Le royaume de cristal

Amanda Hocking · Chapitre 6 sur 80

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Le royaume de cristal

Chapitre six

SIX

 

Alliance

 

D ’une main, j’ébouriffai mes cheveux avec une serviette, tandis que de l’autre, je tirai les rideaux pour laisser l’éblouissante lumière du soleil entrer dans la chambre sombre. Quand mes yeux furent habitués, je m’attendais à voir des Högdragens ou des hommes de Viktor Dålig à l’extérieur, prêts à me capturer.

Mais il n’y avait que le stationnement de gravier vide près d’une autoroute relativement déserte. C’était extrêmement difficile de ne pas tomber dans la paranoïa quand on était en fuite, surtout quand il s’avérait que l’on conspirait contre moi.

— Il y a quelque chose d’excitant à voir dehors ? gronda la voix de Konstantin dans mon dos, me faisant sursauter.

Je fermai les stores, puis je me retournai pour le voir debout dans l’embrasure de la porte de la salle de bains. Ses cheveux noirs bouclés étaient mouillés, et il était seulement vêtu d’un jean. En le voyant ainsi, sans tee-shirt, je constatai qu’il était beaucoup plus musclé que je ne l’avais imaginé.

Et si la vision de son torse bien défini était plaisante, la peau mate de sa poitrine et de ses bras était couverte de cicatrices. Certaines dataient sans doute de l’époque où il participait au sport brutal des Jeux du Roi, mais d’autres étaient probablement attribuables à ses entreprises plus sinistres avec Viktor Dålig et ses hommes.

Sur sa poitrine, juste au-dessus du cœur, il avait un tatouage noir représentant un lapin. Le même tatouage que de nombreux membres des Högdragens partageaient. Ils se le faisaient généralement tatouer après avoir prêté serment, et j’étais certaine que Konstantin en avait fait autant. Il avait été autrefois aussi jeune et déterminé que moi, mais sa voie avait pris une tangente plus sombre en cours de route.

— Non, rien, dis-je en baissant les yeux avant de lancer ma serviette sur le buffet près du petit téléviseur.

— Tu as pris toute l’eau chaude, ronchonna Konstantin d’un air absent en prenant son tee-shirt noir sur son lit.

Je lui lançai un regard discret pour l’observer enfiler son tee-shirt, puis je détournai rapidement les yeux.

— Désolée. Je suppose que je ne suis pas habituée à partager.

— Je doute qu’il y en ait eu beaucoup de toute façon, dit-il en me regardant. Au moins, tes cheveux sont beaucoup mieux maintenant.

Je tirai une mèche de mes cheveux, qui me tombaient sur les épaules, pour mieux les regarder. Le gris fade avait presque entièrement disparu, et ma couleur naturelle reprenait le dessus.

— Alors, quel est le plan, maintenant ? me demanda Konstantin.

— Je ne sais pas, répondis-je en m’adossant au buffet. Quel est ton plan ?

— Mon plan était de te retrouver, et c’est ce que j’ai fait, dit-il en faisant mine de cocher une case dans les airs d’un geste de la main. Mission accomplie.

— Tu n’avais pas la moindre idée de ce que tu ferais ensuite ?

— Pas vraiment, dit-il en s’allongeant sur le lit devant moi pour s’appuyer sur ses coudes. Je ne savais pas ce qui se passerait une fois que je t’aurais trouvée. Tu es en fuite depuis quelques jours maintenant, tu n’as pas eu le temps de penser à ce que tu allais faire ?

— Non, répondis-je en soupirant. Enfin, je sais ce que je voudrais faire. Je voudrais retourner à Doldastam et venger Kasper. Je voudrais m’assurer que ma famille et mes amis sont en sécurité. Je voudrais destituer la reine avant qu’elle ne fasse d’autres victimes, ce qui signifie probablement qu’il me faudrait m’en prendre à Viktor Dålig et son armée, ainsi qu’à l’armée des Kanins.

» Et quand j’aurais fait tout cela, je voudrais aller à Storvatten pour m’assurer que Mikko est libéré et que Linnea et lui sont en sécurité. Puis je voudrais faire en sorte qu’ils mettent en place une bonne garde composée d’honnêtes hommes.

Konstantin siffla longuement.

— C’est une liste impressionnante, petit lapin blanc.

