Le royaume de cristal

Amanda Hocking · Chapitre 7 sur 80

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Le royaume de cristal

Chapitre sept

SEPT

 

Trajet

 

A u moment où la Mustang s’engageait sur la route de gravier, je me penchais vers le siège arrière. Konstantin heurta une bosse sur la route, et je me frappai la tête au plafond.

— Hé, que fais-tu ? lui demandai-je.

Je voulais chercher quelque chose dans mon sac, et je remarquai alors un éclat métallique dans son sac, qui était à côté du mien, ouvert. Il y avait deux dagues étendues sur ses vêtements. J’en pris une.

— Pourquoi as-tu ces armes ? lui demandai-je en plissant les yeux et en lui montrant la dague. Ce sont les dagues kanines que tu as reçues quand tu es devenu garde de la reine.

Il avait reçu ces dagues durant une grande cérémonie au palais. Je m’étais approchée autant que possible, dressée sur la pointe des pieds, pour voir la cérémonie. Les dagues étaient superbes, avec une longue lame acérée et un manche orné d’argent et d’ivoire.

— Je les garde pour ma protection, répondit Konstantin d’un ton bourru. Et c’est tout ce qui me reste de l’époque où j’étais un Högdragen, alors j’aimerais que tu arrêtes de jouer avec elles et que tu les remettes dans mon sac.

— Oui, désolée, fis-je en me penchant en arrière pour remettre la dague à sa place. Je voulais seulement fouiller dans mon sac, ajoutai-je en prenant mon sac avant de m’asseoir.

— Que cherches-tu ?

— Je ne suis pas certaine que tu saches où nous allons et j’espère trouver quelque chose qui pourrait nous aider, répondis-je en ouvrant la fermeture à glissière de mon sac.

— Je te l’ai dit, je suis déjà allé à Fulaträsk, dit Konstantin d’un ton indigné. J’y suis allé en compagnie de Mina pour une mission de paix, il y a de cela des années. Je n’oublie jamais un chemin.

— Bien que ce soit rassurant, le soleil se couche, fis-je remarquer en montrant le ciel ambré visible entre les branches des arbres qui bordaient la route, et j’aimerais que nous arrivions à destination avant la tombée de la nuit.

— C’est une bonne idée, mais j’aurais aimé être informé plus tôt du fait que tu avais des cartes des capitales des trolls, dit-il d’une voix sarcastique.

— Je ne sais pas si j’en ai, dis-je en fouillant dans mon sac, parmi les vêtements que j’avais achetés dans des boutiques de vêtements d’occasion et des vide-greniers au cours des derniers jours. Je n’ai pas préparé ce sac ; Ridley s’en est chargé.

En déplaçant un jean, mon téléphone cellulaire glissa d’une poche. Je le fixai du regard un instant, me trouvant de nouveau pétrifiée à l’idée terriblement attrayante d’appeler Ridley. C’était un téléphone prépayé, presque impossible à retrouver, et j’aurais été prête à faire presque n’importe quoi pour appeler Ridley et entendre sa voix, pour l’entendre me dire qu’il allait bien.

Mais je savais que je ne pouvais me permettre de courir ce risque. Il était encore trop tôt, et si quelqu’un à Doldastam découvrait que j’avais communiqué avec lui, il aurait été dans le pétrin. En supposant qu’il n’était pas déjà enfermé pour m’avoir aidée à m’échapper.

— Qui est Ridley ? me demanda Konstantin. Oh, attends, ce n’était pas le rekteur ou quelque chose comme ça ?

— C’est sans importance, dis-je avec un geste de la main, parce que c’était trop difficile de parler de Ridley, puis j’enfouis le cellulaire dans mon sac. En revanche, on dirait que ce sac contient tout l’équipement standard d’un nouveau traqueur, ce qui veut dire qu’il est rempli de trucs essentiels en cas d’urgence, y compris un manuel…

J’ouvris enfin une poche cachée au fond du sac et j’y trouvai le manuel. Comme ce genre de sac était utilisé dans le monde des humains, nous tâchions de cacher le manuel, au cas où le sac tomberait entre de mauvaises mains. Mais c’était un atout pratique pour les traqueurs qui commençaient leur carrière, puisqu’il contenait des astuces ainsi que des renseignements importants à garder en tête.

Il contenait également une description générale des autres tribus, au cas où le traqueur rencontrerait un autre troll (ce qui n’était pas totalement impossible, surtout quand on traquait un enfant échangé dans une ville peuplée comme New York ou Chicago).

