Le royaume de cristal

Amanda Hocking · Chapitre 26 sur 80

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Le royaume de cristal

Chapitre vingt-six

VINGT-SIX

 

Gelée

 

L ’avion plongea dans le ciel, et mon estomac me monta dans la gorge. Je serrai les accoudoirs plus fort.

— Nous venons d’entrer dans une zone de turbulence en survolant la ville, m’annonça le pilote dans le but de m’apaiser.

Il s’était retourné pour me réconforter, mais je me serais sentie beaucoup plus en sécurité s’il avait gardé les yeux sur son tableau de bord.

D’ordinaire, cela ne me dérangeait pas de prendre l’avion, mais je me trouvais maintenant dans ce qui était certainement le plus petit avion dans lequel j’étais montée, et il semblait tanguer à gauche et à droite chaque fois que le vent soufflait. Le vol avait été particulièrement mouvementé, et je venais de vivre les pires trois heures et demie de ma vie.

À Förening, Finn m’avait remis les clés d’une motocyclette, quelques cartes des royaumes des trolls et tout l’argent qu’il pouvait se permettre de me donner. Je voulais refuser l’argent, mais à vrai dire, je commençais à en manquer et j’en avais besoin.

L’une des conditions de mon amnistie était que Finn me surveille durant mon séjour à Förening, mais dès que j’avais franchi les portes de la ville, je m’étais de nouveau retrouvée seule.

Finn m’avait bien avertie de la possibilité que Wendy refuse de me laisser revenir. En refusant son pardon une première fois, elle pouvait être réticente à me l’accorder une deuxième fois.

Mais je devais prendre ce risque. Je devais arrêter Mina à tout prix, même celui de ma liberté.

Après avoir remercié Finn et Mia pour tout ce qu’ils avaient fait pour moi, je sautai sur la motocyclette et je passai le reste de la journée à conduire en direction de Winnipeg. C’était effrayant d’être revenue au Canada, si près du royaume kanin et de Viktor Dålig, mais je me terrai dans un motel pour la nuit et je tirai les rideaux.

Je repensai au temps que j’avais passé en compagnie de Konstantin et je me demandai ce qu’il était advenu de lui, s’il allait bien. Il ne m’avait pas laissé de moyen d’entrer en communication avec lui et il avait simplement dit qu’il me retrouverait si j’avais besoin de lui. Malheureusement, je n’avais aucun moyen de savoir si lui avait besoin de moi.

J’avais éprouvé un étrange sentiment en voyant son visage sur l’affiche d’avis de recherche. J’avais déjà vu son visage sur ces affiches des dizaines de fois par le passé, mais cette fois, c’était différent. Pas seulement parce que Konstantin était devenu mon ami, mais aussi parce que le message qu’envoyait Mina était clair : son comportement ne serait pas toléré.

Cependant, Konstantin était en fuite depuis longtemps, et je savais qu’il était intelligent et capable de prendre soin de lui-même. Je devais m’en convaincre, faute de quoi il me faudrait me rendre à l’évidence qu’il était déjà mort et que je ne pouvais rien faire pour l’aider.

Cette nuit-là, je dormis de façon intermittente, faisant les mêmes rêves que d’habitude, avec Kasper et Ridley, ainsi qu’un nouveau où Viktor Dålig torturait Konstantin pendant que Mina observait la scène en riant.

Au matin, je louai l’avion le plus abordable que je pus trouver, ce qui, je commençais à le comprendre, avait été une mauvaise idée. Je fus aussi surprise que soulagée quand l’avion atterrit sans problème.

Au Nunavut, il n’y avait pas de routes entre les villes. Le climat arctique rendait impossible leur entretien. L’avion constituait le meilleur moyen de se déplacer, mais Iskyla était si isolée qu’elle n’avait même pas de piste d’atterrissage. Je dus donc me rendre dans la ville humaine la plus proche.

Dès que je descendis de l’avion, je fus accueillie par des rafales et de la neige, ce qui raviva en moi les souvenirs de mon chez-moi comme seul le froid pouvait le faire. Le printemps arrivait sur le Nord, et le froid n’était pas aussi rude qu’il aurait pu l’être, mais après la chaleur des dernières semaines, je ressentis le besoin d’enfoncer mon chapeau sur ma tête pour me protéger du froid.

Heureusement, je trouvai non loin de la piste un endroit où je pus louer une motoneige. J’avais dans ma poche une carte du chemin menant à Iskyla et je la consultai à trois reprises avant de me lancer dans la toundra glaciale. Je ne voulais surtout pas me perdre au beau milieu de nulle part.

D’après ce que j’avais pu voir sur la carte, Iskyla devait se trouver à environ cent soixante kilomètres de la ville. Je calculai que je pouvais m’y rendre en moins de deux heures. Je commençai donc à m’inquiéter quand, au bout de deux heures et demie, je n’avais toujours pas trouvé la ville.

Je fis demi-tour pour tenter de me repérer, mais il n’y avait pas de rivière ou de montagne à proximité. Rien qui aurait pu m’indiquer si j’étais près de la ville ou complètement perdue. Tout autour, il n’y avait qu’une plate étendue de blanc.

Au moment où j’étais prête à abandonner et à retourner d’où j’arrivais, j’aperçus quelque chose au loin. Je partis à toute vitesse en direction de ce que j’avais aperçu. Le vent glacial me fouettait le visage et menaçait de souffler le capuchon de fourrure qui me protégeait de la neige.

J’approchais de la ville qui prenait maintenant forme. Quelques maisons grises groupées et deux autres bâtiments. Quelques huskies aboyèrent à mon passage près de l’une des maisons.

Dans les villes du Nunavut, rares étaient les routes qui reliaient les maisons entre elles ou qui menaient au marché et aux boutiques. Les choses n’étaient pas différentes ici. La route se terminait en cul-de-sac en bordure de la ville, où était planté un large panneau aux inscriptions effacées. J’arrêtai la motoneige près du panneau.

Il y était inscrit « BIENVENUE À ISKYLA » en grosses lettres blanches.

Puis, en dessous : « ᑐᙵᓱᓯᑯ ». Comme je vivais dans le nord du Canada, j’avais dû apprendre quelques mots d’inuktitut, la langue du peuple inuit. Ces symboles se traduisaient approximativement par « Bienvenue à la glace », puisque « Iskyla », qui provenait du suédois, signifiait « froideur glaciale ».

J’évaluai du regard le petit groupe de maisons qui s’étendait devant moi avant de pousser un soupir de résignation. J’étais arrivée à Iskyla. Je devais maintenant trouver quelqu’un prêt à me parler de Mina.

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