Getting up together

Marine Conan · Chapitre 31 sur 68

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Getting up together

Chapitre 30

Cosme

— Prêt pour ta journée, mon cœur ?

Ma mère sort la bouteille de jus d’orange et se tourne vers moi avec un grand sourire. Comment fait-elle pour être d’aussi bonne humeur le matin ? Elle n’a même pas avalé son premier café et pourtant, elle est enthousiaste et en pleine forme !

— Bof… J’ai physique. Et mon binôme est un crétin !

— Ah oui ? Tu n’as pas pu te mettre avec Bonnie ?

— Non, le professeur a imposé les duos.

Évidemment, il a fallu que je me retrouve avec Ange ! C’est le deuxième cours que je vais devoir supporter en sa compagnie. Sachant qu’il n’a rien écouté lors du premier, trop occupé à envoyer des SMS et à se foutre de moi, je m’attends au pire. Pourquoi faut-il qu’il soit toujours dans mes pattes, celui-là, maintenant ?

— Peut-être qu’en apprenant à le connaître, ça ira mieux, me dit ma mère en ébouriffant mes cheveux décolorés.

— Maman, j’étais coiffé ! grogné-je en tentant de me recoiffer.

— On ne dirait pas ! C’est comme si tu avais mis ta main dans une prise électrique.

Je lève les yeux au ciel. De toute façon, elle n’a jamais apprécié mon look depuis mon entrée au lycée. Elle me sert un verre de jus et dépose sur la table une assiette remplie de pancakes. J’en attrape un que j’enduis généreusement de sirop d’érable.

— Il s’appelle comment, ce camarade, alors ?

— C’est Ange, avoué-je.

Ma mère s’installe face à moi et boit une gorgée de son café. Elle me dévisage, surprise.

— Bah, tu devrais être content, non ? Il est gentil, ce garçon.

C’est vrai que ma mère connaît bien Ange puisqu’il est venu chaque jour, pendant plusieurs semaines, cet été, lorsque j’étais blessé. Bien entendu, je ne lui ai rien dit sur le comment du pourquoi de ma chute ni sur le fait qu’Ange n’était pas vraiment un ami…

Elle ne se doute pas qu’il passait son temps à se foutre de moi, l’an dernier.

— Ouais, on peut dire ça. Il me saoule un peu, c’est tout. C’est la vedette du lycée, le joueur de basket le plus en vue, souf é-je. Et il ne se prive pas de le répéter !

— Vous êtes peut-être différents, mais ce n’est pas un méchant garçon.

J’abdique. J’ai bien vu cet été que ma mère semblait l’apprécier. Après tout, mis à part Bonnie, je n’ai pas beaucoup d’amis depuis que nous avons emménagé ici. Personne sauf ma meilleure amie n’avait mis les pieds à la maison jusqu’à Ange. Puis il est beau mec, poli et bien sous tous rapports. À chaque fois qu’il passait le seuil de la porte, il ne manquait pas de lui adresser un compliment. Comment peut-elle imaginer qu’il n’est pas si angélique que ça ?

— Ouais… Toute façon, je suis obligé de le supporter jusqu’à la n de l’année, marmonné-je. J’espère juste qu’il bossera…

— C’est ça qui t’inquiète, hein ? tente d’insister ma mère. Que tu te tapes tout le boulot pendant qu’il joue les jolis cœurs ?

— Exactement, m’empressé-je de lui répondre pour mettre un terme à son interrogatoire.

Autant la laisser croire que j’ai un ami plutôt que de lui dire la vérité. Je termine mes pancakes et me lève d’un bond en voyant l’heure af chée sur le micro-ondes.

— J’y vais ! Bonnie va s’impatienter !

Après un passage dans ma chambre pour véri er que je ne suis pas trop décoiffé, j’attrape mes affaires et sors de la maison. Ma meilleure amie est garée et pianote sur son téléphone en m’attendant.

Je grimpe à ses côtés et l’étreins rapidement avant qu’elle démarre. Comme toujours, le trajet est ponctué de ses bavardages. Bonnie adore parler ! Vu que je mets du temps à me réveiller, c’est parfait. Elle fait la conversation pour deux.

— Ça va aller avec Ange ? me demande-t-elle soudain. J’ai vu que t’étais pas ravi d’être avec lui en physique.

Je hausse les épaules. Ce n’est pas comme si j’avais le choix de toute façon.

— Je ne sais pas trop, souf é-je. Honnêtement, je pensais qu’il me foutrait la paix après Tijuana et cet été… Que même si on n’allait pas devenir les meilleurs amis du monde, il se contenterait de m’ignorer, pas de continuer à me saouler avec sa bande.

Un soupir m’échappe tandis que je poursuis :

— Mais j’ai l’impression qu’il ne compte pas se montrer moins con. Il m’a déjà gon é lors du dernier cours et hier, quand je l’ai croisé avec Isma, il s’est foutu de ma gueule et un autre m’a envoyé un gros coup dans l’épaule.

Je me renfrogne. D’ailleurs, j’ai un bleu. Bon, c’est vrai que j’ai la peau qui marque vite, mais tout de même… Ils n’ont pas besoin de me faire ça à chaque fois qu’ils me voient.

— Je crois que j’ai été stupide, ajouté-je. Peut-être qu’une partie de moi espérait qu’il resterait aussi cool que cet été. On a quand même passé pas mal de temps tous les deux, mais c’est comme s’il avait tout zappé.

