Le royaume de cristal

Amanda Hocking · Chapitre 8 sur 80

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Le royaume de cristal

Chapitre huit

HUIT

 

Marécage

 

L a chaleur était oppressante. C’est difficile d’expliquer ce que je ressentais exactement en arrivant d’un lieu où il faisait près de moins dix degrés et où il y avait des tempêtes de neige pour débarquer dans un milieu humide où il faisait plus de vingt-cinq degrés. L’air semblait se condenser sur ma peau, et des insectes bourdonnaient furieusement autour de moi.

À mesure que nous avancions dans le bayou, dans l’eau trouble qui nous montait aux genoux, j’espérais malgré tout que Konstantin savait où il allait.

— Attention aux alligators, fit Konstantin.

Je regardai dans l’eau, ce qui était de plus en plus difficile dans la lueur mourante du jour, mais même par un bel après-midi ensoleillé, il aurait été ardu de distinguer un rondin d’un grand reptile.

— Il y a des alligators ici ? lui demandai-je.

— Je ne sais pas, répondit-il en me lançant un sourire par-dessus son épaule. Je ne sais rien de ce qui vit par ici.

— Je suppose que nous allons le découvrir, n’est-ce pas ? marmonnai-je.

Un moustique passa bruyamment près de mon oreille, et je tentai de l’écraser, sans succès. La bestiole se posa enfin sur ma nuque, et je l’écrasai fortement pour être certaine du résultat.

— Tu devrais faire attention de ne pas faire trop de bruit, dit Konstantin tandis que je le suivais à une distance de quelques pas.

— Pourquoi ? Ça attire les alligators ? lui demandai-je d’un ton sarcastique.

— Non, mais les Omtes sursautent facilement, et il vaut mieux éviter de les faire sursauter.

Au fond de l’eau, l’épaisse couche de boue menaçait d’avaler mes bottes à chacun de mes pas. Je suggérai à Konstantin qu’il devait exister un moyen plus simple de se rendre à Fulaträsk, mais il me rappela que les Omtes ne voulaient pas qu’on les trouve. Ils s’assuraient de compliquer autant que possible la tâche de ceux qui voulaient les trouver.

Il faisait maintenant suffisamment sombre pour que nous soyons obligés d’utiliser nos téléphones cellulaires comme des lampes de poche pour nous guider. Il y avait autour de nous tant de créatures invisibles et bruyantes — grenouilles, insectes et oiseaux — qui faisaient retentir leur chant nocturne.

Quelque part au-dessus de nos têtes, j’entendis un battement d’ailes, mais je ne déplaçai pas le faisceau lumineux de mon téléphone assez rapidement pour voir de quoi il s’agissait. J’entendis également le cri strident des chauves-souris. Je devinai qu’elles plongeaient à gauche et à droite autour de nous pour se repaître de la multitude d’insectes.

À l’occasion, je sentais quelque chose passer près de ma jambe, mais comme rien ne m’avait encore mordue, je m’efforçais de ne pas trop y penser.

Des lucioles volaient autour de nous ; leur minuscule corps étincelant apparaissait et disparaissait entre les troncs des arbres et illuminait la surface de l’eau. Dans la pénombre, entouré de la musique des animaux et des eaux calmes sous le couvert des arbres, le marécage devenait beau, presque enchanteur.

— Bryn, souffla Konstantin en me tirant de mes réflexions.

J’avais pris un peu de retard sur lui parce que je m’étais arrêtée pour regarder autour, mais je le rattrapai rapidement. Il tendit un bras pour m’empêcher de continuer d’avancer lorsque j’arrivai près de lui.

— Chut ! ordonna-t-il en pointant du doigt l’endroit où sa lumière tombait sur deux points luisants sur un rondin, à peine au-dessus de la surface de l’eau.

C’était un alligator, à moins d’un mètre de nous. Il semblait énorme.

— Que faisons-nous ? chuchotai-je.

— Je ne sais pas. Reculons lentement, je suppose.

Sa lumière braquée sur l’alligator, nous étions en train de faire marche arrière quand j’entendis de nouveau un bruissement d’ailes. Le bruit était trop fort pour qu’il s’agisse de chauves-souris cette fois, et d’autres battements d’ailes s’ajoutèrent au concert. J’ignorais ce que c’était, mais c’était très près de nous, et il y en avait plus d’un.

Je pointai le faisceau de mon téléphone vers le ciel et j’aperçus un énorme oiseau voler en cercle au-dessus de nous avant de se poser sur une longue branche. Je pus alors l’examiner.

C’était assurément un gypaète, avec sa grande envergure, son bec pointu et ses épaisses plumes à la base de son long cou. Ces oiseaux n’étaient pas indigènes de la région. Ils avaient été emmenés ici du vieux continent par les trolls, comme les lapins du Gotland et les chevaux trallas.

Nous étions en territoire omte.

Les cyprès et les saules autour de nous étaient aussi hauts que des édifices, et du coin de l’œil, je vis un éclat de lumière près de la cime d’un des arbres. Je levai mon téléphone prépayé vers la lumière, mais j’arrivai à peine à entrevoir les contours d’une grande cabane.

Ce n’était pas vraiment une cabane de luxe, mais elle était beaucoup plus grande qu’une cabane qu’on aurait construite pour un enfant. Les planches de bois, gauchies et usées, étaient couvertes de mousse. Un porche affaissé se trouvait à l’avant. La cabane était suffisamment grande pour accueillir une famille. Il y avait même un étage sur le côté droit, qui montait le long du tronc de l’arbre.

Une grande tête apparut à la fenêtre et me regarda. Une tête légèrement disproportionnée, comme celle de Bent Stum, avec un œil plus gros que l’autre.

— Konstantin, soufflai-je à voix basse. Je crois que nous sommes arrivés.

— Quoi ? fit-il.

Dès qu’il eut parlé, un énorme ogre sauta en bas de l’arbre, dans l’eau juste devant nous. Nous fûmes éclaboussés de gerbes d’eau boueuse. Dès que la surface de l’eau fut calme, l’ogre poussa /un long grondement sourd. Je sus dès lors que nous avions un problème.

— Je t’avais dit qu’il ne fallait pas les faire sursauter, dit Konstantin.

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