Le royaume de cristal

Amanda Hocking · Chapitre 28 sur 80

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Le royaume de cristal

Chapitre vingt-huit

VINGT-HUIT

 

Visiteurs

 

N —

ous devons marcher, m’annonça Ulla en enfilant ses lourdes bottes Kamik en peau de phoque doublées de fourrure. Sa maison n’est qu’à

un kilomètre et demi d’ici. Ce n’est pas si mal.

— Pourquoi doit-on y aller à pied ? lui demandai-je en m’habillant aussi chaudement qu’elle dans le vestibule.

— Parce que Kate n’aime pas recevoir des visiteurs. Il vaudrait mieux qu’elle ne nous entende pas arriver. Allons-y. Nous devons être revenues avant la tombée de la nuit, dit-elle en se dirigeant vers la porte.

Il restait encore plusieurs heures avant la tombée de la nuit, mais je n’osai pas discuter avec elle et je la suivis dans le froid. Nous descendîmes les quelques marches menant à la porte, puis nous marchâmes sur la distance de quelques maisons. Les rues étaient désertes, et si je n’avais pas été informée de la réalité, j’aurais pu croire que je me trouvais dans une ville fantôme. Ulla m’assura que des gens vivaient bel et bien ici.

À l’intersection, nous prîmes à droite pour emprunter un sentier mal entretenu. On avait visiblement pelleté la neige à un moment ou un autre de l’hiver, puisque le sentier était moins enneigé que les environs, mais il était tout de même recouvert de neige.

— Pourquoi Kate n’aime-t-elle pas recevoir de visiteurs ? demandai-je à Ulla tandis que nous traversions la ville.

— Personne n’aime les visiteurs ici, répondit Ulla à voix haute pour que je puisse bien l’entendre malgré l’épaisse écharpe sur son visage.

— C’est vraiment un endroit isolé, dis-je.

— Tu ne sais pas à quel point, dit-elle en me regardant avec un flocon sur les cils.

Nous marchâmes un moment, puis Ulla finit par pointer du doigt ce qui ressemblait à un tas de neige en affirmant que c’était là qu’habitait Kate. En approchant, le tas de neige prit lentement forme. La maison était au ras du sol et devait certainement être construite comme celle de Ridley, principalement sous terre. Elle était recouverte de neige, tant pour la camoufler que pour garder la chaleur à l’intérieur durant le rude hiver.

Deux tas de neige sale parurent bouger devant la maison, mais lorsque je vis les deux taches charger dans notre direction, je compris rapidement que ce n’était pas de la neige. Deux énormes loups étaient étendus devant la maison et bondissaient maintenant vers Ulla et moi en grognant et en aboyant.

— J’avais oublié que Kate avait des loups, annonça Ulla.

Je fis quelques pas en arrière, puisque les loups s’approchaient rapidement.

— Nous devrions partir d’ici, suggérai-je.

— Non, ne cours pas ! lança Ulla d’un ton cassant. Ils te prendraient en chasse.

— C’est que je ne suis pas vraiment une experte en combat à mains nues contre des loups. Que suggères-tu ?

La porte avant de la hutte s’ouvrit brusquement, et une ombre en sortit, armée d’un énorme fusil de chasse.

— Magni ! Modi ! lança l’ombre. Revenez ici !

Les deux loups s’arrêtèrent à quelques pas devant nous, prêts à nous bondir dessus.

Le loup le plus proche hésita et gronda, puis il retourna vers la hutte en courant avec son compagnon. La propriétaire avait toujours son arme à la main, mais elle avait rappelé ses chiens de garde, ce que je voyais comme un bon signe. Je m’approchai lentement de la hutte, et une seconde plus tard, Ulla me suivit.

— Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? aboya la femme.

— Je voulais simplement m’entretenir avec vous une minute, si vous n’y voyez pas d’objection.

La femme était enveloppée dans une épaisse fourrure et portait un capuchon sur la tête. Je ne pouvais voir que sa bouche, pincée en une moue renfrognée. Elle réfléchit à ma proposition pendant ce qui me parut une éternité, avec ses loups à ses côtés.

— Vous avez fait tout ce chemin, dit-elle enfin. Autant vous laisser entrer.

Sans nous attendre, elle entra dans sa hutte, suivie de ses loups.

Je me tournai vers Ulla.

— Tu peux retourner en ville si tu veux. Je peux prendre les choses en main, dis-je, comme j’ignorais si nous courions un danger.

— Pas question, répondit-elle. C’est beaucoup plus intéressant que tout ce qui se passe actuellement en ville.

Je ne voulais pas me disputer avec elle tandis qu’une femme armée d’un fusil de chasse et deux loups m’attendaient. Je hochai donc la tête et me dirigeai vers la porte.

Les murs de la hutte étaient en lattes de bois exposé gris. Il y avait un poêle à bois, une petite table et un lit dans la même pièce.

Il faisait étonnamment bon à l’intérieur, et la femme avait déjà retiré sa fourrure, qu’elle avait lancée sur le lit. Ses longs cheveux bruns frisés étaient tirés en une tresse qui lui tombait aux genoux. Elle portait une robe noire ample et des collants de laine, et, comme Ulla, de nombreux bijoux de bois et d’ivoire.

Au moment où nous entrâmes, elle remplissait deux plats en métal de morceaux de viande provenant d’une glacière. Je retirai mon chapeau et mon écharpe pour attendre qu’elle ait terminé. Les loups poussaient de petits gémissements jusqu’à ce qu’elle pose les bols devant eux, puis elle se tourna vers nous.

Elle avait des yeux gris foncé encadrés par d’épais cils. Sans sa fourrure, elle semblait plutôt menue. Elle paraissait avoir la vingtaine, mais en croisant les bras sur sa poitrine, elle posa sur moi un regard de l’intensité et de la sévérité d’une personne beaucoup plus vieille et endurcie.

— Que voulez-vous ? me demanda-t-elle.

— Vous êtes Kate Kissipsi ?

— C’est ainsi qu’on m’appelle, répondit-elle évasivement.

— Je cherchais quelqu’un, et Ulla Tulin, que je montrai d’un geste de la main, a pensé que vous pouviez m’aider.

Ulla salua Kate.

— Je vis seule avec Magni et Modi, annonça Kate en regardant les loups, qui étaient occupés à manger les morceaux de viande rouge à demi congelée. Je ne crois pas pouvoir vous aider.

— Que savez-vous sur une certaine Mina Arvinge ? lui demandai-je, presque désespérément. N’importe quoi.

Kate écarquilla les yeux un moment, mais son visage resta fermé. Puis, elle poussa enfin un long soupir.

— Ayuh. Vous parlez de ma sœur ?

Je la regardai, bouche bée.

— C’est votre sœur ?

— Je suppose que je devrais préparer du thé, dit-elle en se tournant pour s’approcher du poêle. Entrez, asseyez-vous. Vous aurez probablement beaucoup d’autres questions.

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