— Ah ha ! fis-je en montrant le manuel à Konstantin, qui semblait peu impressionné.

— Il y a une adresse dans ce bouquin ? me demanda-t-il en haussant un sourcil.

— C’est ce que je vais voir.

Je lançai mon sac sur le siège arrière, puis je m’installai confortablement en posant mes pieds nus sur le tableau de bord, manuel ouvert sur mes jambes.

Les premières sections parlaient des détails qui pouvaient aider les traqueurs à mieux faire leur travail, et je les feuilletai rapidement, jusqu’à ce que je tombe sur la section qui traitait des tribus. Mon cœur se serra quand je constatai que seulement deux pages étaient réservées à chaque tribu.

Pire encore, le quart de l’une des pages sur la tribu des Omtes était un croquis détaillé de leur emblème, un gypaète au plumage brun qui me fixait de ses petits yeux noirs. On donnait quelques faits élémentaires au sujet des Omtes, et enfin, au bas de la page, je tombai sur un passage un peu plus utile.

— « La capitale omte, Fulaträsk, se trouve dans les terres humides de l’État de la Louisiane, lus-je à voix haute. On estime la population de Fulaträsk à six mille personnes, ce qui en fait la deuxième capitale des trolls parmi les cinq tribus. Les Omtes vivent sous le règne du roi et de la reine, Thor et Bodil Elak, qui vivent dans le palais. »

— Ce livre doit être vieux, remarqua Konstantin quand j’eus terminé ma lecture.

J’examinai la couverture, qui me semblait neuve.

— Qu’est-ce qui te fait croire cela ?

— Thor est mort il y a environ trois ans, dit-il. Bodil peut toujours régner, parce qu’elle a eu un enfant de Thor.

— Et comment le sais-tu ? lui demandai-je. Je ne sais rien de tout cela.

— J’ai voyagé avec Bent pendant un bout de temps, ne l’oublie pas. Et il adorait parler de toutes les bêtises que pouvaient faire les Omtes.

— Qu’est-il arrivé au roi ?

— Il y a une taverne à Fulaträsk, le Vautour hideux, dit-il en secouant la tête, pensant que le nom était idiot. Selon Bent, c’est un endroit bon pour les durs à cuire. Quoiqu’à bien y penser, toujours selon Bent, tous les bars de Fulaträsk sont mal famés. Enfin, apparemment, le Vautour hideux est le pire d’entre tous.

La route s’était rétrécie, et le marécage courait maintenant sur le bord. Konstantin ralentit. Le soleil continuait de descendre dans le ciel, enveloppant tout autour de nous d’une étrange lueur rouge.

— Thor aimait vraiment le Vautour hideux, poursuivit Konstantin. C’est l’une des bonnes choses dont m’a parlé Bent à propos des Omtes : les membres de la famille royale n’éprouvent aucune honte à se mêler au peuple.

— Oh, ce sont des progressistes, dis-je sèchement.

— Enfin, je suppose que Thor s’est saoulé en buvant de l’eldvatten et…

— De l’eldvatten ? répétai-je en l’interrompant.

— C’est un alcool très, très fort que les Omtes produisent. C’est un croisement entre le vin et la gnôle, mais je n’ai pas la moindre idée de ce qui peut entrer dans sa composition, expliqua Konstantin.

» Donc, le roi était complètement bourré, et Bent ne connaissait pas tous les détails de l’histoire, mais un autre client aurait commencé à se montrer insolent envers Thor, continua-t-il. Le roi aurait commencé à frapper le type, qui s’est mis en colère au point d’arracher la gorge de Thor à mains nues.

— Et nous allons voir ces trolls pour leur demander de l’aide ? Leur roi est mort dans une bagarre de taverne ! m’écriai-je en le regardant, incrédule.

— Nous n’avons pas beaucoup d’autres options, fit remarquer Konstantin. Et, de toute façon, le roi était ivre. Il était probablement moins idiot quand il n’était pas saoul.

Je m’adossai sur l’appuie-tête.

— Nous sommes vraiment mal partis.

La voiture ralentit, et je regardai par la vitre, espérant voir un palais ou un autre signe indiquant que nous approchions de notre destination, mais il n’y avait que des cyprès et des eaux sombres.

— Que se passe-t-il ? demandai-je à Konstantin.

— Il n’y a plus de route, répondit-il en garant la voiture et en coupant le moteur. Nous devrons terminer le voyage à pied.

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