j’aimerais lui offrir une vie de rêve. Sans bourse, je n’irais sans doute pas à l’université, car on a pas de thune. Quel avenir ai-je ? Et Felicidad ? Je voudrais tant qu’elle puisse faire ce qu’elle souhaite. Studieuse, elle veut devenir psychologue depuis toute petite. Mais pourra-t-elle suivre des études supérieures ?

J’essaie de chasser ces pensées de mon esprit, sans succès. Il s’est passé trop de choses ces dernières semaines. D’habitude, j’aurais appelé Arthur. On aurait fait les cons au téléphone. Sans lui dire quoi que ce soit, je me serais senti plus léger. Mais il n’est plus là. Il ne sera plus jamais là. Pourquoi Arthur ? Pourquoi t’es parti ? J’ai besoin de toi. Je me rends compte soudain que la n du lycée ne ressemblera en rien à ce que j’avais imaginé. Même le basket ne sera plus comme avant. Sauf que je ne peux pas abandonner. Je dois décrocher une bourse. Être le meilleur. Mais comment vais-je faire ? J’ai perdu mon coéquipier, mon plus bel allié. Ai-je encore envie de jouer ?

Un soupir m’échappe. J’ef eure du bout des doigts l’objet à côté de moi avant de secouer la tête. Je ne dois pas rester seul. Mais qui appeler ? Wesley ? Isma ? On a beau être de bons potes, ils ne savent pas grand-chose de ma vie au fond. Ça a toujours été Arthur qui était là. Personne d’autre. J’attrape la dernière bouteille qui traîne et l’ouvre pour en boire une longue gorgée. L’alcool embrume mes pensées. Tout est trouble. J’ai l’impression de vriller. Mon téléphone en main, je me mets à pianoter sur le clavier.

[J’ai besoin de toi. Cabane au fond du jardin, chez moi. Tu te

rappelles l’adresse ? Stp, viens. C’est important.]

J’envoie. Sans même savoir si la personne qui recevra mon message daignera se pointer ou pas. Ni pourquoi j’ai adressé ce message, comme une bouteille à la mer, un SOS désespéré. Mais j’en ai besoin. Être seul ce soir est au-dessus de mes forces.

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