Le royaume de cristal
Chapitre seize
SEIZE
Duplicité
P endant un instant, je fus sous le choc d’avoir appris la mort du roi. Ce serait difficile d’expliquer le sentiment causé par l’annonce de la mort du roi à une personne extérieure à la communauté des trolls. La meilleure comparaison possible serait d’apprendre la mort du Président, de sa vedette préférée, du pape et de la reine d’Angleterre en même temps.
C’était pourtant impossible. Même si les rois mouraient, ils étaient toujours entourés de cette étrange aura d’immortalité. Sans compter la révérence et la loyauté. Malgré nos différences, Evert était mon roi, et j’avais juré de le protéger.
J’avais l’impression qu’on m’avait frappée au ventre. Je dus m’appuyer sur la commode pendant un instant.
— Bryn ? fit Konstantin en s’approchant pour m’attraper si je tombais. Est-ce que ça va ?
Ce fut suffisant pour que je reprenne mes esprits. Je lui lançai un regard si noir qu’il fit un pas en arrière.
— Pourquoi Viktor t’a-t-il téléphoné ? lui demandai-je d’une voix sifflante. Pourquoi pensait-il que tu voudrais être au courant de la mort du roi ?
— Je t’ai dit que j’avais fait défection, et c’est vrai, dit-il en hésitant. Mais Viktor ne le sait pas encore.
— Sale menteur ! m’écriai-je. Comment ai-je pu être assez stupide pour te croire ?
— Ce n’est pas ce que tu crois, Bryn.
Je me détournai pour commencer à préparer mon sac.
— N’essaie plus de me vendre ta salade, Konstantin. Je ne te crois plus.
— Je n’ai rien dit pour te protéger ! insista-t-il.
Je lui jetai un regard incrédule.
— Va te faire voir.
Puis, comme je n’arrivais plus à me contenir, je lui sautai dessus.
Il m’agrippa par le poignet avant que je puisse le frapper, puis, quand je voulus lui donner un coup de pied, il saisit mon autre poignet pour me repousser contre le mur, plus fort que cela n’était nécessaire. Il pressa son corps encore mouillé contre moi en tenant mes mains de chaque côté de ma tête.
— Lâche-moi ! grondai-je, trop en colère pour penser clairement à un moyen de me dégager.
J’avais seulement envie de frapper quelque chose, de préférence son beau visage.
— Non ! Tu dois te calmer et m’écouter !
— Je n’ai pas à faire ce que tu me dis ! rétorquai-je.
— Bryn ! hurla Konstantin, exaspéré. Écoute-moi seulement cinq minutes, et je te lâcherai. Tu pourras ensuite faire comme bon te semble, je m’en moque.
Je grimaçai en luttant contre son étreinte. Ses jambes étaient serrées autour des miennes, et j’étais incapable de lui donner un coup de pied. J’abandonnai enfin, puisque je n’avais pas le choix.
— Viktor m’a envoyé pour te trouver et te tuer, expliqua Konstantin. Il pense que tu en sais trop et que si tu parvenais à trouver quelqu’un prêt à te croire, Mina et lui seraient cuits.
— Alors, quand prévoyais-tu me tuer ? lui demandai-je.
— Je te l’ai déjà dit. Si j’avais eu l’intention de te tuer, ce serait déjà fait, répondit-il en me regardant dans les yeux. Je suis parti à ta recherche pour te protéger et parce que je ne voulais plus faire ce que Viktor attendait de moi. J’en ai assez de Viktor et ses hommes, mais si je le lui annonçais, il enverrait des gens pour nous tuer. On ne quitte pas l’armée de Viktor.
Je pinçai les lèvres, fâchée de constater que son raisonnement était plausible.
— Et pourquoi ne m’en as-tu pas parlé avant ?
— J’étais persuadé que tu ne me croirais pas. Me suis-je trompé ?
Je détournai le regard en repensant à tout ce qu’il venait de m’exposer.
— Je t’ai écouté. Me lâcheras-tu maintenant ?
— Parfait.
Il soupira, puis il me lâcha avant de faire un pas en arrière. Il resta là, les mains sur les hanches, attendant de voir ce que je ferais.
— Qui a tué le roi ? lui demandai-je en me frottant les poignets.
— Viktor ne l’a pas dit, mais je suppose que Mina est responsable.
— Comment l’a-t-elle tué ?
— Il n’a rien dit à ce sujet, mais quand ils en avaient discuté les premières fois, ils avaient opté pour le poison.
— Pourquoi Viktor croyait-il que tu souhaitais être informé ?
— J’ai été son bras droit en quelque sorte. Il m’a tenu informé de toutes ses opérations.
— Et juste au moment où quelque chose de gros se préparait, il t’a envoyé faire des courses ? lui demandai-je en haussant un sourcil.
— C’était censé être rapidement réglé. Il croyait que je serais déjà revenu à l’heure qu’il est.
Je m’approchai à quelques centimètres de lui et je levai les yeux.
— Et que croit-il que tu fais ?
— Il croit que je te traque. Je lui ai dit que tu étais difficile à retrouver.
— Et il te croit ?
— Pour le moment. Mais ça ne saurait durer, ajouta-t-il après une courte hésitation.
— Que se passera-t-il ensuite ?
— Il enverra des hommes pour nous tuer.
— Et que faisons-nous maintenant ? lui demandai-je.
— Nous ? fit-il en esquissant un sourire. Est-ce que je dois comprendre que tu me fais confiance ?
Je poussai un soupir.
— Ai-je vraiment le choix ? répondis-je en m’asseyant sur le lit. Alors, quel est le plan ? Où allons-nous maintenant ?
— Nous devons nous déplacer constamment, ne pas rester au même endroit. Tu devrais prendre une douche, puis nous partirons, dit-il en me montrant la salle de bains.
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