Getting up together

Marine Conan · Chapitre 7 sur 68

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Getting up together

Chapitre 6

 

J Cosme e laisse échapper un bâillement. Mon réveil a interrompu le

rêve étrange que je faisais : vêtu du maillot des Rosters, j’étais

un nouveau membre et je jouais aux côtés d’Ange. Arthur était là. Il était devenu remplaçant. Bizarre. Je secoue la tête, hésitant entre me cacher dans ma couette et me rendormir ou me lever. Si c’est pour faire ce type de songe, il vaut mieux que je quitte mon lit !

De toute façon, vu le soleil qui pénètre dans ma chambre par les rideaux entrebâillés, il doit être tard. Hors de question que je perde ma journée. J’aime bien trop l’été pour rester enfermé à la maison. Je repousse ma couette et en le le tee-shirt qui traîne par terre avant de descendre dans la cuisine.

— Tiens, voilà ma marmotte !

Ma mère me rejoint, souriante. Elle est déjà habillée et prête à partir.

— Tu vas où ? l’interrogé-je.

— Faire quelques courses. Tu veux venir ? me propose-t-elle.

Je secoue la tête. Elle est tellement longue quand elle va au magasin. Ce qui ne doit prendre à chaque fois qu’une petite demi-heure se transforme souvent en heures… Elle adore traîner, comparer les produits, les prix, âner dans le rayon des fringues et des cosmétiques. De mon côté, je suis davantage comme mon père : je vais droit à l’essentiel.

— Tu veux quelque chose en particulier ?

— Non, ça ira.

Elle s’approche de moi et me jauge un instant avec suspicion.

— Ça va, toi ? me demande-t-elle.

Je hausse les épaules et esquisse une moue avant d’aller me chercher un bol et des céréales. Je verse du lait que je fais chauffer et retourne m’asseoir. Ma mère a pris place juste à côté de moi et attend patiemment que je me lance.

— Je me sens un peu piégé, avoué-je.

— Piégé ? Comment ça ?

— Ce truc-là, tu sais, la cérémonie que Bonnie a décidé d’organiser pour Arthur.

Je soupire. Même si je n’en ai pas parlé à ma meilleure amie, je suis loin d’être emballé par ce voyage. Déjà parce que j’aurais préféré faire autre chose pendant les vacances que de partir au Mexique. Et surtout parce que je vais être avec une bande de crétins que je ne supporte pas, hormis Bonnie bien entendu. La simple idée de partager le quotidien des Rosters provoque une boule d’angoisse au creux de ma poitrine. Ils passent leur temps à me pourrir la vie depuis que je suis arrivé ici. Comment puis-je seulement envisager de partir avec eux ?

— Pourquoi tu y vas ? se contente de me dire ma mère d’une voix douce. Cosme, tu as fait ta part du job. Tu as accompagné Bonnie à l’enterrement et tu la soutiens sans cesse. Tu n’as pas besoin de t’in iger ça, si tu n’en as pas envie.

Elle marque une courte pause et tapote ma main :

— Ce voyage, c’est pour rendre hommage à un garçon que tu connaissais à peine. Si tu penses que tu n’es pas à ta place, ne te force pas.

Je soupire. Ses paroles font sens. Seulement… Je sais que ma meilleure amie a besoin de moi. Qu’elle ne se sentirait pas prête à affronter ça, si je ne suis pas là.

— Surtout qu’il n’y aura que des gens que tu n’apprécies pas, souligne-t-elle avec justesse.

— Le frère d’Arthur sera là. Son jumeau, précisé-je. Je ne le connais pas bien, mais il a l’air plutôt sympa. Différent des Rosters. Timide et renfermé.

Ma mère sourit.

— Comme toi.

— Oui, un peu le même genre. D’ailleurs, il ne s’entendait pas trop avec Arthur, je crois. Ils n’avaient rien en commun.

Je fourre une cuillère pleine dans ma bouche en laissant échapper un soupir d’aise.

— Est-ce qu’on en sait plus sur sa mort ? nit-elle par m’interroger.

— Il s’est suicidé, maman, souf é-je.

Elle semble toujours mal à l’aise dès qu’on parle d’Arthur et de son décès. Elle n’ose jamais prononcer le mot fatidique.

— Oui, je suis au courant, murmure-t-elle. Mais pourquoi ? Je veux dire, ce jeune garçon, il semblait avoir tout pour lui.

Elle l’avait déjà vu à plusieurs reprises avec Bonnie. Puis surtout qui ignore la vie prometteuse qui s’offrait à lui ? Une bourse qui lui ouvrait les portes de plusieurs universités prestigieuses, une famille réputée et toutes les nanas du lycée à ses pieds. Que demander de plus ? Pourquoi a-t-il renoncé à tout ça ?

— Je ne sais pas.

Je hausse les épaules. Ce sujet est encore tabou avec Bonnie. J’ai tenté de la questionner à plusieurs reprises si elle se doutait que son copain allait mal, mais elle m’a répondu par la négative à chaque fois. Et elle pleure dès qu’on aborde Arthur. Du coup, j’ai préféré ne pas insister.

— C’est étrange… Comment sont ses parents ? Tu crois qu’ils y sont pour quelque chose ?

