Le royaume de cristal

Amanda Hocking · Chapitre 13 sur 80

Pages du PDF

Le royaume de cristal

Chapitre treize

TREIZE

 

Désir

 

Q uand je me réveillai, le bras de Konstantin reposait sur moi. Je ne savais pas quand ni comment il avait atterri là, mais il était bien là, fort et assuré, autour de ma taille. Lentement, en silence pour ne pas le réveiller, je glissai hors du lit.

La pleine lune brillait dans le ciel nocturne, inondant notre cellule de lumière blanche. Konstantin dormait vêtu uniquement de son short boxeur, recouvert d’un mince drap, puisque la chaleur était plus oppressante que jamais. Je portais seulement mon débardeur et une petite culotte au lit et j’avais tâché de garder une certaine distance entre nous, visiblement sans succès.

Je me tenais près de la fenêtre pour observer Konstantin dormir pendant un moment, ses boucles entourant son visage, ses cils foncés qui battaient quand il rêvait, son torse nu et musclé… Il était impossible de nier que Konstantin était un bel homme, particulièrement quand il dormait.

Mais quelque chose me fit alors penser à Ridley, au moment où je m’étais glissée hors du lit par une nuit froide alors que je ne désirais qu’une chose : rester au lit avec lui pour toujours. Et malgré les sentiments que Konstantin réveillait en moi, mon désir de rester avec Ridley était toujours plus fort.

Mon cœur se serra à sa seule pensée. Il me manquait terriblement, et je n’avais aucun moyen de savoir s’il était en sécurité. Si Mina était aussi folle que Konstantin le laissait entendre, elle pouvait très bien avoir fait enfermer Ridley pour toujours.

Je savais que nous devions être ici, dans le royaume des Omtes, pour leur demander de nous aider à arrêter l’armée de Viktor, mais dès que tout cela serait terminé, je devais retourner à Doldastam. Je me moquais de savoir ce qui m’y attendait ; j’étais prête à faire n’importe quoi pour m’assurer de la sécurité de Ridley.

Je chassai une blatte de mon jean, ramassé en boule par terre. Je m’accroupis dans la lumière lunaire et sortis mon téléphone prépayé de la poche de mon jean. La pile était presque à plat, puisque je ne l’avais pas rechargée depuis notre arrivée et que j’avais utilisé le téléphone comme une lampe de poche.

Il était minuit passé, et d’après l’horloge, nous étions le vendredi 16 mai. Il s’était écoulé plus d’une semaine depuis que j’avais quitté Doldastam, depuis que j’avais vu Ridley pour la dernière fois. Était-ce prudent de téléphoner ? Nous étions au beau milieu de la nuit. Qui pouvait bien surveiller ses appels ?

Je me mordillai la lèvre, le regard fixé sur l’icône de la pile qui clignotait sur l’écran du téléphone, en me demandant ce que je devais faire. Je voulais seulement entendre sa voix, l’entendre me dire que tout allait bien.

Puis, sans réfléchir, je composai le numéro que j’avais composé des centaines de fois auparavant, quand j’étais en mission. À cet instant, les conséquences n’avaient plus d’importance. J’avais besoin de lui.

Je portai le téléphone à mon oreille, désespérée. Il fallut une éternité avant que la sonnerie se fasse entendre, faiblement. Je fermai les yeux en priant en silence pour que Ridley réponde.

Au lieu de la voix de Ridley, ce fut plutôt un signal sonore désespérant qui se fit entendre. Je regardai l’écran du téléphone. La communication avait été coupée, et le message sous la date indiquait que l’appareil ne captait pas de service. L’interface affichait une seule barre quand j’avais composé le numéro, mais j’avais espéré que ce serait suffisant.

Et maintenant, je contemplais le téléphone inutile dans mes mains. J’avais envie de hurler ou de lancer le téléphone contre le mur, mais je ne voulais pas réveiller Konstantin et lui expliquer ce qui m’avait mise dans cet état.

Menton sur la poitrine, bras sur la tête, je me mis à inspirer profondément. Je tremblais de tout mon corps et j’avais l’impression qu’on venait de m’arracher le cœur. Je serrai les bras plus fort contre ma tête, pour garder mon sang-froid.

Les verrous de la porte s’enclenchèrent, et je faillis pousser un cri. Je me levai d’un bond et je vis Konstantin tirer son drap pour bondir hors du lit. Nous étions prêts pour ce qui nous attendait.

Depuis que Bekk nous avait reconduits à notre cellule après notre entretien avec la reine, nous n’avions reçu aucun autre visiteur. J’avais eu raison de prendre quelques figues, puisque nous n’avions rien eu d’autre à manger de la journée.

Et maintenant, quelqu’un approchait, au beau milieu de la nuit.

Je vis la lueur orange de la flamme d’une torche avant de voir le visage de celui qui la tenait. Il dut se pencher pour entrer dans la cellule, mais dès qu’il se redressa, je compris immédiatement qu’il s’agissait de Helge Otäck, le vice-roi.

— Il est temps de partir, annonça Helge avec un sourire perfide.

— Quoi ? fis-je en lançant un regard à Konstantin. Les hommes de la reine sont déjà prêts à partir ?

— Non, je crains que vous ne repartiez pas avec nos hommes, continua Helge calmement. La reine a parlé trop hâtivement aujourd’hui, et elle a changé d’avis. Il vaudrait mieux pour vous que vous partiez d’ici, puisque vous avez suffisamment usé de son hospitalité.

— Mais la reine… fis-je.

— La reine souhaite que vous partiez, rétorqua Helge brusquement. Et si vous ne partez pas de votre plein gré, je demanderai à Torun de vous faire partir.

Son sourire s’élargit pour révéler ses dents irrégulières. J’eus alors l’impression qu’il prendrait beaucoup de plaisir à regarder Torun nous mettre en pièces.

— Bryn, chuchota Konstantin, sentant probablement que je voulais continuer de combattre Helge. Nous devons partir.

Et comme il n’y avait plus rien à dire, nous rassemblâmes nos vêtements pour nous enfuir en pleine nuit, comme des prisonniers évadés.

OceanofPDF.com