Le royaume de cristal

Amanda Hocking · Chapitre 42 sur 80

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Le royaume de cristal

Chapitre quarante-deux

QUARANTE-DEUX

 

Vengeance

 

K onstantin s’approcha en courant, mais je levai le bras pour l’arrêter. Bayle tenait son couteau de façon à trancher la gorge de Tilda, et il leva le bras. Tilda frémit.

Ridley vint à mes côtés. Nous étions tous sur le bord de la route, figés sur place, ne sachant pas quoi faire.

— Vous n’avez pas à la tuer, dis-je en tâchant de garder mon calme et en prenant soudain conscience de la lame ensanglantée que tenait Konstantin.

— Je n’ai jamais voulu en arriver là, reconnut Bayle sans relâcher sa prise.

Lors de mon séjour à Storvatten, j’avais été incapable de bien deviner les motivations de Bayle. Il avait été distant, mais professionnel avec Kasper et moi. Nous n’avions jamais pu discerner exactement le rôle qu’avait pu jouer Bayle dans les événements de Storvatten. Toutefois, à titre de chef de la garde, il avait sans aucun doute été impliqué.

Son garde, Cyrano, avait tenté d’assassiner le roi Mikko, et c’était certainement Bayle qui avait falsifié les relevés du coffre-fort pour faire arrêter Mikko. D’après ce que je savais, il collaborait avec Kennet depuis le début, quand le prince déchu avait entrepris de faire détrôner Mikko.

Sans l’aide de Bayle, Kennet n’aurait pas pu accomplir grand-chose. J’étais cependant certaine que Mikko n’aurait pas été arrêté, ce qui signifiait que Kennet n’aurait pas eu à se rendre à Doldastam pour demander l’aide de Mina, et Kasper n’aurait pas été tué.

— J’ai tout fait pour ce royaume, si on ose l’appeler ainsi, cracha Bayle. Pendant des années. Je voulais simplement qu’on me paie ce qui m’était dû ! Et Kennet a élaboré ce plan en me jurant que tout irait bien.

— Les choses peuvent encore bien finir, dis-je. Vous ne ferez que compliquer les choses si vous tuez une innocente.

Bayle s’esclaffa.

— Depuis que Kennet m’a trahi, depuis qu’il m’a destitué, je suis condamné à faire le sale boulot de Viktor. J’ai les mains pleines de sang ! Ce n’est pas le sang d’une garce de plus qui changera les choses.

— Viktor te trahira lui aussi, lança Konstantin. Tout comme il m’a trahi.

— Je ne suis pas idiot comme toi. Je veux seulement être payé, railla Bayle. Et Viktor offre une énorme récompense pour vos trois têtes, expliqua-t-il en nous montrant à tour de rôle d’un signe de tête. Je ne crois pas qu’un cadavre de plus change quoi que ce soit !

— Si vous lui faites du mal, vous ne partirez pas d’ici vivant, lui lançai-je d’un ton hargneux. Je vous tuerai de mes satanées mains, Bayle.

Bayle éclata de rire.

— Oh, c’est ce que tu crois ?

Une étrange lueur traversa le regard de Tilda, et elle se raidit. Son expression devint impassible, et je sentis monter en elle une détermination que je connaissais trop bien, après toutes ces années passées à m’entraîner en sa compagnie. Tilda était passée maître dans l’art de se contenir, mais elle pouvait très bien anéantir une personne si elle le désirait.

— Attends, fit Tilda d’un ton guindé. Cet homme est Bayle Lundeen ? Le même Bayle qui a conspiré avec Kennet ? Le même Bayle qui est en partie responsable de la mort de mon mari ?

Je hochai la tête.

— Oui, c’est bien ce Bayle.

Pour la première fois depuis son arrivée, Bayle sembla prendre conscience qu’il avait peut-être visé trop haut, et il examina Tilda d’un œil nouveau. Tilda avait beau être enceinte, elle était grande et forte, pourvue de bras musclés et de jambes puissantes.

J’étais persuadée que dès l’instant où Bayle l’avait capturée, Tilda était restée docile pour éviter de risquer de blesser le bébé, mais maintenant, elle était en furie.

D’un mouvement brusque, elle projeta la tête en arrière pour frapper Bayle au visage. De l’endroit où je me tenais, à plusieurs mètres d’eux, j’entendis le bruit de l’os du nez de Bayle fracassé. Puis, avant qu’il n’ait le temps d’approcher la lame de son couteau de la gorge de Tilda, elle l’agrippa par le poignet, lui tordit le bras pour le casser bruyamment en se servant de son autre bras comme appui.

Tout se passa en un clin d’œil. Bayle poussa un cri de douleur avant de reculer en titubant. Son bras pendait dans un angle anormal, et du sang ruisselait sur son visage. Mais Tilda n’en avait pas fini.

D’un mouvement de la jambe, elle lui faucha les jambes. Bayle tomba dans la boue, Tilda le frappa durement à l’entre-jambes, et Konstantin grimaça. Puis, Tilda sauta sur Bayle pour le frapper au visage de ses deux poings à plusieurs reprises.

Après un moment, Bayle devint inerte, mais j’ignorais si c’était parce qu’il était assommé ou mort. Tilda voulut visiblement s’en assurer, puisqu’elle agrippa le couteau que Bayle avait laissé tomber pour le lui enfoncer directement dans le cœur.