— Tu devrais lui en parler, me conseille Bonnie. C’est vrai qu’on s’est amusés tous ensemble au Mexique ! Mais tu sais comment il est… C’est l’un des mecs les plus populaires du lycée… Il protège sa petite réputation. À moins qu’il ne se rende pas compte de sa lourdeur lorsqu’il agit comme ça.

— Oh, si, crois-moi, il en est conscient, rétorqué-je. C’est sa manière à lui justement de faire comme si le Mexique n’avait jamais existé. Et encore moins cet été…

Je n’ai pas tout raconté à Bonnie, mais elle est au courant qu’il s’est occupé de moi après ma chute et qu’on s’est vus à de nombreuses reprises. Bien entendu, je ne lui ai pas dit que si j’étais tombé, c’était pour l’empêcher de se foutre une balle dans le crâne. Je n’ai pas avoué non plus qu’il m’avait appelé au secours ce soir-là, moi, et pas un autre. Elle ne comprendrait pas. Je ne sais toujours pas non plus pourquoi, et Ange, encore moins, apparemment.

— Il doit vouloir me montrer que, maintenant qu’on est de retour au lycée, c’est ni. Chacun retrouve sa place, expliqué-je. Lui, le joueur de basket vedette, la star ambulante, et moi, le pauvre loser sans amis.

— Tu n’es pas sans amis ! intervient Bonnie. Je suis là. Il y a Matthew et Steve, avec qui tu t’entends hyper bien !

Je lui souris. Elle est mignonne à toujours vouloir me voir comme celui que je ne suis pas. Parfois, je me demande comment elle fait pour être mon amie. Après tout, elle aussi a sa petite cote de popularité. Et être sortie avec Arthur n’a fait que la rendre encore plus classe aux yeux de tous. La jolie petite intello, simple, jolie, certes, qui réussit à s’af cher au bras d’un des mecs les plus en vue du lycée. Comment a-t-elle pu rester à mes côtés après tout ça ? Surtout que son copain ne m’appréciait pas.

— Ouais… Heureusement que tu es là surtout, murmuré-je. Sans toi, ce serait un enfer, je crois.

Elle presse mon genou.

— Ne dis pas de bêtises, réplique-t-elle. Tu t’en serais très bien sorti. Moi aussi, je suis chanceuse de t’avoir, tu sais… Depuis la mort d’Arthur, c’est dif cile… Tu as été si présent. Je serais une véritable loque si tu n’avais pas été là.

Je caresse sa main avant qu’elle ne la repose sur le levier de vitesse pour s’apprêter à faire marche arrière en vue de se garer.

Nous sommes arrivés. Une boule d’angoisse se niche malgré moi dans le creux de ma poitrine. J’appréhende ce cours. Je crains de tomber sur Ange et sa bande en entrant et de subir de nouveau leurs moqueries incessantes. Mon physique, mon look, mon impopularité, tout y passe !

Je ne comprends pas pourquoi il se comporte de la sorte après cet été. Je ne lui demande pas de me dresser une statue, mais je l’ai quand même sauvé. Peu importe ce qu’il dit, qu’il n’aurait jamais fait ça, je n’en suis pas persuadé. Ce soir-là, il avait paru être à bout. Sans compter cette nuit à Tijuana où un cauchemar violent l’a réveillé. Ce mec n’a pas l’air si heureux qu’il semble vouloir le montrer.

D’ailleurs, je l’aperçois au loin. Jean slim brut déchiré aux genoux, sweat à l’ef gie de l’équipe, paire de baskets à la mode et, surtout, une nana à ses côtés. Une nouvelle. La semaine dernière, il s’af chait avec une jolie blonde. Aujourd’hui, c’est une brune à la peau pâle. Vêtue de l’uniforme des cheerleaders, je devine sans peine qu’elle est sa première fan… Pitoyable. C’est incroyable, le succès qu’il peut avoir. OK, il est plutôt pas mal dans son genre. Ses cheveux bruns, presque noirs, un peu longs, dans lesquels il passe souvent sa main pour ramener quelques mèches en arrière, son visage aux traits ns et dessinés à la perfection, la fossette qui se creuse sur sa joue droite lorsqu’il sourit et ces dents, blanches, dont une des canines, légèrement pointues, dépasse. Ouais, il faut l’admettre, il est beau gosse.

— Arrête de le mater comme ça, se moque Bonnie à mes côtés. Il ne t’a pas vu, pro tes-en pour faire une entrée discrète. Tu éviteras de subir sa petite vanne matinale. Il a l’air trop occupé avec sa nouvelle meuf…

Elle secoue la tête, réprobatrice. Je sais ce qu’elle pense de cette manière qu’ont les mecs de l’équipe de jongler entre les nanas. Dire qu’elle af rmait qu’Arthur n’était pas comme ça. Contrairement à Ange, qui proclame haut et fort qu’il ne fait que s’amuser avec les

lles. Sauf qu’au nal, il était loin d’être irréprochable vu ce qu’elle

m’a raconté. Outre sa tromperie pour laquelle Bonnie l’a largué, il y avait aussi une autre lle… Celle-là, il la fréquentait souvent !

— T’as raison ! Je vais déjà devoir le supporter deux heures en physique, autant éviter de le croiser.

Nous nous engouffrons dans le hall du lycée, prêts à démarrer une nouvelle journée !

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