Getting up together

Marine Conan · Chapitre 19 sur 68

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Getting up together

Chapitre 18

 

J Cosme e dépose mon vélo en trombe devant l’allée qui mène à la

demeure des Solano. C’est la deuxième fois que je viens ici et

pourtant ça me paraît tout aussi étrange que la première, voire plus. La lumière du salon est allumée, mais pas un bruit ne semble provenir de la maison.

Je relis le SMS que j’ai reçu alors que j’allais somnoler devant une série débile. J’ai ren lé des vêtements à la hâte avant de quitter mon domicile sans même prévenir mes parents, endormis dans leur chambre. Cabane dans le jardin. OK. En route. Je contourne la devanture et pousse la petite grille qui mène dans le terrain de derrière. Lorsqu’elle grince, mon corps se ge. J’espère que je ne vais réveiller personne !

Aidé par la lampe torche de mon téléphone, je poursuis mon chemin. Je nis par distinguer un arbre sur lequel une maisonnette en bois est construite à quelques mètres du sol. Une échelle permet d’y accéder. Super… Moi qui ai le vertige… Je grimpe en tentant de m’éclairer comme je peux. La porte est fermée. Je tape quelques coups. Pas de réponse. Merde. Je dois fourrer mon téléphone dans la poche de mon jean et réussir à y entrer. Tant bien que mal, j’y parviens.

— Ange ?

Je le découvre, à moitié avachi contre un mur, une bouteille à main.

— T’es là ?

Surpris, je le dévisage pendant quelques secondes. Je pénètre à l’intérieur et me pose à côté de lui. C’est petit ici. Davantage prévu pour un gosse que pour deux adolescents comme nous. Surtout Ange. Grand et musclé, il est du genre imposant. Il prend tout l’espace dans cette cabane minuscule.

— Bah tu m’as envoyé un SMS pour me demander de venir !

— Ouais, c’est vrai, souf e-t-il. Mais je pensais pas que tu débarquerais. Il est tard et…

Il s’interrompt et se tourne vers moi. Son visage est tumé é. La légère lumière qui règne dans la maisonnette me permet de distinguer qu’il a un œil au beurre noir. Il s’est battu ? Mais avec qui ? Je sais qu’il est coutumier de ce genre, car ce n’est pas la première fois que je le vois avec un coquard.

— On est pas amis, poursuit-il. On s’est pas parlé depuis Tijuana.

— C’était il y a seulement quelques jours, me contenté-je de répondre.

D’un côté, il n’a pas tort. Nous ne sommes pas potes. J’ai d’ailleurs dit à Bonnie dans la voiture sur le chemin du retour que je ne serais jamais ami avec lui. Jamais. Pourtant, je suis là ce soir, car il a réclamé mon aide. Pourquoi moi ? J’ai du mal à comprendre. Pourquoi ne pas avoir appelé les Rosters ? Il boit dans sa bouteille avant de me la tendre.

— Whisky ? C’est du bon… Réserve personnelle du père d’Arthur.

— Euh… Non, merci. J’ai encore des restes de tequila dans le sang.

Il lâche un rire qui sonne faux. Son visage fermé n’exprime rien. Un vrai masque. Mais je devine en lui une profonde souffrance que l’alcool, qu’il a l’air de s’en ler depuis tout à l’heure, doit ampli er.

— Ça va, ton œil ? demandé-je. Il ne t’a pas raté celui qui a fait ça. Soirée en boîte qui a mal tourné ?

J’ai cru comprendre que c’était souvent ce qui lui arrivait. Du moins, c’est ce qui se raconte au lycée et ce que Bonnie m’a con rmé. Toute l’équipe a des faux papiers pour pouvoir aller faire la fête.

— Si seulement…

Il repose la bouteille à côté de lui avant de poser son regard sur moi.

— T’as déjà pensé à la mort, Cosme ?

— Bien sûr, cela nous arrive à tous un jour ou l’autre.

— Non… Je veux dire, y penser pour de vrai. Comme Arthur…

Je fronce les sourcils. Est-il en train d’évoquer le suicide ? Merde… C’est plus grave qu’une simple cuite.

— De quoi tu parles ?

— Je sais pas… À quoi ça rime, tout ça ?

— Quoi, tout ça ? le questionné-je.

Il hausse les épaules et soupire.

— La vie… Ça ne tient qu’à un l. Un matin, tu crois tout avoir, mais tout peut basculer. À n’importe quel moment. Regarde Arthur…

Je comprends mieux… Il pense à son meilleur pote. Lui aussi l’a perdu. Il n’y a pas que Bonnie ou Tyler. Durant notre séjour à Tijuana, je n’ai pas pensé une seule fois à lui demander comment il allait au fond. Il a tout assuré, il a passé son temps à sourire et à rire. On a fait la fête. J’étais persuadé qu’il était heureux. Me serais-je planté sur toute la ligne ? Il cache si bien son jeu ? Comme le mec de Bonnie, au nal. Qui aurait cru qu’il se serait suicidé ? Personne… Encore moins ses proches, j’imagine !

— Il montrait aux autres une façade. Même à moi. Même à Ty… Au fond, tout ça, c’est que des mensonges, marmonne-t-il.

— Pourquoi des mensonges ?

— Notre amitié… Je ne savais rien de lui et lui non plus. On a passé tant de temps ensemble, mais, au nal, nous ne partagions rien si ce n’est les bons moments.

— Dis pas ça, m’exclamé-je. C’est normal d’avoir des secrets parfois, même avec son meilleur ami.

La preuve : Bonnie ne m’avait pas raconté ses problèmes avec Arthur.

