Le royaume de cristal

Amanda Hocking · Chapitre 53 sur 80

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Le royaume de cristal

Chapitre cinquante-trois

CINQUANTE-TROIS

 

Représailles

 

Q uand Konstantin fut endormi, Linnea ordonna à un valet de pied de transporter le corps de la recrue et de commencer les préparatifs pour des funérailles convenables. Elle se tenait dans le couloir pour observer les hommes transporter doucement et respectueusement le corps du garde mort.

Je laissai Konstantin pour rejoindre Linnea dans le couloir. Son masque était toujours dans ses cheveux et pressait ses boucles, qui en sortaient de tous côtés. Elle se tordait les mains distraitement, le regard fixé sur les valets qui s’éloignaient.

— Comment vous sentez-vous ? lui demandai-je.

— Cela ne fait même pas un an que je suis reine, dit-elle, plus à elle-même qu’à moi. J’aurai dix-sept ans le 16 juin, et la semaine suivante marquera le premier anniversaire de mon mariage. Cela fera alors un an que je suis reine.

— Ce fut une année très chargée, remarquai-je.

— Au début, je crois que je jouais simplement à la reine, et pour être très honnête, Mikko jouait au roi, dit-elle en se tournant vers moi, les yeux mouillés de larmes. Nous n’avions jamais eu à relever de véritables défis et nous nous contentions d’agir machinalement en organisant des fêtes et en enfilant des costumes ridicules.

Elle souleva la traîne de sa robe pour la laisser retomber.

— Et maintenant, nous devons devenir ce que nous prétendions être. Des gens meurent, et nous devons les protéger.

Une larme solitaire coula sur sa peau de porcelaine.

— J’ai l’impression d’avoir déjà échoué.

— Non, vous n’avez pas échoué, dis-je en secouant la tête. Malgré tout ce qui s’est passé ce soir, c’était une bonne idée d’organiser le bal. Vous devez favoriser l’harmonie et l’ordre à Storvatten, créer un sentiment de bonheur. Pendant que les soldats se battent dehors, vous devez maîtriser les choses ici, et quand ils reviendront, vous devrez vous occuper d’eux. C’est la tâche d’une reine.

— Vous croyez vraiment que j’ai fait ce qu’il fallait ce soir ? me demanda Linnea en essuyant sa larme.

— Oui, vous avez fait exactement ce qu’il fallait, lui dis-je. Mais vous devez être forte. Une reine ne doit jamais être vue en train de pleurer.

Elle se redressa en relevant les épaules et en levant le menton plus haut, puis elle inspira profondément.

— Vous avez raison. Je dois agir comme une souveraine.

— Vous ferez une excellente souveraine, lui dis-je en souriant.

— Je voudrais vous serrer dans mes bras, mais vous êtes couverte de sang.

Elle montra les taches rouges qui couvraient le corsage de ma robe, la dentelle et le satin. Je l’avais maculée en tentant de réconforter Konstantin.

— Je suis désolée. J’avais complètement oublié la robe.

— Bryn, dit-elle en me regardant sévèrement. Il y a des choses beaucoup plus importantes que cette stupide robe. Je me moque complètement de ce qui peut lui être arrivé pendant que vous serviez le royaume.

Je la remerciai de nouveau, puis elle s’excusa pour aller s’asseoir près de Konstantin. Elle ne voulait pas le laisser seul, du moins pas avant d’être absolument certaine qu’il allait mieux. Avant de partir, je l’observai, assise près du lit d’un paria blessé et orphelin de royaume, me demandant quelles reines en auraient fait autant.

Comme elle s’occupait de Konstantin, je me sentis prête à descendre pour me rendre à la salle de réunion. Tout s’était calmé dans le palais pendant que j’étais auprès de Konstantin, maintenant que la menace d’une attaque imminente avait été repoussée. Il y avait plus de gardes que d’habitude, mais les gens ne couraient plus à gauche et à droite comme des fous.

Pendant que je descendais l’escalier, je pouvais entendre l’orchestre jouer dans la salle de bal. Le bal avait repris, probablement sous les recommandations de Lisbet. Si nous avions été attaqués, je pouvais très bien l’imaginer en train de danser au rythme de la musique, comme l’orchestre du Titanic, qui avait continué à jouer pendant que le navire coulait.

