Le royaume de cristal

Amanda Hocking · Chapitre 10 sur 80

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Le royaume de cristal

Chapitre dix

DIX

 

Confinement

 

I l y eut un moment d’obscurité, puis des mains fortes se posaient sur moi, m’écrasaient. Je ne me souvenais de rien de ce qui s’était passé avant cet instant, mais je savais que je devais lutter pour survivre. Je frappai encore et encore, jusqu’à ce que j’entende la voix de Konstantin, qui poussa un cri de douleur.

— Bryn ! s’écria-t-il.

Lentement, ma vision s’éclaircit. La lumière du matin entrait par la fenêtre ouverte de notre cellule. Konstantin se tenait dos au mur, coincé entre l’endroit où je m’étais recroquevillée et le mur couvert de mousse.

Je regardai Konstantin en clignant des yeux, tâchant de comprendre ce qui se passait. Sans crier gare, il me sauta dessus pour m’agripper par les poignets et me plaquer contre le lit.

— Que fais-tu ? grondai-je en tentant de le repousser de mes jambes.

— Et toi ? Que fais-tu ? rétorqua-t-il, son visage à quelques centimètres au-dessus du mien. Tu m’as attaqué.

— Non, c’est faux, répondis-je du tac au tac, avant de me souvenir que j’avais effectivement frappé quelque chose. En fait, si je t’ai attaqué, c’était pour me défendre. Qu’as-tu fait ?

— Tu gémissais dans ton sommeil en agitant les jambes comme un chien faisant un cauchemar, expliqua-t-il, son expression passant de la colère à l’inquiétude. J’ai cru que tu n’allais pas bien et j’ai posé la main sur ton bras, pour vérifier, et c’est alors que tu m’as attaqué.

— Je suis désolée, dis-je en baissant les yeux.

— C’est bon. Est-ce que ça va maintenant ? me demanda-t-il en lâchant mes poignets pour s’asseoir à côté de moi.

— Oui, ça va, répondis-je en me redressant lentement et en passant une main dans mes cheveux ébouriffés.

Comme il n’y avait qu’un lit dans la cellule, un lit à deux places étroit et plein de bosses posé sur un cadre en fer rouillé, nous avions convenu de le partager pour la nuit. J’avais sérieusement considéré la possibilité de dormir par terre, mais il y rampait des mille-pattes et d’autres bestioles. Le lit ne semblait pas être beaucoup plus sûr, mais j’étais certaine que je n’aurais jamais trouvé le sommeil si j’avais dormi par terre.

J’avais dormi le plus près du bord du lit que cela m’était possible, raide comme un piquet, sentant chacun des souffles de Konstantin dans mon cou, consciente de chacun de ses mouvements. Cinq ans plus tôt, si on m’avait dit que je partagerais mon lit avec Konstantin Black, j’aurais été trop excitée pour y croire, mais aujourd’hui, je ne savais pas trop quoi penser de mon expérience.

— Quel était ce cauchemar ? me demanda Konstantin.

— Je ne me souviens pas, répondis-je sincèrement.

Je savais toutefois que la plupart de mes cauchemars n’étaient que des variations des mêmes événements : la mort de Kasper, la mort de Kennet, la mort de Cyrano ou l’enlèvement de Ridley. Aucun de ces souvenirs n’était particulièrement plaisant.

Je me levai pour me glisser entre Konstantin et le mur, vers l’espace libre de la pièce. Je me fis une queue de cheval à l’aide de l’élastique autour de mon poignet. Mon estomac gronda, me rappelant qu’il s’était écoulé près de vingt-quatre heures depuis mon dernier repas. Je ne savais pas quand serait le prochain.

Comme je n’avais rien de mieux à faire, je m’allongeai au sol pour faire des tractions. Mon jean et mon débardeur étaient couverts de boue séchée, et j’espérais qu’en bougeant, j’en ferais tomber.

— Que fais-tu ? me demanda Konstantin.

— Je n’ai pas l’intention de me tourner les pouces en attendant que la reine accepte de nous recevoir. Si jamais elle décide de le faire, répondis-je en levant les yeux vers lui sans arrêter mes exercices. De toute façon, il se pourrait que nous ayons à nous battre pour sortir d’ici.

— Et tu crois qu’une vingtaine de pompes de plus t’aideront à combattre un ogre comme Torun ? me demanda-t-il en esquissant un petit sourire.

— J’en ferai une centaine dans ce cas, grommelai-je sans vouloir lui tenir tête.

À vrai dire, je ne savais pas comment nous aurions pu nous échapper. Les Omtes étaient beaucoup plus forts que nous au combat à mains nues. S’ils décidaient de nous garder enfermés dans cette tour pour toujours, c’est ce qui nous attendrait probablement.

