Le royaume de cristal

Amanda Hocking · Chapitre 58 sur 80

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Le royaume de cristal

Chapitre cinquante-huit

CINQUANTE-HUIT

 

Fortification

 

M —

erde, jurai-je en baissant les jumelles.

Baltsar se leva en essuyant la boue sur ses vêtements, puis il se

tourna vers Finn et Konstantin.

— Nous devrons attaquer tout le monde en même temps.

— Nous ne pouvons pas faire ça, protestai-je. Des innocents mourront.

Tandis que je me levais, Ridley me prit les jumelles des mains.

— Tu agis comme si tous les Kanins étaient des saints et tous les autres, des pécheurs, dit froidement Konstantin. Ces soldats omtes se contentent de suivre les ordres, tout comme les soldats kanins. Et tu n’éprouverais aucun remords à les tuer.

— C’est différent, dis-je en secouant la tête.

— En quoi est-ce différent ? Est-ce parce qu’ils ne sont pas comme toi ? Parce que tu n’as pas grandi avec eux ? rétorqua Konstantin. Ta proximité avec ces gens ne les rend pas plus méritants que les autres, Bryn.

— Ce n’est pas ce que j’ai dit. Je n’ai envie de tuer personne, mais les Omtes se sont portés volontaires pour combattre dans cette guerre, répliquai-je, tandis que les Kanins ont été manipulés.

— Et tu crois que les Omtes n’ont pas été manipulés ? fit Konstantin en haussant un sourcil. Tu as dit toi-même que des choses étranges se tramaient à Fulaträsk.

Et c’était vrai. Je me souvenais de la façon dont la reine des Omtes, Bodil, avait semblé prête à nous aider à arrêter ceux qui avaient laissé son neveu, Bent Stum, être mêlé à toute cette histoire. Elle avait accepté de nous aider à arrêter Viktor Dålig.

Mais plus tard ce soir-là, son bras droit, Helge, avait fait volte-face. Il avait refusé de nous aider et il nous avait bannis de Fulaträsk au beau milieu de la nuit.

Tout cela m’avait semblé très étrange, sentiment renforcé par le fait que les Omtes collaboraient maintenant avec Viktor et les Kanins. Un instant, la reine Bodil avait voulu se venger de Viktor, et l’instant d’après, elle avait apparemment décidé de l’aider.

Les Omtes étaient connus pour être difficiles à suivre en raison de leur tempérament soupe au lait, mais la situation devant laquelle nous nous trouvions était ridicule, même pour des Omtes.

— Fulaträsk ? fit Baltsar en nous regardant à tour de rôle, Konstantin et moi, visiblement perplexe. Quand êtes-vous allés à Fulaträsk ?

Konstantin et moi avions omis de parler de notre excursion dans la capitale des Omtes, puisque ce détail ne nous avait pas semblé pertinent auparavant, mais maintenant que les Omtes avaient décidé de prendre part à cette guerre, ce n’était pas une mauvaise idée d’en parler aux autres.

— Finn, fit Ridley en se levant et en lui tendant les jumelles. Tu devrais venir voir.

— Qu’y a-t-il ?

Finn gravit la colline en courant, me heurtant au passage, puis il arracha les jumelles des mains de Ridley.

— Oh, bon sang, souffla-t-il.

— Qu’est-ce que c’est ? lui demandai-je.

— Ma sœur est avec eux, répondit Finn en voûtant les épaules. Je viens de la voir entrer dans une tente avec Viktor Dålig.

— Mais elle n’est pas avec Viktor, ajoutai-je à l’intention de Baltsar et de Ludlow, pour éviter qu’ils aient une mauvaise opinion d’elle. Ember collabore avec lui uniquement en attendant le moment favorable. Et c’est précisément ce dont je parlais plus tôt. Nous ne pouvons pas simplement attaquer Doldastam et blesser des innocents comme elle. Nous devons les sortir de là.

— La plupart des « innocents » en bas nous tueraient sur-le-champ en nous apercevant, dit Konstantin en montrant la ville d’un geste. Ils croient que nous sommes les méchants. Qui doit mourir, qui doit rester en vie ? Comment décider ?

— Arrêtons cela avant que les esprits s’échauffent, fit Baltsar en s’interposant entre Konstantin et moi, mains levées. La journée a été très longue, et nous sommes tous à cran. Il commence à faire noir, et nous devrions monter le camp pour la nuit. Nous trouverons un plan d’attaque demain matin.

En bas, la plupart des troupes se préparaient à monter le camp. Nous avions roulé pendant la majeure partie de la journée et nous avions passé les quatre dernières heures dans la marche ardue qui nous avait menés à Doldastam, sur un terrain très accidenté, au beau milieu de la forêt. Tout le monde était exténué, moi y compris, mais cela ne m’empêchait pas de ressentir les effets de l’adrénaline qui montait en moi.

Baltsar avait réussi à nous calmer, et Finn avait accepté d’organiser une réunion à l’aube avec le roi Mikko et tous les capitaines. Pendant que tout le monde descendait la colline pour retourner au camp, je restai en arrière pour marcher en compagnie de Konstantin, qui marchait toujours lentement à cause de sa jambe blessée.

Ridley s’arrêta pour me lancer un regard inquiet, mais d’un signe de tête, je l’invitai à poursuivre sans moi. Il poussa un long soupir, mais il me laissa discuter avec Konstantin sur la pente de la colline.

— Pourquoi t’opposes-tu à moi avec autant d’entêtement ? lui demandai-je à voix basse.

— Parce que tu dois te sortir de la tête ton fantasme de foncer sur ton grand cheval comme un chevalier en armure étincelante pour vaincre le dragon et sauver le royaume, me répondit-il d’une voix lasse.

Je m’arrêtai.

— Je n’ai pas ce fantasme.

— Oh si, tu l’as, insista-t-il en s’immobilisant pour me regarder.

Il avait commencé à pleuvoir, et comme il faisait à peine quelques degrés au-dessus de zéro, la pluie était glaciale. Nous nous tenions sur la pente, parmi les pins et leur parfum humide. La lumière du jour s’estompait derrière les nuages qui s’épaississaient devant le soleil couchant, mais je pouvais toujours voir l’éclat dur qui brillait dans son regard.

— Il n’existe pas de bonne guerre, Bryn, dit Konstantin. De braves gens mourront. Des vies innocentes seront perdues. Et à la fin, il restera toujours une personne incompétente sur le trône.

— Mais Mina est malfaisante, et nous devons l’arrêter, répliquai-je. Comment y parvenir sans aller en guerre ?

— Nous devons effectivement l’arrêter, et tu as raison, c’est probablement la seule façon d’y parvenir, reconnut-il. Mais cette guerre n’en sera pas pour autant bonne ni facile, et elle ne se fera pas sans effusion de sang.

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