Le royaume de cristal
Chapitre quarante-neuf
QUARANTE-NEUF
Impromptue
M ikko était sur le point de se rendre seul à la porte, mais je courus chercher Baltsar et Ridley dans la salle de bal. Il était hors de question de laisser le roi se faire tuer dès son retour.
Konstantin et Tilda restèrent avec les troupes, prêts à les diriger au besoin. Nous espérions que, puisque l’armée s’était avancée jusqu’à la porte du palais, les Kanins voulaient simplement discuter avec Mikko. Nous espérions même qu’il parviendrait peut-être à les convaincre d’abandonner leur intention de combattre pour trouver un compromis.
Cela semblait peu probable, mais au point où nous en étions, cette possibilité semblait notre seul espoir d’éviter le bain de sang.
Avant de partir pour suivre Ridley et Baltsar derrière le roi, Konstantin m’agrippa par le bras.
— Ne laisse pas le roi seul avec elle, dit-il en parlant de Mina. Elle le tuera dès qu’elle en aura l’occasion.
— Je ne le laisserai pas seul.
Je fis mine de partir, mais Konstantin me tenait toujours par le bras, et je le regardai de nouveau.
— Fais attention, dit-il en me lâchant.
Je courus pour rattraper le roi. Mikko, Ridley et Baltsar marchaient d’un pas rapide en direction de la porte du palais. Baltsar discutait avec Mikko en lui expliquant tout ce qu’il devait dire et faire, ainsi qu’en lui présentant des recommandations sur sa façon de réagir en fonction de ce que pouvait lui dire le chef de l’armée des Kanins.
— Que devrions-nous faire ? demandai-je à Ridley à voix basse en le rejoignant.
— Tâche de protéger le roi et de ne pas te faire tuer, dit-il en me jetant un coup d’œil. Je n’ai rien de mieux à te dire.
Nous arrivâmes dans le grand hall, et je m’efforçai de me calmer pour ralentir le battement effréné de mon cœur. Sept gardes, des vétérans qui travaillaient dans le palais et qui ne participaient pas aux entraînements, se tenaient au garde-à-vous, main sur la poignée de leur épée, prêts à agir au besoin.
Si Mina et Viktor avaient envoyé toute leur armée, il était inutile que l’armée des Skojares nous rejoigne dans le hall. Les hommes n’étaient pas prêts, et ils seraient massacrés.
Ridley et moi nous tenions de part et d’autre du roi, tandis que Baltsar allait ouvrir la grande porte du palais. Mikko se tenait droit, la tête haute. Les Skojares avaient certainement pris la bonne décision en le faisant libérer du donjon. Il était beaucoup plus intimidant que la marksinna Lisbet.
Baltsar nous lança un regard par-dessus son épaule, pour s’assurer que nous étions prêts. Le roi hocha la tête, et Baltsar ouvrit la porte.
Dehors, un petit hobgobelin se tenait sur le pont. Il faisait à peine un mètre de haut. D’une certaine façon, les hobgobelins étaient semblables à des ogres miniatures, sauf qu’ils étaient beaucoup plus symétriques. Le hobgobelin avait des traits humanoïdes, mais sa peau paraissait visqueuse et sa tête était recouverte de touffes de poils gris-brun. Comme les ogres, les hobgobelins étaient incroyablement forts.
J’avais déjà vu des hobgobelins, et je constatai que je connaissais celui qui se tenait devant nous. Il s’appelait Ludlow Svartalf et il était le bras droit de Sara Elsing, la reine des Vittras. Je l’avais vu accompagner la reine des Vittras durant ses voyages à Doldastam.
À sa droite, légèrement en retrait, se tenait Finn Holmes, qui nous adressait un sourire timide.
Derrière Finn et Ludlow, des rangées de troupes s’étiraient sur le pont. La plupart des soldats portaient l’uniforme émeraude sombre des Trylles, mais un bon nombre de trolls et de hobgobelins étaient vêtus de l’uniforme bordeaux des Vittras.
— La reine Wendy Staad, de la tribu des Trylles, a entendu parler de la situation critique dans laquelle se trouvait la tribu des Skojares, et, après mûre réflexion, elle a décidé d’envoyer la moitié de son armée pour vous aider à combattre les Kanins, expliqua Finn.
— De plus, ajouta Ludlow de sa voix rauque, la reine Wendy et le roi Loki ont persuadé la reine Sara Elsing, de la tribu des Vittras, de se joindre au combat. La reine Sara a envoyé le tiers de son armée pour se joindre à vous.
Mikko semblait trop abasourdi pour parler, mais il parvint enfin à dire :
— Je vous serai à jamais reconnaissant pour votre offre, mais je ne suis pas certain de pouvoir m’acquitter de ma dette envers vos royaumes respectifs. Nous ne sommes pas en position de contracter une si grande dette envers des royaumes aussi puissants.
— Nous ne demandons rien en retour, dit Finn. Nous sommes simplement ici pour vous aider de la façon que vous jugerez appropriée.
— Nous sommes ici pour vous servir, roi Mikko, dit Ludlow en s’inclinant.
Finn l’imita, de même que les troupes sur le pont, qui s’inclinèrent toutes devant le roi des Skojares.
OceanofPDF.com