Konstantin se leva pour s’approcher de la fenêtre. Il avait les bras croisés sur sa poitrine, et le soleil levant projetait son ombre dans toute la pièce. Quand j’eus fini mes tractions, il n’avait toujours pas bougé, le regard fixé au loin.

Je me levai en essuyant la sueur sur mon front.

— Il fait déjà terriblement chaud, même à cette heure. Comment ces gens peuvent-ils vivre ainsi ?

— C’est plutôt beau ici, dit Konstantin.

Je m’approchai de la fenêtre pour observer la vue. Notre cellule était située au-dessus de la cime des arbres, et nous avions une vue magnifique des arbres et du marécage. Quelques oiseaux passèrent, leurs ailes décrivant des arcs dans la lumière du soleil. Je devais reconnaître que Konstantin avait raison.

— Tu crois que tu pourrais passer entre les barreaux ? me demanda-t-il.

— Quoi ?

Je fixai mon regard sur les trois épais barreaux qui nous empêchaient de sortir.

— Les barreaux, répéta Konstantin en poussant sur les pierres qui formaient le châssis de la fenêtre. Cet endroit n’est pas très bien entretenu, et je crois que je pourrais dégager quelques pierres. Je crois que tu pourrais passer entre les barreaux, ajouta-t-il en regardant ma taille, puis l’espace entre l’un des barreaux et le châssis.

Je me penchai en avant pour regarder entre les barreaux, en direction des berges boueuses, plusieurs étages plus bas. Les images de Kennet chutant vers sa mort me revinrent en tête, et je détournai le regard pour les chasser.

— C’est possible. Et ensuite ? lui demandai-je en reculant. Je mourrais en tombant.

— Tu peux grimper. Il y a des aspérités entre les pierres, dit Konstantin en regardant en bas. Si tu fais attention et si tu descends lentement, je crois que tu pourrais y arriver.

— Et même si je le pouvais, que ferais-tu ? lui demandai-je. Je pourrais à peine passer entre les barreaux, et tu es plus large que moi. Tu ne pourrais pas sortir.

— Et alors ? lança-t-il en se tournant vers moi et en haussant les épaules.

— Et alors ? rétorquai-je. Comment sortiras-tu d’ici ?

— Je ne sortirai pas, répondit-il simplement. C’est à cause de moi que nous sommes enfermés ici. Inutile que nous restions tous les deux à moisir dans cette tour jusqu’à la fin des temps.

— Nous trouverons un plan qui nous permettra de sortir tous les deux, répliquai-je en secouant la tête. Je ne partirai pas sans toi.

Il me regarda, bouche bée, comme s’il était sur le point de discuter, mais je vis une lueur étrange dans ses yeux, un mélange de surprise et d’admiration, qui l’en empêcha. Il semblait étonné de voir que j’étais sincère, et pour tout dire, je l’étais moi aussi.

J’avais passé des années à préparer ma revanche contre lui, et maintenant que j’avais l’occasion de l’abandonner à ses souffrances, je refusais de le faire. Je ne pouvais pas l’abandonner. Après tout ce qui s’était passé, après toutes les épreuves que nous avions traversées ensemble, j’avais compris que Konstantin Black était devenu en quelque sorte mon ami. Et je n’avais pas l’intention de laisser du mal lui arriver si je pouvais l’empêcher.

Les verrous de la porte grincèrent, et nous nous tournâmes vers la porte, qui s’ouvrit lentement. Bekk Vallin entra avec une pile de vêtements noirs dans les bras.

— La reine a accepté de vous recevoir pour le petit déjeuner, dit Bekk en me lançant les vêtements. Elle souhaite que vous portiez ces vêtements et que vous vous prépariez pour le repas. Je reviendrai vous chercher quand elle sera prête à vous recevoir.

— Merci, dis-je.

Bekk me répondit d’un signe de tête et s’en alla en verrouillant la porte derrière elle.

Je posai les vêtements sur le lit pour les examiner. Une forte odeur d’humidité s’en dégageait, et ils semblaient usés, d’après les trous et les fils défaits. Ma tenue comprenait une robe noire avec un corsage, des manches qui laissaient les épaules dénudées et une grande jupe de bal. On aurait dit une robe portée à un mariage de style gothique prise sur un cadavre enterré depuis quelques mois.

La tenue de Konstantin était semblable : un costume noir usé de style victorien. Il fut le premier à se changer. Il retira d’abord ses vêtements couverts de boue avant d’enfiler le costume pendant que je lui tournais le dos. Quand il eut terminé, il s’approcha pour m’aider à lacer le corsage de ma robe.

— J’ai l’impression d’être Dracula, dit-il en examinant son costume. Après qu’on lui eut enfoncé un pieu dans le cœur, ajouta-t-il en soupirant. Tu as toujours le temps de t’échapper.

— Non. Nous allons voir la reine, dis-je d’un ton ferme. C’est notre seule chance de rétablir la situation. Nous devons convaincre la reine.

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