Elle resta agenouillée au-dessus du corps de Bayle un moment en haletant. Nous étions immobiles, comme si nous avions tous senti qu’elle avait besoin de ce moment pour elle.

Quand Tilda se leva enfin, elle agita les bras, probablement parce qu’elle avait mal aux poings à force de frapper Bayle si durement, et peut-être aussi pour secouer le sang qui les tachait.

— Tu te sens mieux ? lui demandai-je.

Elle hocha la tête en haletant, comme si elle cherchait toujours son souffle.

— Ouais, mais nous devrions nous débarrasser des corps. Les humains seront suspicieux.

— Cette femme est une vraie bête, chuchota Konstantin en passant près de moi et en lui lançant un regard plein d’admiration.

— Tu devrais la voir quand elle n’est pas enceinte, dis-je.

Tilda se rendit au VUS pour prendre une bouteille d’eau et un chemisier dans son sac pour nettoyer le sang sur elle. Nous avions probablement tous l’intention d’en faire autant à un moment ou un autre, mais pour l’instant, nous devions d’abord faire disparaître les corps avant qu’une autre voiture ne passe.

Tandis que Ridley et moi transportions le corps de Bayle, Tilda mettait tous nos sacs sur la banquette arrière du VUS pour éviter qu’ils soient tachés de sang. Konstantin souleva le corps de Drake pour le prendre par-dessus son épaule avant de le laisser tomber sans cérémonie à l’arrière du véhicule.

Le plus difficile ne fut pas de déplacer l’énorme corps de Måne, qui demanda les efforts de Ridley, Konstantin et moi, mais surtout de le déposer à l’arrière du VUS. Il nous fallut le recroqueviller dans une position particulièrement étrange pour qu’il entre.

Tilda, toujours assise sur la banquette arrière tandis que nous étions debout près du hayon ouvert, nous regarda par-dessus la pile de cadavres.

— Il reste un gros problème, annonça-t-elle. Ces hommes travaillaient manifestement pour Viktor, et ils nous ont trouvés. Comment ont-ils réussi ?

Ridley secoua la tête.

— Quand nous sommes partis de Doldastam, nous nous sommes débarrassés de nos téléphones, nous avons abandonné la Land Rover et nous avons loué une voiture. Je ne sais pas comment ils ont pu nous retrouver. À moins que quelqu’un leur ait donné notre position, ajouta-t-il en se tournant vers Konstantin.

— Ils ont essayé de me tuer, tu te souviens ? rétorqua sèchement Konstantin. Et comment aurais-je pu deviner que nous nous arrêterions ici, sur cette route perdue, à cette heure précise, pour permettre à Tilda de pisser ?

— Dans ce cas, comment ont-ils réussi à nous trouver ? demanda Ridley, sur la défensive.

— Probablement de la même manière que j’ai pu retrouver Bryn, répondit Konstantin.

Il se tourna vers les corps et souleva celui de Måne pour fouiller dans les poches de Drake. Il en extirpa une mèche de cheveux bruns bouclés, qu’il montra à Ridley.

— Il te traquait, constata-t-il.

Le visage de Ridley s’assombrit.

— Merde, lança-t-il en passant une main dans ses cheveux, comme s’il avait pu sentir l’absence d’une mèche.

— Merde en effet.

Konstantin lui lança un regard noir, puis il claqua le hayon avant de contourner le véhicule pour y monter, me laissant seule avec Ridley.

— Je suis désolé, dit Ridley, le regard vide fixé sur le terrain vague à côté de la route. Je n’aurais pas dû venir. Mina savait que je la mènerais directement à toi. C’est ma faute.

— Elle t’a dupé, comme nous tous. C’est ce qu’elle fait de mieux.

Ridley serra les dents.

— J’aurais dû m’en douter.

— C’est bon. Nous sommes tous vivants. Tu es celui qui a subi les pires blessures.

Sa peau était à vif, mais elle commençait à foncer et à se couvrir d’ecchymoses.

— Vous devriez me laisser ici et continuer sans moi, dit-il en secouant la tête. Je suis peut-être encore traqué. Vous ne serez pas en sécurité avec moi.

— Ridley, je n’ai pas l’intention de t’abandonner sur le bord de la route. Et même si nous sommes traqués, nous serons suivis jusqu’à Storvatten, la ville que Mina a l’intention d’attaquer de toute façon. Tout ira bien.

Ridley baissa les yeux en déglutissant.

— Je suis désolé, Bryn. Je n’aurais pas dû venir, mais je devais absolument…

— Quoi ? fis-je en m’approchant.

Ridley leva les yeux pour me regarder.

— Je devais te voir. Je devais m’assurer que tu allais bien.

J’avais envie de lui demander pourquoi il me repoussait, pourquoi il était si distant alors qu’il voulait tant être à mes côtés.

Mais je savais qu’il ne me répondrait pas. Je me contentai donc de le regarder dans les yeux en espérant comprendre la douleur que je pouvais y voir.

Une portière du VUS s’ouvrit, et Konstantin apparut dans l’ouverture.

— Il vaudrait mieux partir avant l’arrivée des renforts.

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