Le royaume de cristal

Amanda Hocking · Chapitre 70 sur 80

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Le royaume de cristal

Chapitre soixante-dix

SOIXANTE-DIX

 

Conspiration

 

E n route vers le palais, je tâchai d’éviter les artères principales et les conflits, en partie parce que je voulais atteindre le palais aussi vite que possible, mais aussi parce que je voulais éviter de tuer des Kanins si je le pouvais. Évidemment, c’était encore mieux si je réussissais aussi à ne pas me faire tuer.

Je dus pourtant tuer deux autres soldats omtes avant d’approcher du palais. Je m’accroupis près de la maison d’Astrid Eckwell, près du cadavre de Simon Bohlin étendu dans la neige.

En chemin, j’avais aperçu Simon, la tête légèrement inclinée, saignant d’une blessure mortelle à l’abdomen.

Nous nous étions fréquentés pendant presque un an, jusqu’à ce que je le quitte parce que je cherchais une relation moins sérieuse. Il avait été un excellent traqueur, et c’était une des raisons pour lesquelles il m’avait attirée. Nous avions grandi ensemble, et il avait toujours été gentil avec moi à l’école, contrairement à plusieurs autres enfants.

Je ne pouvais pas le laisser au milieu de la rue, où il serait certainement écrasé sous les pieds d’un ogre. Je tirai donc son corps à côté d’une maison. Je savais que je ne pourrais pas déplacer ainsi tous les corps que je trouverais, que je ne pourrais pas sauver tout le monde, mais il m’était impossible de laisser Simon ainsi.

Adossée contre la brique froide de la maison, je repris mon souffle et mes esprits. Je n’avais pas le temps de pleurer Simon ni tous ceux qui trouveraient la mort aujourd’hui. Pas si je voulais sauver Ridley et arrêter Mina.

Je regardai dans la rue, où les combats faisaient toujours rage, juste à temps pour voir Ember se frayer un chemin dans la foule. Linus Berling la suivait, et même s’il ne combattait pas avec beaucoup de brio, il se débrouillait plutôt bien. Il n’était pas encore mort, mais je vis qu’il saignait d’une blessure au bras.

Ember parvint enfin à se dégager de ses adversaires, et Linus lui emboîta le bas en se faufilant dans le chemin qu’elle avait tracé. Ils coururent jusqu’à la maison voisine de celle d’Astrid, franchirent la clôture d’un bond et coururent jusqu’à la porte arrière.

Si je voulais prendre le palais d’assaut, je savais que ce serait utile d’avoir une guerrière comme Ember à mes côtés. Elle était rapide et forte, et il me restait encore beaucoup de gardes à affronter.

Je décidai d’aller rejoindre Ember pour lui demander si elle était prête à m’aider à libérer Ridley. Je contournai la maison d’Astrid, puis je sautai par-dessus la clôture du voisin. Je ne savais pas si je devais frapper ou non à la porte, mais comme Ember venait tout juste d’entrer par la porte arrière, je décidai d’entrer moi aussi.

Dès que je poussai sur la porte pour l’ouvrir, Ember m’accueillit en pointant son épée sur mon visage.

— Oh, seigneur, Bryn, soupira-t-elle en abaissant son arme. Tu devrais vraiment apprendre à frapper.

Elle ouvrit la porte en grand pour me laisser entrer.

La porte donnait sur la cuisine, où Linus était assis à la table, torse nu. Une fille aux longs cheveux noirs se tenait debout près de lui, occupée à nettoyer une vilaine plaie sur son bras.

— Bryn, me salua Linus en essayant de sourire, mais sa blessure le fit grimacer. Quand je t’ai aperçue sur le mur, plus tôt, j’étais heureux de voir que tu allais bien et que tu combattais pour nous débarrasser de cette sorcière qui occupe maintenant le palais.

Il s’était écoulé près de deux mois depuis que Linus était arrivé à Doldastam, et durant cette courte période, il avait grandi et beaucoup changé, même s’il n’avait que dix-huit ans. Il avait passé du temps à s’entraîner avec Ember, et je remarquais que ses bras et sa poitrine étaient plus musclés, donnant plus de tonus à sa mince silhouette.

De légères taches de rousseur ponctuaient son visage et son expression était toujours aussi candide, comme s’il ne pouvait jamais complètement cacher ses sentiments, mais ses yeux s’étaient assombris, et il avait perdu un peu de son innocence.

Autour de ses blessures, sa peau avait commencé à changer de couleur pour se fondre dans le décor. Quand la fille voulut recoudre l’entaille sur son bras, Linus grimaça, et l’effet s’intensifia au point où son bras sembla disparaître, à l’exception des endroits tachés de sang.

— Nous sommes venus ici pour panser les blessures de Linus, et je voulais que Delilah se cache dans un endroit sûr, expliqua Ember en fermant la porte et en la verrouillant derrière moi.

Delilah se tourna vers moi. Je ne l’avais pas reconnue, puisque nous ne nous étions vues qu’une seule fois auparavant. Elle était très belle, avec des yeux noirs en amande et un sourire tendre. Je pouvais voir qu’elle était très grande et svelte dans son jean et sa tunique.

— Nous avons déjà fait sortir les parents de Linus, poursuivit Ember. Mon frère aide les réfugiés à s’enfuir. Comme la plupart des combats se déroulent près du mur à l’arrière de Doldastam, Finn conduit les réfugiés à la porte avant pour les emmener dans votre campement, de l’autre côté de la colline.

— Je suis revenu aider les gens à s’enfuir, dit Linus en serrant les dents quand Delilah se remit à panser ses blessures.

— Mes parents refusent de partir, lança Delilah d’un air renfrogné en enveloppant le bras de Linus de gaze. Ils se cachent dans la pièce de sûreté, au sous-sol. En fait, je suis surprise qu’ils ne soient pas encore sortis pour m’y traîner de force.

— C’est pour ça que je suis restée. Pour aider les gens à s’enfuir, me dit Ember en posant le regard sur mon épée ensanglantée. Et toi, que fais-tu ici ?

— Je tente de me rendre au palais, répondis-je.

Je voulus lui raconter ce qui était arrivé à Ridley et la façon dont il avait été capturé, lui dire que je devais le libérer avant qu’il ne soit exécuté, mais c’était trop dur de prononcer ces mots à haute voix. De toute façon, les choses étaient suffisamment difficiles, et je n’avais pas envie d’en rajouter. Tout le monde dans cette pièce avait déjà suffisamment de problèmes.

— Je t’ai vue passer et j’ai voulu m’assurer que tout allait bien, ajoutai-je, la gorge nouée par l’émotion.

— Je crois que nous nous en sortirons, me dit Ember avec un sourire qui se voulait rassurant. Je sais qu’une tâche difficile t’attend.

Notre conversation fut interrompue quand on frappa lourdement à la porte avant. Comme la cuisine se trouvait à l’arrière de la maison, nous ne pouvions pas voir la porte de l’endroit où nous étions, mais nous nous tournâmes tous en direction du bruit.

— J’ai verrouillé la porte avant, dit doucement Delilah.

Mais les coups sur la porte se firent de plus en plus insistants, jusqu’à ce qu’il devienne apparent qu’on tentait de l’enfoncer.

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