Le royaume de cristal

Amanda Hocking · Chapitre 61 sur 80

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Le royaume de cristal

Chapitre soixante et un

SOIXANTE ET UN

 

Libération

 

C —

e fut beaucoup plus facile de sortir de la maison de mes parents que d’y entrer. Comme je n’avais pas la clé, j’avais dû entrer par

effraction, mais maintenant, nous pouvions sortir discrètement par la porte arrière.

Derrière la maison, il y avait un minuscule jardin, une petite bande de gazon gelé entre des clôtures de bois usé. L’été, ma mère y faisait un potager, et plusieurs de leurs voisins y élevaient des poulets.

La plupart des clôtures n’étaient pas très hautes, ce qui était pratique, puisque mon père avait de la difficulté à sauter par-dessus. Mon père avait toujours été un intellectuel, mais ma mère était beaucoup plus en forme que lui et n’éprouvait aucune difficulté à les franchir.

Nous traversâmes les jardins jusqu’à ce que nous trouvions deux maisons un peu plus espacées que les autres. Alors que l’espace séparant la plupart des maisons ne faisait qu’une dizaine de centimètres, celui-ci mesurait près d’un mètre. Ce fut tout de même difficile de s’y glisser, surtout à cause des sacs surchargés de mes parents, mais ce fut plus facile que de passer par l’endroit où je m’étais faufilée plus tôt.

De là, il ne nous restait qu’à traverser quelques rues en courant quand les gardes ne regardaient pas dans notre direction et à nous cacher derrière ce que nous pouvions trouver. Je conduisis mes parents dans le cimetière, parmi les pierres tombales, et quand nous arrivâmes près de notre tunnel de sortie, je pus voir que Finn était arrivé avant nous.

Il aidait sa mère à se glisser dans l’ouverture. Il n’y avait pas d’échelle pour descendre dans le tunnel, et la chute faisait plus de deux mètres. Finn tenait Annali par les mains pour la faire descendre lentement vers son père, qui la prit par les hanches avant de la poser à terre.

Je jetai un œil dans le trou, excitée de voir Ember après tout ce temps, mais elle n’était pas là. Seuls les parents de Finn attendaient dans le tunnel.

— Où est Ember ? chuchotai-je.

— Elle n’est pas venue, grogna Finn.

— Comment ça, « elle n’est pas venue » ? lui demandai-je.

Finn m’adressa un regard sévère.

— Je ne te raconterai pas toute l’histoire. J’ai fini par convaincre mes parents de partir sans elle en leur expliquant que leurs petits-enfants avaient besoin d’eux. Ember a refusé de partir, et c’est tout.

C’était visiblement tout ce que Finn accepterait de me dire, parce qu’il s’accroupit pour agripper les bords du trou avant de se laisser descendre dans le tunnel d’égout.

Je fis signe à mon père de le suivre. Finn et son père l’aidèrent à descendre. Il atterrit rudement, mais il s’en tira sans une égratignure. Une fois relevé, il aida ma mère à le rejoindre.

J’attendis que ma mère soit debout au fond du tunnel. Au-dessus de ma tête, le ciel continuait à s’éclaircir, et même si je ne le voyais pas d’où j’étais accroupie, je savais que le soleil avait commencé son ascension au-dessus de l’horizon.

Mes parents avaient mis plus de temps que je ne l’avais prévu à se préparer et à faire leurs bagages, mais ils quittaient la vie qu’ils avaient passé les vingt dernières années à bâtir. Je ne pouvais pas leur en vouloir.

— Bryn, viens, lança ma mère en levant les yeux vers moi. Ton père et moi t’aiderons à descendre.

— Je dois y retourner et aller chercher Ember, lui dis-je. Continuez avec Finn et ses parents. Il vous ramènera au campement.

— Bryn ! s’écria ma mère d’une voix cassée de désespoir. Je ne partirai pas sans toi.

— Suis-les, maman, lui dis-je. Tout ira bien. Je dois y aller. Il faut que papa et toi alliez vous mettre en sécurité.

— Bryn, appela mon père pour m’implorer de les accompagner.

Je refusais de me laisser convaincre.

— Je dois y aller. Je vous aime. Soyez prudents.

Je remis la grille en place sur l’ouverture. Ma mère m’appela encore une fois, mais je partis pour ne pas l’entendre.

Depuis qu’Ember avait emménagé à Doldastam, quatre ans plus tôt, elle était immédiatement devenue mon amie la plus intime. Elle avait toujours veillé sur moi, même quand personne d’autre ne le faisait. Comme elle était de deux ans ma cadette, je l’avais toujours considérée comme ma petite sœur. J’étais enfant unique, et son frère vivait à l’extérieur, alors nous avions fini par nous comporter comme si nous étions de la même famille.

Je ne voulais pas la laisser mourir ici. Je ne savais pas ce que Finn lui avait dit pour la convaincre de le suivre, mais j’étais prête à traîner Ember par les pieds si cela s’avérait nécessaire.

Heureusement, Ember vivait à l’extrémité est de la ville, avec les citoyens les plus pauvres, ce qui signifiait que les gardes ne devaient pas patrouiller dans cette partie de la ville autant que les autres. De plus, l’est de la ville donnait sur la baie, et les gardes ne s’attendaient probablement pas à une attaque provenant de la mer.

Je n’aperçus pas un seul garde durant la deuxième moitié de ma course folle en direction de la ferme d’Ember, ce qui me simplifia grandement la tâche. Je sautai par-dessus la clôture de l’enclos des chèvres et je courus jusqu’à la maison.

Des poutres de bois foncé faisant à la fois office de soutien et de décoration couraient le long du mur extérieur de la maison. Je parvins à grimper sur l’une de ces poutres pour atteindre le balcon à l’étage. Ce fut beaucoup plus difficile que je ne l’avais cru, parce que tout était recouvert d’une couche de glace.

J’agrippai la rambarde de métal pour me hisser sur le balcon. Je restai étendue un moment sur le dos pour reprendre mon souffle et observer les étoiles qui s’estompaient dans le ciel, puis je me relevai pour forcer les portes-fenêtres et m’introduire dans la maison d’Ember.

Je venais à peine d’entrer et je m’apprêtais à appeler Ember quand je sentis un poing s’abattre sur ma mâchoire, me projetant au sol.

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