Le royaume de cristal
Chapitre quatorze
QUATORZE
Récupération
N ous avions opté pour l’hôtel Holiday Inn, puisque nous avions tous les deux besoin d’un endroit où nous pourrions nous laver, après tout ce temps à Fulaträsk. Nous avions marché dans les marécages, puis Konstantin avait conduit pendant des heures avant de s’arrêter, au cas où les Omtes auraient décidé de nous poursuivre.
— Je ne comprends pas, dis-je pour la centième fois en arpentant la chambre.
— Inutile de chercher à comprendre, ce sont des Omtes ! souffla Konstantin, exaspéré de répéter la même chose. Même Bekk a dit que nous ne pouvions pas leur faire confiance.
— Mais Bodil voulait envoyer des hommes ! dis-je d’un ton insistant. Je sais qu’elle le voulait. La reine était prête à nous aider. C’est son stupide vice-roi qui a interféré dans cette affaire.
— C’est probablement vrai, reconnut Konstantin en fouillant dans son sac pour lancer quelques vêtements propres sur le lit à côté de lui. Et comme tu sembles trop à bout de nerfs pour prendre ta douche, j’irai en premier.
— Et pourquoi Helge pourrait-il avoir voulu convaincre la reine de revenir sur sa décision ? lui demandai-je. A-t-il vraiment convaincu la reine de changer d’avis ? Il est possible que la reine ait été prête à nous aider et que Helge nous ait forcés à partir au beau milieu de la nuit. Nous aurions dû l’attaquer.
— Et qu’aurions-nous fait s’il avait emmené Torun ? rétorqua Konstantin en se tournant vers moi. Hein ? Comment aurions-nous pu lutter contre l’armée de Viktor après avoir été réduits en morceaux ?
— Je ne sais pas ! m’écriai-je en arrêtant de faire les cent pas, les épaules voûtées. Pourquoi Helge nous a-t-il chassés ?
— Parce qu’il avait raison, dit-il en s’approchant, ses vêtements à la main. Ce n’est pas la guerre des Omtes. C’est celle des Kanins. Ils n’ont aucune raison de risquer la vie de leurs hommes pour combattre dans la guerre d’une autre tribu.
— Mais… protestai-je.
— C’est ainsi, Bryn. Nous devrons trouver autre chose, dit-il en posant une main sur mon épaule pour me réconforter. Nous trouverons un moyen.
— Et comment ? lui demandai-je d’une voix plaintive.
— Je ne sais pas. Nous trouverons bien, répondit-il d’un ton assuré. Mais tout d’abord, je vais prendre une douche.
Il se dirigea vers la salle de bains, me laissant seule dans la chambre. Dès que j’entendis l’eau couler, je poussai un juron et me laissai choir sur l’un des deux lits. Je fermai les yeux pour réfléchir à ce que nous pouvions faire maintenant.
Si nous allions demander l’aide des Vittras ou des Trylles, on nous garderait prisonniers jusqu’à ce que les Kanins viennent nous chercher pour nous faire subir un procès. Ces tribus étaient de proches alliées, et comme la tribu des Kanins possédait la plus imposante armée, les Vittras et les Trylles voulaient garder cette alliance solide.
Il était hors de question de faire appel aux Skojares, compte tenu de ce qui se passait actuellement dans leur royaume. Ils n’étaient pas en mesure de nous aider, même s’ils l’avaient voulu.
Il existait peut-être d’autres trolls expatriés à qui nous pouvions nous allier, mais ce n’était pas aussi simple que de publier une annonce : « Troll cherche autres trolls pour combattre armée de mauvais trolls ».
J’ouvris les yeux soudainement quand une pensée me traversa l’esprit. Comment Bent Stum avait-il fini par être mêlé aux affaires de Konstantin et de Viktor ? Bodil avait laissé entendre qu’il était rebelle, mais je doutais qu’il fût rebelle au point de vouloir s’en prendre aux Kanins. Enfin, pas sans y avoir été incité par quelqu’un d’autre.
Alors, comment Viktor avait-il recruté Bent Stum ?
J’avais l’intention d’en discuter avec Konstantin dès qu’il sortirait de la douche, mais je fus interrompue par une sonnerie dans son sac.
Je crus d’abord qu’il s’agissait de mon téléphone, et mon sang ne fit qu’un tour, puis je compris que la sonnerie provenait du sac de Konstantin et je me levai pour aller voir. Son téléphone reposait sur son sac, et le message indiquait « Numéro confidentiel ». Évidemment, je ne m’attendais pas à autre chose de la part de Konstantin.
Je jetai un coup d’œil en direction de la salle de bains, où l’eau avait cessé de couler. Il aurait été facile de frapper à la porte et de tendre le téléphone à Konstantin, mais nous étions maintenant des amis, des alliés. Il n’y avait plus de secrets entre nous.
Avec cette justification en tête, je répondis au téléphone en grognant une salutation de ma voix la plus grave.
— C’est fait, fit la voix râpeuse à l’autre bout du fil.
Avant que je puisse répondre, la porte de la salle de bains s’ouvrit, et Konstantin en sortit avec une serviette autour de la taille. Quand il me vit avec son téléphone à l’oreille, il s’approcha en courant pour me prendre l’appareil des mains.
— Allô ? dit-il en me lançant un regard gêné. Désolé, la réception est mauvaise ici. OK, merci de m’en informer, ajouta-t-il après une pause.
Et ce fut tout. Il raccrocha et se tourna vers moi.
— À quoi pensais-tu, Bryn ? Tu aurais pu nous faire tuer !
— Comment ? lui demandai-je. Et qui était-ce ? Qu’est-ce qui est fait ?
Konstantin se détourna, et je l’agrippai par l’épaule pour le forcer à me regarder.
— C’était Viktor, dit-il en expirant longuement. Evert Strinne est mort.
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