Le royaume de cristal

Amanda Hocking · Chapitre 30 sur 80

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Le royaume de cristal

Chapitre trente

TRENTE

 

Nanuq

 

J e me réveillai au moment où le soleil commençait à se lever, ce qui signifiait qu’il était à peine quatre heures. Après avoir passé une nuit horrible hantée par mes cauchemars habituels, j’étais heureuse du répit que m’offrait mon réveil.

Nous avions quitté la hutte de Kate peu après qu’elle nous eut révélé que Mina était sa sœur. Avant de partir, je lui avais demandé pourquoi elle avait fait preuve d’une telle ouverture. Kate avait répondu en haussant les épaules : « Pourquoi n’aurais-je pas répondu à vos questions ? Mina n’a jamais vraiment été une sœur pour moi, et je n’ai aucune raison de protéger ses secrets. »

Ces révélations avaient grandement excité Ulla, même si elle n’en comprenait pas toute la portée. Elle avait grandi dans un endroit isolé et elle s’imaginait maintenant mêlée à des histoires de trahison et d’espionnage.

Il m’avait fallu être particulièrement convaincante la veille pour la faire sortir de ma chambre, lui disant que je devais me coucher tôt. À vrai dire, j’avais seulement besoin de prendre le temps de réfléchir à tout ce que je venais d’apprendre.

Quand j’eus enfin le temps de méditer, tout ce que Konstantin et Kate m’avaient dit prit enfin tout son sens, créant le portrait d’une femme diabolique et impossible à arrêter. Mina et Viktor avaient fait preuve d’une immense patience et avaient attendu pendant des années pour que leur plan porte ses fruits.

Et maintenant que tout avait commencé, j’étais certaine que Mina était prête à tout pour faire en sorte que rien ne se dresse contre elle. Il ne fallait pas s’attendre à ce qu’elle ait tout planifié pendant une décennie pour voir ses plans s’écrouler à la toute fin.

Je devais retourner à Förening. Je croyais avoir trouvé les preuves qui me permettraient de convaincre la reine Wendy que les Trylles devaient destituer Mina. En supposant, évidemment, que Wendy était prête à me croire, puisque Kate n’était pas disposée à quitter Iskyla pour témoigner.

Je préparai mon sac et ouvris la porte de ma chambre pour trouver Ulla sur le pas de ma porte. Elle s’était changée et elle dormait, se servant de son sac de voyage comme d’un oreiller et de son manteau comme d’un drap.

Quand elle entendit la porte ouvrir, elle se redressa en sursautant.

— Enfin, tu es réveillée.

— Comment ça, « enfin » ? lui demandai-je. Que fais-tu là ?

— Je t’attendais, répondit-elle en se levant pour s’étirer. Je viens avec toi.

— Tu ne peux pas. Tu m’as très bien comprise hier soir, quand je t’ai dit que c’était trop dangereux.

— Je sais, mais je peux t’aider, persévéra Ulla. Et de toute façon, personne ne veut de moi ici. Je n’ai aucune raison de rester.

— C’est possible, mais moi, j’en ai. Je ne peux pas me permettre de t’emmener. J’ai à peine assez d’argent pour noliser un avion et retourner chez moi, expliquai-je.

— J’ai de l’argent. J’ai économisé chaque sou, dit Ulla en plongeant la main dans la poche de sa veste pour en sortir une pile étonnamment épaisse d’argent. Je peux payer mon billet et je peux t’aider.

— Quel âge as-tu ? lui demandai-je en soupirant.

— Quatorze ans et demi, répondit-elle en se redressant, comme si cela avait pu la faire paraître plus vieille.

Elle était déjà plus grande que moi, et ses épaules étaient larges, probablement grâce à sa génétique omte.

— Je suis mature et forte pour mon âge. Je peux t’aider.

J’étais sur le point de refuser, mais son regard désespéré me fit céder. Après tout ce qu’Ulla et Kate m’avaient raconté au sujet de la vie à Iskyla, je doutais qu’il fît bon vivre ici.

— Bon, d’accord, mais si tu me ralentis, je te laisserai tomber, dis-je en sachant parfaitement que c’étaient des menaces en l’air, plus que je n’étais prête à le reconnaître.

Ulla faillit pousser un petit cri de joie, mais je la fis taire avant de descendre l’escalier. Cela ne me semblait pas si mal de l’emmener avec moi, compte tenu du fait que je retournais dans le royaume des Trylles. Ulla serait en sécurité là-bas, et ils pourraient l’aider à trouver sa place dans ce monde.

Ce n’est que lorsque nous eûmes conduit la motoneige jusqu’à la ville la plus proche que je compris qu’Ulla avait rarement quitté Iskyla. Elle était émerveillée par chaque petit détail, et je devais constamment lui rappeler que nous voyagions incognito et qu’elle devait cesser d’attirer l’attention.

