Le royaume de cristal

Amanda Hocking · Chapitre 34 sur 80

Pages du PDF

Le royaume de cristal

Chapitre trente-quatre

TRENTE-QUATRE

 

Retour

 

C —

e n’est pas ce que la reine voulait dire, grogna Konstantin.

Il se tenait près de moi, bras croisés et regard noir, le haut de sa

chemise de soirée déboutonné.

Contrairement à lui, j’avais changé de vêtements dès que nous étions revenus du déjeuner, pour remettre mon jean déchiré et mon débardeur. J’avais redonné la robe à Mia en la remerciant, puis j’étais allée dans la chambre d’Hanna pour préparer mes bagages.

— Je ne comprends pas. Que vous a dit la reine, au juste ?

Ulla, à genoux sur le lit, près de mon sac, nous regardait à tour de rôle, Konstantin et moi.

— Elle a dit que le peuple de Doldastam doit se révolter contre Mina, et j’ai l’intention d’y retourner pour déclencher cette révolte.

Je m’interrompis pour regarder dans la chambre, qui était en désordre depuis hier.

— Dès que j’aurai retrouvé mon passeport, ajoutai-je.

— Tu n’as pas besoin de ton passeport parce que tu ne retourneras pas à Doldastam, dit Konstantin. Ils te tueront à vue, Bryn !

Liam entra d’un pas chancelant dans la chambre, sans se laisser troubler par la tension qui y régnait, puis il grimpa sur le lit à côté d’Ulla. Son apparence peu orthodoxe le fascinait autant que la mienne, et dès qu’elle le prit sur ses genoux, il se mit à tirer sur ses cheveux blond foncé.

Tandis que Konstantin s’occupait de moi, Ulla aidait Mia dans la maison. Elle dormait dans la chambre de Liam et aidait Mia à s’occuper d’Hanna et de son petit frère, ce qui semblait grandement simplifier la tâche de Finn et de Mia.

— Qui va tuer Bryn ? demanda Ulla en tâchant de suivre la conversation tandis que j’allais et venais dans la chambre, soulevant jouets et livres à la recherche de mon passeport.

— Les gardes. Les Kanins. Peut-être même la reine, répondit Konstantin en haussant les épaules. Peu importe qui, quelqu’un va la tuer. Mina ne peut pas la laisser en vie.

— J’entrerai ni vu ni connu.

— C’est ridicule, Bryn, et tu le sais, lança Konstantin avec exaspération.

— J’irai avec toi et je t’aiderai, proposa Ulla.

— Non, tu ne peux pas m’accompagner, dis-je en secouant la tête. Je t’ai dit que tu ne pourrais pas me suivre si c’était dangereux.

— Et pourquoi pas ? geignit Ulla. Je t’ai sauvé la vie. Sans moi, l’ourse polaire t’aurait tuée.

— Je sais et je t’en remercie.

Je m’interrompis suffisamment longtemps pour la regarder, sincèrement reconnaissante.

— Mais, cette fois, c’est différent. Je ne te laisserai pas risquer ta vie. Tu n’as aucune formation militaire et tu es trop jeune.

— Je pourrais en dire autant pour toi, rétorqua Konstantin en me lançant un regard dur.

— Et que devrais-je faire ? lui demandai-je presque en criant. Me tourner les pouces et espérer que Mina ne soit pas occupée à tuer et à torturer tous ceux que j’aime ? Personne ne va m’aider, Konstantin ! Les Omtes ont refusé, tout comme les Trylles. Les Skojares n’en ont pas les moyens. Si je n’agis pas, qui le fera ?

— Il est encore tôt, lança Finn en s’immisçant dans la conversation. Wendy peut encore changer d’avis.

Je me tournai pour le regarder, debout dans l’embrasure de la porte.

— Et que faisons-nous entre-temps ? lui demandai-je. Nous attendons que Mina commence à massacrer ses citoyens innocents ?

— Tu n’es pas la seule à avoir de la famille là-bas, me rappela Finn d’un ton sinistre. Tu crois que je ne m’inquiète pas pour mes parents et ma sœur ? Bien sûr que je m’inquiète, mais je sais que je ne les sauverai pas si je me fais tuer.

— Il a raison, Bryn, dit Konstantin. Il doit y avoir un meilleur moyen.

Liam se mit à babiller joyeusement à propos de je ne sais quoi, et Ulla affirma qu’elle pouvait m’aider à établir un plan, tandis que Konstantin et Finn me fusillaient du regard. C’en était trop.

— Assez ! m’écriai-je en lançant les mains en l’air. Sortez tous d’ici, donnez-moi une minute pour réfléchir, d’accord ? J’ai besoin d’air.

Ulla marmonna quelques excuses en prenant Liam dans ses bras pour sortir. Finn lui emboîta le pas, mais Konstantin resta un moment.

— Prends le temps qu’il te faudra, dit-il doucement, puis il sortit en fermant la porte derrière lui.

Je m’assis sur le lit en me peignant d’une main. Je voulais crier ma frustration, mais je n’aurais réussi qu’à effrayer Liam et Hanna, sans oublier Ulla et tous les autres. Finn et Konstantin avaient raison, c’était du suicide de retourner à Doldastam, mais je ne voyais pas d’autre option.

Je ne pouvais pas simplement rester assise et attendre que quelque chose s’améliore. Cela faisait maintenant deux semaines que j’avais quitté Doldastam, mais j’avais l’impression que c’était dans une autre vie. Deux semaines exténuantes durant lesquelles je n’avais eu aucun moyen de savoir si mes parents et mes amis allaient bien. Et d’après ce que j’avais entendu dire, la situation avait empiré pour eux.

Comment pouvais-je les laisser subir de telles atrocités ?

On frappa doucement à la porte, et d’après la faiblesse des coups, je devinai qu’il s’agissait d’Hanna ou de Liam. Je n’étais toujours pas prête à leur ouvrir la porte, et surtout pas à un enfant qui voulait seulement jouer, mais je ne voulais pas le chasser en criant.

— Laissez-moi seule encore un moment, dis-je aussi doucement que possible. Je sortirai bientôt.

La porte s’ouvrit en grinçant, et j’étais sur le point d’exploser quand je vis qui glissait sa tête par la porte entrebâillée. De longs cheveux couleur noisette, des yeux gris sombre, une peau bronzée et des lèvres pleines esquissant un timide sourire.

C’était ma plus ancienne amie, Tilda.

OceanofPDF.com