— Maman… Je le connaissais à peine. Qu’est-ce que j’en sais ? Je ne pense pas que sa famille soit du genre bizarre… Il n’y a qu’à voir son frère. Il va bien, en n, je pense.

Elle soupire. Je devine dans son regard, le même que moi, une lueur d’inquiétude.

— Qu’est-ce qu’il y a ? chuchoté-je.

Elle déglutit et passe ses doigts dans mes cheveux.

— Je… C’est juste que je n’ose imaginer ce que ses parents doivent ressentir. Perdre un enfant de cette façon, c’est horrible. Comment peut-on s’en remettre ? Promets-moi que tu ne feras jamais ça, Cosme. Jamais.

Je secoue la tête vivement.

— Bien sûr que non !

— Tu me parlerais, hein, s’il y avait quoi que ce soit qui te tracassait ? Tu ne garderais pas tout pour toi ?

— Euh… Maman, je suis un ado, répliqué-je en riant. Avoir des secrets, c’est un peu l’âge pour ça.

— Chéri, je ne plaisante pas. Je sais que tu ne me raconteras pas tout et c’est normal. Mais je veux que tu me jures que si un jour tu es malheureux, peu importe la raison, tu sauras que tu pourras me trouver et me con er ce que tu as sur le cœur. Je refuse qu’un soir tu t’endormes en te disant que la vie n’a plus de sens. Je t’aime, mon bébé.

J’ai envie de répliquer que je ne suis plus un enfant, mais, devant ses prunelles larmoyantes, je me retiens. Je devine qu’elle a vraiment peur qu’il puisse m’arriver quelque chose. Après tout, je ne suis pas le jeune homme le plus épanoui du monde. J’ai peu d’amis, j’ai tendance à me renfermer sur moi-même et je ne souris pas beaucoup.

Pour autant, jamais il ne me viendrait l’idée de me foutre en l’air. La vie n’est pas facile, j’en suis convaincu. Cette période-là ne me convient pas. Le lycée et toutes les conneries qui l’accompagnent me saoulent et m’oppressent : les fêtes, les sportifs populaires et toutes ces histoires de m’as-tu-vu… Mais je sais que l’université sera mon moment. Alors, je prends sur moi et je m’accroche.

— Je te le promets, maman. Je n’ai aucun doute que je peux compter sur toi et papa, lui assuré-je en lui souriant.

— J’espère que tu ne l’oublieras jamais.

À son tour, elle réussit à m’adresser un mince sourire et elle me serre la main très fort dans la sienne. Tandis que je termine mon petit-déjeuner, elle range la cuisine.

Alors que je débarrasse la table, elle se tourne de nouveau vers moi.

— Et ce voyage alors ? Qu’est-ce que tu comptes faire ?

Je hausse les épaules.

— Aucune idée… Je crois que je vais y ré échir encore un peu, lâché-je. Peut-être que tu as raison et que ma place n’est pas là-bas. Mais… Je ne sais pas. Cela dépendra de Bonnie, j’imagine.

Ma mère acquiesce et sourit.

— Fais ce que tu penses être le mieux. Pas que pour Bonnie, mais pour toi aussi.

— Oui, maman. Ne t’en fais pas. De toute façon, dans tous les cas, ce n’est que quelques jours.

— C’est vrai, rien d’insurmontable. Bon, je le en courses. Tu fais quelque chose, toi ?

— Un petit tour en vélo ! Il fait doux aujourd’hui. Je vais en pro ter.

— Tu as raison ! Sois à l’heure pour le déjeuner. Je vais faire griller quelques ribs.

Je souris, déjà impatient. Un de mes menus préférés. Surtout qu’elle accompagne toujours cela de savoureuses pommes de terre cuites au feu de bois avec sa sauce blanche maison. Un délice.

— À tout à l’heure !

Elle m’adresse un signe de main avant de disparaître dans l’entrée. Rapidement, la porte claque et j’entends le bruit du moteur. Il est temps que j’aille prendre une petite douche. Ensuite, j’irai faire ma balade en vélo.

Lorsque je remonte dans ma chambre, un SMS de Bonnie m’attend.

[On se voit cet après-midi ? Je n’ai pas envie de rester toute seule…]

Mon cœur se serre. Savoir ma meilleure amie dans cet état me fait de la peine. J’espère qu’elle va se remettre de la mort de son petit ami. C’est tragique ce qui lui arrive. Elle ne méritait pas ça. Une fois de plus, la question des raisons qui ont poussé Arthur à en nir m’interpelle. Est-ce qu’on saura un jour ce qui lui est passé par la tête pour parvenir à une telle extrémité ?

Sans doute que non. Je m’empresse de tapoter sur mon téléphone.

[Bien sûr. Quinze heures chez toi ?]

Elle sera contente de m’avoir près d’elle. Au moins, elle se sentira moins seule. Il faut que je me force pour cette cérémonie bis. Elle a besoin de moi. Peu importe à quel point je n’ai pas envie de devoir supporter Ange et sa bande de crétins pendant plusieurs jours. Bonnie est plus importante que ça. Je vais serrer les dents et y aller. Ma décision est prise.

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