Étonnamment, elle eut moins de difficulté que moi en avion. Le voyage fut encore plus turbulent que le précédent, et le pilote m’expliqua qu’un énorme blizzard approchait.

Notre atterrissage fut deux fois plus difficile que lors de mon vol précédent, mais nous en sortîmes vivantes. Le pilote avait raison à propos de la tempête. Un vent violent soufflait du nord, apportant une lourde neige. Ulla suggéra que nous trouvions un hôtel pour la nuit et que nous attendions le matin avant de partir, mais je devinai qu’elle voulait simplement profiter de l’occasion pour voir la ville.

Pour ma part, je ne désirais pas perdre de temps. Je détenais des renseignements que je devais transmettre aux Trylles aussi rapidement que possible. Tous les habitants de Doldastam en dépendaient, même s’ils ne le savaient pas.

Donc, malgré tous les avis qui recommandaient de ne pas voyager par pareil temps, je louai un VUS, et nous partîmes en direction du sud. Ulla ne semblait pas indisposée par la tempête ni notre lente progression. Je crois qu’elle aurait été emballée, quoi que je fasse.

La première heure de route se passa bien. Je dépassais à peine les cinquante kilomètres à l’heure, mais nous avancions. Puis, tout à coup, nous n’avancions plus. Nous avions heurté une congère si large que le VUS n’arrivait pas à la traverser. Nous étions coincées.

— Pas de panique, je m’en occupe, dit Ulla.

Elle enfila ses bottes Kamik, qu’elle avait enlevées pendant que je conduisais, ainsi que ses gants.

— Tu t’occupes de quoi, exactement ? lui demandai-je, mais elle avait déjà ouvert la portière pour sauter dans la neige. Ulla !

Comme je ne voulais pas la laisser disparaître dans la tempête, je descendis pour la suivre. Elle s’était rendue à l’arrière du VUS et avait enfilé ce qui me fit penser à de vieilles lunettes d’aviateur. Elles étaient fixées sous les rabats de son chapeau, et même si elles lui donnaient une allure comique, elles empêchaient probablement la neige de lui fouetter les yeux.

— Que fais-tu ? me demanda-t-elle, comme si c’était moi qui étais descendue du véhicule sans explication. La transmission du VUS est-elle au point mort ?

— Non, en position stationnement. Pourquoi ? Et toi, que fais-tu ?

— Je vais nous sortir de là, fit-elle en montrant ses bras.

Sa proposition paraissait ridicule, mais elle avait du sang omte. Elle n’était peut-être pas aussi grande que l’ogre Torun que j’avais vu à Fulaträsk, mais elle devait posséder un peu de sa force.

— Sois prudente, dis-je sans insister.

Je remontai dans le véhicule pour mettre la transmission au point mort. J’ajustai le rétroviseur pour observer Ulla. Tête baissée, elle poussait sur le VUS, qui avança légèrement.

Il ne se passa plus rien pendant quelques secondes, puis, soudain, le véhicule fit une embardée en traversant la congère. Des gerbes de neige volèrent autour du véhicule, qui s’arrêta sur une portion dégagée de l’autoroute.

Dès que le VUS s’immobilisa, j’embrayai en position de stationnement et je descendis pour m’assurer qu’Ulla n’était pas blessée. Elle avait poussé incroyablement fort.

— Ulla ! m’écriai-je comme je ne la voyais pas, avant de charger à travers la congère.

Elle était debout au milieu de la route, le regard fixé au loin, sur sa droite, mais elle ne semblait pas blessée.

— Ulla, répétai-je. C’était génial.

— Il vaudrait mieux que nous partions d’ici, dit-elle d’une voix impassible.

— Quoi ? Pourquoi ? lui demandai-je en suivant son regard.

Deux oursons polaires se tenaient là, à quelques mètres de la route, presque invisibles dans la neige. Le plus gros se tenait en retrait, mais pour une raison ou une autre, le plus petit semblait croire que c’était une bonne idée de s’approcher de nous, le regard illuminé.

En grandissant à Doldastam, capitale des ours polaires, j’avais appris une leçon très importante : si nous voyions un ourson, la mère ourse, furieuse, n’était jamais très loin.

— Partons, dis-je.

Ulla courut jusqu’au VUS. Je fis demi-tour pour la rejoindre, mais il était déjà trop tard. La maman ourse avait surgi de nulle part. L’énorme ourse blanche poussa un grognement et s’interposa d’un pas lourd entre le véhicule et moi. Je n’avais aucune issue, mais c’était sans importance, puisqu’elle n’avait pas l’intention de me laisser prendre la fuite.

Je n’eus pas le temps d’esquiver le coup. Elle abattit sa grosse patte sur moi ; ce fut la dernière chose que je vis.

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