— Je sais. J’ignore par où je devrais commencer, dis-je en passant une main dans mes cheveux. Et je ne sais pas comment je pourrai y arriver seule.

— Hé, tu n’es pas seule, dit Konstantin en se levant pour s’approcher. Je suis avec toi maintenant. Tu as déjà oublié ?

Je le regardai dans les yeux, souhaitant désespérément le croire. Pas seulement parce que je me heurtais à une tâche insurmontable et que j’avais besoin de son aide. Il y avait quelque chose en lui qui me faisait toujours tourner un peu la tête. J’avais presque l’impression que rien n’avait changé depuis que j’étais enfant.

J’avais eu confiance en lui à l’époque, je l’avais cru, et maintenant, je ne souhaitais qu’une chose : éprouver la même confiance en lui.

— Je suis heureuse que tu sois avec moi, c’est vrai, reconnus-je. Mais nous sommes seulement deux et nous sommes des ennemis de l’État. Personne ne voudra nous croire, et nous ne pouvons pas vaincre une armée à deux.

Konstantin fit un pas en arrière en réfléchissant.

— Peut-être n’est-ce pas nécessaire.

— Que veux-tu dire ?

— Je veux dire… Bent Stum.

— Bent Stum est mort, lui rappelai-je.

— Exactement ! s’exclama-t-il en claquant des doigts. Bent a été tué par Kennet Biâelse, qui travaillait sous les ordres de Mina.

Je haussai les épaules ; Konstantin ne m’avait rien révélé que je ne savais déjà.

— Et alors ? C’est censé nous aider ?

— Bent Stum était un Omte, dit-il en souriant.

— Les Omtes ? fis-je en secouant la tête. Ils sont déraisonnables et grognons, et pour être très honnête, ils sont un peu stupides.

— Crois-moi, je le sais. J’ai passé des mois à travailler avec Bent, souffla Konstantin en fronçant les sourcils. Bent a été assassiné, et c’est triste, mais il était insupportable. J’avais l’impression de travailler avec Hulk, une version de Hulk plus stupide et plus colérique.

— Et tu veux que nous allions demander leur aide ? lançai-je en riant froidement.

— Écoute, je sais que ce n’est pas idéal, mais les Omtes détestent déjà les autres tribus. Ils ont toujours été jaloux des autres, parce qu’ils sont plus riches, plus intelligents et plus beaux. Mais les Omtes sont beaucoup plus forts. Leur force physique n’a pas d’égale chez les autres tribus, pas même chez les Vittras.

— Et tu crois qu’ils nous aideraient à cause de la mort de Bent ? Je croyais que la reine des Omtes ne se souciait pas de lui, dis-je en me rappelant ce que Ridley avait affirmé pendant son enquête sur Bent Stum, après l’incident avec Linus Berling.

— C’est sans importance, répondit Konstantin en secouant la tête. Les Omtes sont très émotifs, et ils se mettent facilement en colère. L’un des leurs a été tué dans une sorte de conspiration impliquant les Skojares et les Kanins ? Ils sauteront sur cette occasion.

— Mais je ne veux pas que les Omtes détruisent les Skojares ni les Kanins, fis-je remarquer.

— J’ai entendu dire que les membres de la famille royale omte sont plus intelligents et plus raisonnables que le citoyen moyen. Nous pourrions demander une audience avec la reine des Omtes pour voir si elle nous semble rationnelle, puis décider ensuite, suggéra Konstantin.

Je me mordillai l’intérieur de la joue, toujours pas convaincue. Son idée n’était pas mauvaise, mais avec une tribu aussi imprévisible que les Omtes, je n’étais pas chaude à l’idée de me mêler de leurs affaires.

— De toute façon, leur capitale n’est pas très loin, fit remarquer Konstantin. Je crois qu’elle n’est qu’à une journée de route d’ici.

Contrairement à la plupart des autres tribus de trolls, qui préféraient s’établir dans les températures plus froides du nord, les Omtes avaient poursuivi leur route vers le sud, avant de finalement s’installer dans les marécages du sud de la Louisiane. À croire qu’ils avaient tout fait pour s’éloigner des autres tribus.

— D’accord, dis-je enfin. Qu’avons-nous à perdre ? Allons voir la reine des Omtes.

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