— Ouais… Sauf que quand j’ai eu l’occasion de l’aider, j’ai rien fait.

Je pose un regard perplexe sur lui. De quoi parle-t-il ? Se peut-il que son meilleur pote ait déjà évoqué ses envies suicidaires ?

— Le soir où il est mort…, murmure-t-il. Il m’a appelé. Plusieurs fois. Et il m’a laissé un message en me demandant de venir le voir. Mais…

Il se tait. Après avoir bu une nouvelle gorgée de liquide ambré, il se tourne vers moi.

— J’y suis pas allé, m’avoue-t-il. Je pensais pas que c’était important. Une simple dispute avec sa meuf, une mauvaise note ou un entraînement loupé… J’imaginais pas qu’il…

Il grogne et se passe la main dans ses cheveux noirs.

— Qu’il mettrait n à ses jours ? terminé-je pour lui.

— Ouais…

— Ange, tu n’y es pour rien. Tu ne savais pas. Sinon, tu aurais agi d’une autre manière.

Il hoche la tête même s’il semble peu convaincu. La culpabilité l’écrase. Tout comme elle écrasait Bonnie avant qu’elle ne me raconte tout. En fait, il garde tout ça en lui depuis la mort du jeune homme. C’est un poids trop lourd à porter.

— J’aurais pu lui sauver la vie, Cosme, tu comprends ? L’empêcher de faire ça. Il serait encore là aujourd’hui ! Et à la place, il s’est foutu en l’air. Putain, ça me bouffe !

Il se relève brusquement et sort un ingue de son jean. Bordel, un

ingue ! Mais qu’est-ce qu’il fout avec ça ?

— Ange, pose ça !

Je me redresse à mon tour pour lui faire face.

— Qu’est-ce que tu fais avec ce revolver ? Tu déconnes !

— Peut-être que je devrais mettre n à toute cette merde moi aussi ? Qu’est-ce qui me retient ici, hein ?

— Tu as trop bu. Calme-toi, s’il te plaît.

J’essaie de poser ma main sur mon avant-bras, mais il me repousse. Il braque l’arme sur sa tempe, les lèvres serrées.

— Je peux plus supporter ça ! Dès que je ferme les yeux, je vois son visage, je l’entends me dire que j’aurais pu l’aider. J’aurais dû être là pour lui…

Sa voix se brise. Mon cœur bat à tout rompre. Je n’ai jamais été confronté à une telle situation. Qu’est-ce que je dois faire ?

— Ange…

Il fait rouler le mécanisme, un clic retentit.

— Putain, Ange ! Ne fais pas ça !

Je me précipite vers lui pour lui arracher l’arme des mains. D’un geste brusque, il me pousse en arrière. Et soudain, c’est le néant. Je ne comprends pas ce qu’il se passe jusqu’à ce que mon dos heurte le sol. Un cri. Le Mexicain sans doute. Un craquement. Plusieurs. Puis le noir complet.

— Cosme ! Cosme ! Tu m’entends ?

Des doigts froids sur ma peau. J’essaie d’ouvrir les yeux, sans succès. La douleur m’arrache un râle sourd. Que m’est-il arrivé ?

— Merde, merde. S’il te plaît, réponds-moi.

Mon regard tombe sur Ange, à genoux près de moi. Ses mains encadrent mon visage.

— Cosme ?

Il se penche vers moi, les prunelles noyées par l’inquiétude. Ou l’alcool. Ou les larmes. Je ne sais pas, je ne sais plus.

— Je… J’ai mal, souf é-je dans un râle.

— Où ça ? Dis-moi ? me presse le Mexicain.

— Le dos. Ici, désigné-je en posant doucement ma paume dans le creux de mes reins. Là aussi.

Je touche ma nuque, ma tête. Il grimace, perdu.

— C’est de ma faute, j’ai merdé… Je suis désolé, Cosme. Je… J’ai fait n’importe quoi.

— Ne t’en fais pas, murmuré-je. Appelle juste les pompiers ou un truc comme ça.

Il acquiesce.

— Je peux même pas te conduire à l’hosto, j’ai trop bu, putain !

Son téléphone en main, il compose un numéro. Quelques secondes après, son interlocuteur décroche.

— S’il vous plaît, mon pote est tombé d’un arbre et il est blessé. Vous pouvez venir ?

Il donne rapidement son adresse et raccroche. Son regard se pose de nouveau sur moi.

— Ça va aller ? me demande-t-il.

— Ouais… Je préfère juste ne pas bouger pour l’instant. Je ne sais pas si j’en suis capable.

Et si c’était grave ? Si je me retrouvais paralysé ? Mon corps tremble. À moins que ça ne soit mon cœur qui palpite trop fort dans ma poitrine. J’ai peur. Je n’ai jamais été à l’hôpital avant.

— Je vais t’accompagner ! m’assure-t-il. Je ne te lâche pas.

Il a l’air de se sentir mal. Faut dire qu’il a déconné avec son putain de ingue.

— Au moins, t’es toujours parmi nous, réussis-je à plaisanter. Ça m’aurait fait chier que tu te foutes une balle dans la tête devant moi.

Je laisse échapper un petit rire avant de crier de nouveau. Mauvaise idée !

— Ta gueule, Cosme, souf e Ange en me tapotant le front. Ne te casse pas plus que tu ne l’es déjà.

Il essaie de me sourire, mais je devine que le cœur n’y est pas. Il doit se sentir affreusement coupable. Entre le poids du suicide d’Arthur sur ses épaules auquel se rajoute désormais ma chute.

Espérons que ce ne soit rien de grave…

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