Le royaume de cristal

Amanda Hocking · Chapitre 68 sur 80

Pages du PDF

Le royaume de cristal

Chapitre soixante-huit

SOIXANTE-HUIT

 

Absolution

 

J e m’arrêtai net en entendant les pleurs d’une petite fille. De l’endroit où je me tenais, dans la neige jusqu’aux genoux, je pouvais voir la porte arrière du palais, près d’un kilomètre plus loin. Je savais que ce ne serait pas facile d’y entrer et que je devais me dépêcher.

À ma gauche se dressait le mur, et à ma droite, le petit dortoir où les Högdragens célibataires vivaient. Je n’avais donc pas choisi l’endroit le plus sûr pour m’arrêter.

Tout autour de moi, je pouvais entendre des cris d’hommes et de femmes, le tintement d’épées et de pierres qui s’entrechoquaient pendant que le mur continuait de s’écrouler. Le rugissement des combats se répercutait sur les murs restants et les bâtiments avoisinants, mais je pouvais tout de même entendre la petite fille pleurer, ce qui signifiait qu’elle devait être proche. Je pouvais sûrement l’aider.

Je fis quelques pas en avant en direction des pleurs et je jetai un coup d’œil de l’autre côté du dortoir. Dans le coin tranquille qui séparait ce dernier du gymnase des Högdragens, où la neige ne s’était pas accumulée, une petite fille était assise par terre, la tête enfouie dans ses bras.

Je regardai autour pour m’assurer que personne n’était tapi, prêt à bondir, puis je m’accroupis pour m’approcher de la fillette.

— Hé ! dis-je doucement en approchant.

La petite fille leva la tête, et quand je vis qui c’était, je fus si surprise que j’eus un mouvement de recul. Elle ressemblait tellement à Kasper que j’avais l’impression de voir un fantôme. Comme elle n’avait que dix ans, elle avait les joues rondes d’une enfant, et ses traits étaient plus fins, plus féminins, mais elle avait les mêmes yeux sombres que lui, ses boucles anglaises noires, son nez et même ses épais sourcils.

C’était Naima Abbott, la petite sœur de Kasper. Je savais que je ne pouvais pas l’abandonner.

— Quand les combats ont éclaté, je suis venue chercher l’épée de Kasper, expliqua-t-elle, les joues mouillées de larmes, mais je n’ai pas réussi à entrer. Je voulais seulement protéger ma famille, comme Kasper l’aurait fait.

Je ne savais pas si elle m’avait reconnue.

— C’est très noble de ta part, mais Kasper voudrait que tu restes en sécurité, lui dis-je en lui tendant ma main libre. Tu dois retourner auprès de ta famille.

Elle me regarda en hésitant, puis elle renifla et prit ma main pendant que je réfléchissais à ce que j’allais faire d’elle.

Je savais qu’elle ne pouvait pas me suivre dans le palais, qui serait rempli de gardes voulant ma mort. Elle risquait fort d’y être tuée.

Le plus sûr pour elle, c’était de la rendre à sa famille, puisque son père était un Högdragen retraité et que son autre frère fréquentait l’école des traqueurs. Je savais qu’ils la protégeraient et que si elle restait à l’intérieur de sa maison, les risques qu’elle soit attaquée étaient minces.

Personne dans cette guerre ne voulait blesser des enfants innocents, mais en restant dans le chaos des rues, où des ogres lançaient des gens et où les soldats s’entretuaient, elle courait un risque beaucoup trop grand.

Heureusement, la maison de la famille Abbott était non loin du palais. Malheureusement, cela signifiait qu’il me faudrait combattre en tâchant de me rendre à sa maison.

— Je vais te ramener chez toi, lui promis-je. Mais si je te dis de te jeter par terre, tu devras trouver un endroit où te cacher, compris ?

Elle hocha la tête. Je l’emmenai dans la ruelle entre les bâtiments réservés aux Högdragens et le palais, en direction de la rue principale. Les combats se déroulaient surtout cinq cents mètres plus loin, à l’endroit où les hobgobelins avaient ouvert une brèche dans le mur.

Évidemment, cela ne voulait pas dire qu’il n’y avait pas de combats ici. Un soldat trylle et un Högdragen luttaient sauvagement devant nous dans la rue. Le Högdragen maniait une épée et le soldat trylle brandissait une hache de guerre. Ils s’attaquaient sans merci.

Je poussai Naima derrière moi pour lui bloquer la vue et lui éviter d’être témoin de ces atrocités, puis je tirai mon capuchon sur ma tête pour cacher mes cheveux blonds. Je savais que je risquais moins d’attirer l’attention en traversant la rue avec une enfant si je ne laissais pas mes traits de Skojare en évidence.

Le Högdragen avait projeté le soldat trylle au sol, et il semblait sur le point de l’achever. C’était le moment pour tenter notre chance.

— Cours ! dis-je à Naima en traversant la rue sans lâcher sa main.

J’espérais pouvoir passer inaperçue, mais j’entendis alors le grognement menaçant d’un ogre en colère. Nous empruntâmes brusquement une étroite rue secondaire pavée en direction de la maison de la famille Abbott.

Le bruit des pas lourds de l’ogre qui fracassaient les pavés s’accéléra dans notre dos, et je sus que jamais Naima ne parviendrait à échapper à l’ogre. Même seule, j’ignorais si j’en aurais été capable.

— Cache-toi ! lui criai-je en la poussant vers une étroite ouverture entre deux maisons.

La ruelle était assez large pour permettre à un troll adulte de s’y glisser, mais l’ogre serait incapable de l’attraper.

Une fois Naima hors de danger, je dégainai mon épée pour me tourner en direction de l’ogre qui me chargeait.

OceanofPDF.com