Le royaume de cristal

Amanda Hocking · Chapitre 69 sur 80

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Le royaume de cristal

Chapitre soixante-neuf

SOIXANTE-NEUF

 

Ogre

 

L ’ogre ralentit en approchant, un sourire en coin accroché à son énorme bouche. C’est alors que je vis qu’il s’agissait de Torun, l’ogre qui avait tant voulu nous écraser, Konstantin et moi, quand nous l’avions croisé dans les marécages près de Fulaträsk.

Il faisait plus de deux mètres cinquante, avec des bras aussi gros que des troncs d’arbre. Il était complètement disproportionné, et tout son côté droit était beaucoup plus gros que le gauche. Il brandit son énorme poing droit.

— Écrabouiller toi maintenant, grogna Torun avec un rire furieux.

— La dernière fois que nous nous sommes croisés, je n’avais pas d’épée, dis-je. Tu ne m’écraseras pas si facilement.

Torun dressa le poing droit au-dessus de sa tête, et j’attendis qu’il l’abatte pour m’écraser, puis je levai mon épée pour l’enfoncer dans son poignet. Torun poussa un hurlement de douleur en relevant son bras et en m’entraînant dans le même mouvement.

J’enroulai mes jambes autour de son bras pour m’agripper, et quand il se mit à secouer le bras pour me faire tomber, je remuai l’épée dans sa blessure pour trancher ses tendons et ses os. Les ogres étaient plus grands et plus forts que les trolls, mais leurs os étaient tout aussi faciles à briser que les nôtres.

Torun constata que je ne lâcherais pas prise, et il m’attrapa avec sa main gauche pour me lancer au loin. Je heurtai le mur d’une maison avant de tomber dans un tas de neige. L’atterrissage fut si violent que je me retrouvai à bout de souffle et ébranlée pendant un instant, mais je me relevai aussi vite que possible.

L’énorme main de Torun pendait maintenant à son bras, où elle restait attachée par des lambeaux de peau et quelques tendons. Il prit sa main tranchée dans son autre main en pleurant de douleur tandis que son sang coulait sur les pavés.

Quand il me vit me relever, Torun poussa un cri de rage, et je sus alors qu’il me faudrait l’achever rapidement. Il fonça sur moi, et je l’esquivai. Il heurta la maison de plein fouet et perdit l’équilibre. Il avait perdu beaucoup de sang et il semblait s’affaiblir ; il recula en titubant.

J’avais laissé tomber mon épée, que je repris à la vitesse de l’éclair. Je courus jusqu’au flanc gauche de Torun pour enfoncer ma lame entre ses côtes, directement dans son gros cœur d’ogre. Torun poussa un grognement, puis ce fut terminé. Il glissa le long de ma lame et s’effondra dans la rue.

J’essuyai le sang sur ma main, puis je la tendis à Naima. Elle hésita, mais elle décida enfin de sortir de sa cachette. Nous nous remîmes à courir dans la rue.

Au coin de la rue, la maison de Naima apparut enfin. Un petit garde omte surgit alors de nulle part. Planqué entre deux maisons, il avait sauté devant nous et fonçait maintenant sur moi. Je poussai Naima derrière moi pour la protéger.

Le garde omte dressa son épée, et je parai son coup. Cette manœuvre nous laissant tous deux dans une impasse, je le frappai donc à l’estomac d’un coup de pied, le projetant en arrière.

D’un mouvement rapide, j’enfonçai mon arme dans sa poitrine avant qu’il n’ait le temps de bloquer mon coup, puis j’extirpai mon épée, et le garde omte s’affaissa.

C’est alors que je levai les yeux et que je vis Rutger Abbott debout au centre de la rue. Il avait dégainé son épée et se tenait droit, dans la position qu’adoptaient les Högdragens. Son expression était beaucoup plus sévère que celle de Kasper, mais il avait les mêmes yeux que son fils et Naima.

Je fis un pas de côté.

— Va rejoindre ton père, murmurai-je à Naima.

Rutger en avait certainement assez vu pour savoir que je venais de tuer un allié du royaume kanin. Il s’approcha d’un pas décidé. Quand Naima se jeta sur lui, il la serra dans ses bras en gardant son regard fixé sur moi.

J’étais terrifiée à l’idée de ce qui se passerait ensuite. Si Rutger croyait les mensonges de Mina, il pouvait me tenir pour responsable de la mort de Kasper et décider que j’étais une traîtresse malfaisante. Il pouvait très bien avoir l’intention de me tuer, et je ne voulais pas combattre à mort avec le père de Kasper.

— Rentre à la maison, dit-il à Naima.

Naima obéit et courut vers la sécurité relative de sa maison, me laissant seule avec son père dans la rue. Du moins, pour le moment. D’autres gardes s’approcheraient sûrement.

— Merci d’avoir protégé ma fille, dit-il enfin.

— Je suis désolée de ne pas avoir réussi à en faire autant pour votre fils, dis-je.

Rutger baissa les yeux.

— Allons, va mettre un terme à cette guerre, pour lui.

Il n’en dit pas plus. Il tourna les talons pour rentrer chez lui.

Je levai les yeux au-dessus des toits des maisons avoisinantes, en direction du palais qui surplombait tout le reste et vers lequel je me mis à courir aussi vite que mes jambes pouvaient me porter.

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