Le royaume de cristal

Amanda Hocking · Chapitre 36 sur 80

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Le royaume de cristal

Chapitre trente-six

TRENTE-SIX

 

Réserve

 

L es nuages s’étaient accumulés plus tôt dans le ciel pour assombrir le déjeuner avec la reine Wendy et le roi Loki, apportant la pluie. Une pluie lourde accompagnée du grondement distant du tonnerre.

Je sortis sous la pluie, ignorant les froides gouttes d’eau qui tombaient sur mes épaules nues. Je cherchai Finn et Ridley du regard. Ils n’étaient pas loin de la maison, sous un auvent fixé à une grange qui avait autrefois servi à abriter les chèvres.

Ridley me tournait le dos, mais je reconnus immédiatement sa silhouette. Ses fortes épaules, sa taille mince sous sa veste olive, ses boucles sombres qui refusaient de se laisser coiffer.

Quand j’arrivai près d’eux, Finn s’excusa et me salua d’un signe de tête avant de retourner vers la maison. Il fallut ce qui me sembla une éternité pour que Ridley se tourne vers moi, mais en fait, il ne s’était peut-être écoulé que quelques secondes.

Puis il me regarda. Sa forte mâchoire assombrie par une barbe naissante, sa riche peau mate, ses lèvres à peine entrouvertes pour respirer, ses yeux sombres de la couleur de l’acajou, où brûlait une flamme intense qui me faisait fondre de l’intérieur.

Ridley était vraiment ici. Mon Ridley.

Ce n’est qu’à cet instant que je constatai que je retenais mon souffle. J’inspirai profondément. Ridley baissa les yeux, cachant son regard derrière ses cils épais.

— Que fais-tu ici ? lui demandai-je enfin.

— Je suis venu te trouver, répondit-il d’une voix enrouée, étrangement distante, comme s’il se retenait.

Calvin, le petit poney d’Hanna, était dans la cour et courait en rond en pataugeant dans les flaques d’eau. Ridley se tourna vers lui, préférant le regarder plutôt que moi.

Le petit auvent couvert de chaume avait vu des jours meilleurs, et la pluie ruisselait autour de nous. Les bottes de foin derrière nous étaient trempées, et le sol sous mes pieds nus, froid et boueux. À l’exception de Calvin, nous étions seuls. Et Ridley refusait de me regarder.

Un frisson me parcourut, mais ce n’était pas parce que j’avais froid.

— Tu es trempée, remarqua Ridley en me jetant un regard du coin de l’œil. Tu veux ma veste ?

Je secouai la tête, mais il avait déjà commencé à la retirer. Il s’approcha de moi pour la poser sur mes épaules. Ses mains effleurèrent ma peau, et je sentis son parfum frais de toujours. Il me regarda dans les yeux en ajustant la veste. Pendant un instant, nos regards se croisèrent, et je pensai à la nuit que nous avions passée ensemble.

Il détourna ensuite le regard en faisant un pas en arrière. Je glissai mes bras dans les manches de la veste, où la chaleur de son corps persistait. Maussade, je me demandai alors si c’était la seule occasion que j’aurais de le toucher.

La distance qui nous séparait paraissait infranchissable. La dernière fois que je l’avais vu, il m’avait serrée dans ses bras pour m’embrasser passionnément. Il avait voulu s’enfuir avec moi, mais c’était dangereux, et j’avais besoin qu’il reste à Doldastam pour s’assurer de la sécurité de mes parents, de Tilda et d’Ember.

Chaque nuit depuis, j’avais fait des cauchemars où on me l’enlevait. Et maintenant qu’il se tenait devant moi, qu’un gouffre nous séparait et que la tension entre nous grandissait, je commençais à craindre que mes cauchemars ne se réalisent.

— Pourquoi es-tu venu me trouver ? lui demandai-je. Tu savais où j’étais. Tu m’as suggéré de venir ici.

— Je devais quitter Doldastam, répondit-il simplement. La reine Mina veut que tu sois capturée et jugée. J’ai réussi à la convaincre que c’était ce que je voulais également. Je lui ai dit que tu m’avais trahie et que je te retrouverais pour te ramener à Doldastam.

Je déglutis avec effort.

— Tu crois que je t’ai trahi ?

— Non, bien sûr que non, dit-il en rejetant ma question du revers de la main. C’est ce que j’ai dit à Mina pour sortir de Doldastam.

— Et quel est ton plan, maintenant que tu es ici ?

— Pour être franc, je n’ai pas de plan, répondit-il en posant son regard sur moi.

— C’est difficile d’élaborer des plans quand tout tombe en ruines.

Ridley se frotta la nuque en détournant le regard pour observer Calvin courir dans les flaques d’eau.

— Tu travailles avec Konstantin Black maintenant ? me demanda-t-il sans me regarder. Depuis quand ?

— Depuis mon départ, répondis-je en prenant soudainement conscience de tout ce que je devais expliquer à Ridley, de tout ce qui s’était passé depuis notre séparation. Il m’a trouvée. Il a fait défection à Viktor et il s’est dit que nous pourrions nous entraider.

— Et c’était le cas ?

— Je crois que oui, répondis-je.

— Il ne t’a pas… Il t’a fait mal ?

Ridley me regarda. Je ne vis pas la flamme de la jalousie brûler dans ses yeux, seulement de l’inquiétude sincère.

Je secouai vivement la tête.

— Non, pas du tout.

— Bien. C’est que… commença Ridley, avant de soupirer. Pendant des semaines, j’ignorais ce que tu faisais. Je m’inquiétais, je pensais à toutes les choses horribles qui avaient pu t’arriver.

— J’ai croisé une ourse, mais tout va bien si on fait abstraction de ce petit détail, dis-je en m’efforçant de sourire pour apaiser la tension, en vain.

— Finn m’a tout raconté, se contenta de répondre Ridley.

— Moi aussi, je m’inquiétais pour toi, dis-je enfin en me décidant à parler ouvertement. Tous les jours, j’ai pensé à toi ; j’avais peur et j’ignorais ce qui avait pu t’arriver.

Ridley serra les dents et baissa les yeux vers un caillou, qu’il botta distraitement.

— Que s’est-il passé après mon départ ? lui demandai-je.

— Tout est fini maintenant, répondit-il d’un grognement. Le reste n’a pas d’importance.

— Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire ?

— Il fait froid. Je crois que je vais rentrer.

Il se tourna brusquement pour se diriger vers la maison.

— Ridley, lançai-je, mais il ne se retourna pas.

Je serrai la veste contre moi en tâchant de comprendre ce qui venait de se passer. Ce n’était pas ainsi que je m’étais imaginé ma rencontre avec Ridley. Je m’étais attendue à beaucoup plus de baisers.

J’étais soulagée de le voir, de savoir qu’il allait bien, mais après notre échange, j’ignorais comment je devais me sentir.

Du coin de l’œil, j’aperçus un mouvement. Je tournai vivement la tête, mais je ne vis rien. Puis, j’aperçus de nouveau un mouvement. Dans les ombres entre la porte de la grange et les bottes de foin, je pouvais voir un tee-shirt noir qui flottait dans les airs, grâce au pouvoir de caméléon de la peau des Kanins.

Quelqu’un était là pour m’épier.

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