Le royaume de cristal

Amanda Hocking · Chapitre 63 sur 80

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Le royaume de cristal

Chapitre soixante-trois

SOIXANTE-TROIS

 

Surprise

 

H elge Otäck était le vice-roi de la reine des Omtes, et même si le poste qu’il occupait donnait l’impression d’être très tranquille, Helge ressemblait plus à un vieux motard qu’à un politicien. Sa peau parcheminée montrait les marques laissées par des centaines de bagarres de bar et ses cheveux en bataille lui tombaient sur les épaules.

Même sous l’épais manteau d’hiver marron qu’il portait, on pouvait très bien voir que Helge était large d’épaules. Il nous dominait et il était puissant, même pour les standards humains, en plus de pouvoir compter sur sa force d’Omte.

Il nous adressa un sourire carnassier, et je constatai que ses deux incisives avaient été remplacées par des dents en or. Ce fut tout ce que j’eus le temps de remarquer, puisqu’il fonça alors sur nous.

Avant que nous puissions réagir, Helge agrippa Ridley, qui tenta de se débattre en le frappant des poings et des pieds autant que possible, mais c’était futile. Helge serra un bras autour du cou de Ridley et lui empoigna les cheveux de l’autre main. Ridley s’accrocha à deux mains au bras de Helge pendant qu’il le soulevait de terre.

Je tirai la dague de mon pantalon pour la pointer vers Helge, sans trop savoir ce que je devais faire pour l’arrêter.

Helge fit claquer sa langue en me regardant.

— Réfléchis bien avant de faire un mouvement brusque avec ce couteau, petite. Combien de temps te faudra-t-il pour m’atteindre ? Une seconde ? Deux ? Je pourrais briser la nuque de ton ami en moitié moins de temps.

— Lâchez-le, dis-je en regardant Ridley se démener. Ce n’est pas lui que vous voulez. C’est moi. C’est mon nom qui figure sur la liste des criminels les plus recherchés de la reine.

— C’est possible, mais qui a dit que je ne pouvais pas vous emmener tous les deux ? rétorqua Helge en souriant tandis qu’un rugissement retentissait dans mon dos.

Je jetai un coup d’œil par-dessus mon épaule pour voir un gigantesque soldat omte quelques mètres derrière moi, à l’entrée de la ruelle. Je me tournai de nouveau vers Helge pour fixer mon regard sur Ridley en cherchant désespérément une solution. Je pouvais entendre les lourds pas du soldat omte s’approcher dans mon dos et j’attendis, évaluant les mouvements de mon assaillant, jusqu’à ce que je sois certaine qu’il était juste derrière moi.

Je m’accroupis alors d’un mouvement vif en me retournant brusquement. Je levai rapidement la dague pour la planter sous la mâchoire de l’Omte, envoyant la lame dans son crâne. Son sang chaud se mit à couler sur mes mains. J’extirpai la lame dans un gargouillement écœurant.

L’Omte s’effondra. J’aurais dû être soulagée, mais un autre garde omte se tenait juste derrière lui. Il avait vu ce que j’avais fait à son ami et il ne semblait pas de bonne humeur.

Il poussa un grognement en baissant la tête comme s’il était sur le point de charger. Juste au moment où il s’apprêtait à me foncer dessus, j’aperçus un mouvement sur sa gauche. Pendant que le garde me fixait du regard, un bras vêtu d’une veste noire et brandissant une épée s’abattit, le décapitant.

Baltsar fit un pas dans la ruelle, épée ensanglantée à la main, suivi de Konstantin. Il m’agrippa par le bras pour me forcer à le suivre. Par-dessus mon épaule, je vis Helge, qui tenait toujours Ridley en otage.

— Helge a Ridley, dis-je en tâchant de me dégager.

— Les gardes de Helge approchent. Nous ne pouvons pas tous les combattre et nous devons partir avant qu’ils n’arrivent, répliqua Konstantin en me traînant derrière lui.

Je tentai de planter mes pieds dans le sol pour l’obliger à s’arrêter, mais je glissai sur le sol glacé.

— Ils vont le tuer, insistai-je.

J’arrivais à peine à contenir mes cris, mais je ne devais pas attirer l’attention.

Konstantin s’arrêta assez longtemps pour se retourner.

— Non, pas tout de suite. Mina va l’utiliser comme appât. Laisse-la faire.

Je voulus protester, parce que cela m’affligeait d’abandonner Ridley. Et même si je savais que Konstantin avait raison, je trouvais le risque trop grand.

Sans lâcher mon bras, Konstantin enfonça la porte des toilettes publiques. Il y entra et frappa la base en bois d’un coup de pied. Comme nous ne pouvions pas risquer d’être vus, il nous était impossible de retourner au cimetière. Nous devions donc nous contenter de cette ouverture.

Baltsar y sauta en premier, mais j’hésitai. Konstantin me força à le regarder.

— Tu ne pourras pas le sauver si tu meurs, dit-il durement, mais je ne peux pas t’obliger à me suivre. Ce choix te revient.

Il sauta dans le trou. Je regardai derrière moi, comme si j’avais pu voir Ridley. Je compris alors que si Helge voulait tuer Ridley, c’était déjà fait. Il lui aurait brisé la nuque dès l’instant où nous avions pris la fuite pour aller chercher ses gardes.

S’il n’était pas déjà trop tard, je devais sortir d’ici pour revenir avec une équipe de sauvetage. Je fermai la porte des toilettes, pour compliquer la tâche des gardes qui nous cherchaient, puis je sautai dans le trou à la suite de Konstantin dans les égouts.

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