Le royaume de cristal

Amanda Hocking · Chapitre 52 sur 80

Pages du PDF

Le royaume de cristal

Chapitre cinquante-deux

CINQUANTE-DEUX

 

Expiration

 

D ans le chaos qui s’ensuivit, je dus me rappeler de continuer à respirer. Baltsar avait prononcé le nom de Konstantin avant de partir, me laissant plantée là pendant que tout le monde courait autour de moi. Je ne savais pas quoi faire ni où aller et je regardais partout à la recherche d’une indication.

Tilda avait commencé à lancer des ordres aux gardes skojares pour les envoyer à divers postes dans le palais afin de protéger toutes les entrées possibles. La marksinna Lisbet s’occupait des civils restés dans la salle de bal pour les rassurer en disant que tout irait bien.

— Bryn, dit Tilda en posant une main sur mon épaule et en s’arrêtant momentanément de donner des ordres.

Je me tournai pour lui faire face et je vis son regard malin se poser sur moi. Elle savait toujours ce que je ressentais, même quand nous étions au cœur de la tempête.

— Nous avons les choses en main, dit-elle. Vas-y.

Je laissai tomber mon masque, puis je partis au pas de course en agrippant la traîne de ma robe, heureuse de constater que le tissu était suffisamment léger pour me permettre de courir aussi vite que je le voulais. Je ne sus pas immédiatement où j’allais, mais je ne pouvais me résoudre à ralentir. Je courus parmi les soldats qui s’entassaient dans les couloirs.

J’aperçus enfin Linnea, qui tirait un médecin par la main en courant dans sa robe bleue étincelante. Elle était à l’autre extrémité du couloir et se dirigeait vers l’aile sud du palais. Je vis seulement ses boucles platine bondir autour de sa tête et je la suivis.

Je parvins à arriver dans la salle juste derrière Linnea et le médecin et je m’arrêtai dans l’embrasure de la porte. C’était une petite pièce au rez-de-chaussée, avec une fenêtre d’où l’on pouvait voir la surface du lac réfléchissant les étoiles dans le ciel. Deux lits jumeaux se trouvaient dans la pièce, mais Linnea et le médecin m’empêchaient de voir plus que les jambes de leurs occupants.

Et du sang. Les draps blancs et le plancher étaient tachés de sang.

Ridley s’occupait déjà des hommes avant l’arrivée de Linnea. Il avait retiré sa veste blanche et retroussé les manches de sa chemise. Ses avant-bras étaient tachés de rouge.

Le médecin se mit au travail pendant que Linnea tâchait de réconforter le blessé en lui disant que tout irait bien.

— Bon sang ! grogna Konstantin.

J’inspirai profondément pour la première fois.

— Je sais que c’est douloureux, mais vous devez le laisser faire si vous voulez guérir, lui dit Linnea d’un ton oscillant entre le réconfort et la réprimande.

— Je ne veux pas qu’il me guérisse ! rétorqua Konstantin.

— Vous m’avez sauvé la vie, insista Linnea. Je ne vous laisserai pas mourir.

Ridley avait aidé le médecin à déchirer la chemise de Konstantin pour s’attaquer à sa plus grosse blessure, une horrible plaie béante dans son abdomen. Il l’avait suffisamment aidé pour que le médecin puisse poser les mains sur la blessure de Konstantin et la guérir à l’aide de ses dons de psychokinésie.

Dès que le médecin le toucha, Konstantin se mit à se débattre et à tenter de le repousser. Linnea poussa un cri et sursauta quand il lança les mains en l’air.

— Laissez-moi ! aboya Konstantin. Laissez-moi mourir.

— Nous avons besoin de toi, dit Ridley en tentant de retenir Konstantin avant qu’il ne blesse quelqu’un ou lui-même. Laisse-nous t’aider.

Je me glissai devant Linnea pour m’approcher aux côtés de Konstantin, qui, dès qu’il me vit, cessa de lutter. Il écarquilla les yeux avant de grimacer. Ses cheveux étaient humides de sueur et ses joues étaient tachées de sang.

Comme il s’était calmé un peu, je m’approchai du lit pour prendre sa main pleine de sang.