Je m’arrêtai pour laver mes mains tachées de sang, puis je me rendis à la salle de réunion. Finn et Ludlow étaient assis à la longue table, tandis que Baltsar faisait les cent pas. Mikko se tenait à l’extrémité de la table, l’air grave. Ridley regardait les eaux sombres du lac à l’extérieur, le dos tourné à la porte. Il me jeta un coup d’œil quand j’entrai dans la salle, sans se retourner.

— Tout dépend du nombre d’Omtes qu’ils ont avec eux, dit Finn pendant que je fermais la porte derrière moi.

— Nous sommes forts, ajouta Ludlow, mais les Omtes sont déjà plus nombreux que les Vittras, et s’ils nous attaquent avec toute leur armée, je ne sais pas comment nous pourrons leur résister.

— Ils détruiront les murs, grommela Baltsar en arpentant la salle. Si ces ogres chargent, les murs se fracasseront sous leurs coups. Ils pulvériseront le palais.

— Nous devons les arrêter avant qu’ils n’atteignent le palais, suggéra Finn. La bataille doit se dérouler à terre, loin des berges.

— Et s’ils nous vainquent et chargent le palais ? avança Baltsar. Si l’armée des Kanins, celle des Omtes et Dieu sait combien d’autres hommes qui se seraient ralliés à Viktor Dålig venaient à nous attaquer, ils écraseraient notre armée.

— S’ils atteignent le palais, tout est fini, dit Finn. Ils fracasseront les murs, prendront les saphirs et tueront tout le monde.

— Je sais ! s’écria Baltsar. C’est ce que je dis. Comment les empêcher de s’emparer du palais ?

— Nous devons prendre les devants et attaquer les premiers, répliqua Finn en poussant un soupir.

— Nous ne pouvons pas les attaquer, dis-je en prenant la parole pour la première fois depuis mon arrivée.

Tout le monde se tourna vers moi.

— Les citoyens de Doldastam sont innocents. Ils n’ont pas à faire les frais de notre guerre contre leur reine. Ils ne devraient pas être punis pour ses péchés.

— Ma famille est aussi à Doldastam, me rappela Finn d’un œil triste. Je sais que le risque est grand, mais c’est notre seule chance d’arrêter la reine et ses armées avant qu’elle ne détruise un autre royaume. Parce que lorsqu’elle en aura fini avec les Skojares, personne ne sait à qui elle s’en prendra ensuite.

— Nous devons les attaquer, reconnut Baltsar, résigné. Nous engagerons le combat contre Doldastam. Il est possible que nous ne gagnions pas. Nos ennemis seront plus nombreux, et ils seront plus forts que nous, mais même si nous perdons, nous donnerons aux habitants de Storvatten l’occasion de prendre la fuite. C’est le meilleur plan que nous avons pour éviter de faire des victimes innocentes.

— Vous suggérez que nous abandonnions le palais ? lui demanda Mikko de sa voix grave.

— Si nous perdons, oui, je suggère que tous ceux qui seront restés à Storvatten remplissent leurs poches de saphirs avant de disparaître dans les profondeurs du lac, répondit Baltsar. C’est le seul avantage que nous avons ; les autres tribus ne peuvent pas nous suivre dans l’eau.

— Konstantin et moi connaissons le palais de Doldastam dans ses moindres recoins, dit Ridley en parlant du fait qu’à titre de membre des Högdragens et en tant qu’överste, respectivement, ils avaient eu accès aux plans de la ville.

Ils connaissaient le palais mieux que Tilda et moi.

Ridley se tourna vers nous.

— Avons-nous vraiment une chance de les vaincre ? Je ne sais pas. Mais si tel est le cas, Finn a raison. Nous devons prendre Doldastam avant que les Kanins et les Omtes n’attaquent Storvatten.

Mikko balaya la salle du regard, attendant les avis différents, mais je baissai les yeux. Le plan n’était pas parfait, et c’était possible que nous soyons tous tués.

Mais c’était notre meilleure chance de vaincre Mina, même si cela signifiait qu’il fallait risquer la vie des gens à qui je tenais le plus. La paix des cinq royaumes importait plus que mes sentiments personnels.

— C’est décidé, annonça Mikko. Comme nos ennemis nous attaqueront bientôt, nous n’avons pas de temps à perdre. Nous partirons pour Doldastam à l’aube.

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