— Laisse-les t’aider, l’implorai-je doucement.

Il détourna les yeux pour regarder le plafond. Il serra les dents et inspira brusquement par le nez. C’était tout ce que nous pouvions espérer obtenir de lui, et je fis un signe de tête au médecin.

Le médecin posa de nouveau les mains sur Konstantin, qui grogna bruyamment entre les dents. Il me serra la main au point de me faire mal, mais je le laissai faire. Après un moment, il commença à se détendre.

Je baissai les yeux et remarquai que le médecin haletait en ôtant ses mains du ventre de Konstantin. La blessure était guérie, et son abdomen semblait parfaitement normal, à l’exception d’une cicatrice fraîche sous l’épaisse couche de sang séché.

Le médecin recommanda à Konstantin de se reposer et lui expliqua qu’il faudrait un certain temps pour que ses autres blessures mineures guérissent, puisqu’il avait consacré toute son énergie à guérir sa blessure abdominale.

Linnea remercia le médecin pour son aide et le reconduisit dans le couloir. Konstantin lâcha ma main, et je me relevai. Dans le lit en face de celui de Konstantin, le drap taché de sang était tiré sur la tête de l’homme mort. L’autre homme qu’on avait ramené au palais avec Konstantin n’avait pas survécu.

— Je déteste t’interroger maintenant, dit Ridley en se levant de l’autre côté du lit et en regardant Konstantin, mais je dois savoir qui a mené l’attaque. Nous devons le savoir pour nous préparer.

— Des éclaireurs, répondit Konstantin. Ils étaient seulement deux. Nous en avons tué un assez rapidement, après qu’il eut abattu l’un des hommes avec qui je montais la garde, mais le deuxième éclaireur nous a donné beaucoup de fil à retordre, raconta-t-il en grimaçant.

— Ils ont dit quelque chose ? lui demanda Ridley.

Konstantin hocha la tête.

— Oui. Quand j’ai réussi à lui porter l’épée à la gorge, il s’est mis à parler, croyant que nous lui laisserions la vie sauve. Il a dit que Viktor les avait envoyés pour découvrir si les Skojares étaient bien armés. Il a aussi dit que Viktor attendait le retour des éclaireurs avant d’envoyer des troupes.

Ridley croisa les bras sur sa poitrine.

— Les éclaireurs sont morts. Cela devrait nous donner quelques jours de répit.

— Ça, c’est la bonne nouvelle, dit Konstantin. La mauvaise, c’est que les deux éclaireurs étaient des Omtes. Et pas n’importe quels Omtes, mais des soldats entraînés. Ce qui explique comment ils ont réussi à nous mettre dans un tel état.

— Je ne comprends pas, dis-je en secouant la tête. Je croyais que Viktor recrutait seulement des trolls rejetés des autres tribus, au hasard, comme Bent Stum.

— Moi aussi, répliqua Konstantin d’un ton las, mais nous nous trompions. L’éclaireur m’a tout dit. Les Omtes travaillent maintenant pour Mina et Viktor.

— Merde, jura Ridley à voix basse. Je dois trouver le roi et Baltsar pour le leur dire. Cela change tout.

Il contourna le lit pour se diriger vers la porte, puis il s’arrêta pour me toucher doucement le bras.

— Est-ce que ça va ?

— Oui, je vais bien, répondis-je en hochant la tête.

Ridley hésita un moment, comme s’il voulait ajouter quelque chose, ou peut-être terminer le baiser que nous avions à peine eu le temps de commercer dans la salle de bal, mais ce n’était ni le moment ni l’endroit, et il le savait. Il jeta un coup d’œil à Konstantin, puis il lâcha mon bras et s’en alla.

Konstantin ferma les yeux en poussant un grognement.

— Tu aurais dû me laisser mourir. C’est inutile de gaspiller des ressources et l’énergie du médecin pour moi. Beaucoup d’autres soldats mériteront ses soins, plus que moi.

— Je ne te laisserai pas mourir, dis-je en m’asseyant sur le bord du lit, près de lui.

Il eut un rire sombre.

— La mort est indépendante de ta volonté, petit lapin blanc.

OceanofPDF.com