Le royaume de cristal

Amanda Hocking · Chapitre 32 sur 80

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Le royaume de cristal

Chapitre trente-deux

TRENTE-DEUX

 

Convalescence

 

J e sentis la différence avant même d’ouvrir les yeux. Mon corps entier me faisait toujours mal, particulièrement le flanc droit, mais je n’avais plus l’impression qu’un feu de douleur insoutenable me consumait de l’intérieur.

Quand j’ouvris enfin les yeux, ils s’ouvrirent facilement, ce qui apaisa mes craintes d’avoir perdu mon œil droit. Ils fonctionnaient tous les deux, et je pus observer le mobile suspendu au-dessus de ma tête.

La lumière du soleil s’engouffrait dans la chambre par la porte ouverte, mais le mobile projetait tout de même quelques pâles formes de lune et d’étoiles autour de moi. Mes pieds pendaient au bout du petit lit d’Hanna. J’étais de retour à Förening, dans la maison de Finn.

Je regardai autour de moi, tâchant toujours de m’orienter, quand je vis la sombre silhouette de Konstantin appuyé contre le cadre de la porte, éclairé de derrière par le soleil qui baignait les fenêtres.

— Que fais-tu ici ? lui demandai-je.

Je me souvenais vaguement de l’avoir vu dans le VUS avec moi, mais mes souvenirs étaient flous, comme d’étranges cauchemars.

— Je t’ai ramenée ici parce que tu avais besoin de soins médicaux, dit-il à voix basse.

— Mais tu as déjà dit que tu ne pouvais pas venir ici, que les Trylles t’arrêteraient, lui rappelai-je.

— La fille, Ulla, ne savait pas quoi faire ni où aller. Je ne pouvais pas te laisser avec elle, expliqua-t-il en haussant vaguement les épaules. Enfin, pas si je voulais que tu vives. Quand nous sommes arrivés devant les portes de la ville, j’ai discuté avec Finn, et il a réussi à convaincre la reine de m’accorder temporairement l’amnistie, puisque j’apportais mon aide à un troll blessé.

— Temporaire ? fis-je. Et combien de temps durera cette amnistie temporaire ?

— J’espère qu’elle durera assez longtemps pour que je puisse partir d’ici avant qu’on me jette dans un donjon, répondit-il d’un ton désinvolte.

Son visage était caché dans l’ombre, et je ne pus déterminer si la possibilité de finir enfermé l’inquiétait vraiment.

— Et comment m’as-tu retrouvée ?

— Je te traque, tu avais oublié ? J’ai ressenti ta panique et je t’ai retrouvée aussi vite que possible. J’ai arrêté la voiture dans laquelle tu te trouvais au sud de Winnipeg. Au début, Ulla ne voulait pas me laisser monter dans la voiture, mais j’ai fini par la convaincre.

— Il faudra que tu finisses par arrêter de me traquer, lui dis-je.

— Nous verrons.

— Je devrais probablement te remercier de m’avoir aidée, dis-je en tentant de me relever, mais dès que je bougeai, une vive douleur traversa mon flanc.

— Oh, doucement, dit Konstantin en s’approchant.

Il posa une main sur mon bras pour m’aider à m’asseoir, puis il prit place à côté de moi sur le lit.

— Finn a fait venir une guérisseuse, mais elle n’a pas réussi à te remettre complètement en forme. Deux médecins t’ont retapée du mieux qu’ils ont pu après le passage de la guérisseuse.

Konstantin avait évité de le mentionner, mais je savais pourquoi la guérisseuse ne m’avait pas complètement guérie : elle n’avait pas voulu gaspiller ses énergies sur une misérable traqueuse hors la loi de sang mêlé. En fait, j’étais même surprise qu’elle ait accepté de m’aider.

— Tu serais morte sans son aide, expliqua Konstantin.

On pouvait convaincre une guérisseuse d’aider le plus misérable d’entre tous, si cette intervention pouvait le sauver de la mort.

Je soulevai mon débardeur pour observer mes plaies, mais elles étaient toutes cachées sous les bandages, qui montaient de ma taille jusque sous mes seins. Je pouvais voir des taches de sang traverser les bandages, et une vive douleur me traversa quand je touchai doucement mes côtes.

— Tu as plusieurs points de suture, me dit Konstantin tandis que je baissais mon débardeur. La guérisseuse a au moins pu sauver ton œil.

Je levai une main pour toucher mon œil, qui, contrairement à mon flanc, semblait parfaitement normal et indolore. Je n’arrivais à sentir aucun signe de blessure.

— L’ourse t’a donné un coup de patte au visage, mais pour sauver ton œil, la guérisseuse a dû le reconstruire complètement, expliqua-t-il. L’ourse t’a aussi ouvert le flanc, mais la guérisseuse s’est contentée de refermer tes organes internes. Tu as perdu beaucoup de sang.

— Je devrai la remercier, si je la vois un jour, dis-je sincèrement.

Elle n’avait aucune obligation de m’aider, puisque je ne faisais pas partie de la tribu des Trylles. J’étais reconnaissante qu’elle ait accepté de quitter sa classe pour me sauver la vie.

Je me tournai vers Konstantin.

— Comment as-tu pu me cacher le fait que Mina était la fille de Viktor ?

Il inspira brusquement entre les dents.

— Je n’en étais pas certain.

— Comment pouvais-tu ne pas le savoir ? lui demandai-je, incrédule. Tu as couché avec elle pendant des années, et tu travaillais pour son père. Tu n’as jamais fait le lien ?

— Leur relation père-fille n’est pas conventionnelle, dit-il en secouant la tête. Au début, j’ai cru qu’ils étaient d’anciens amants, mais j’ai rapidement compris que ce n’était pas le cas, compte tenu de la façon dont ils se comportaient. Ils agissaient plutôt comme deux collègues. Mina appelait toujours Viktor par son nom, jamais « papa ». Ils ne parlaient jamais de la famille, seulement de vengeance et de leur plan pour l’assouvir.

— Et tu ne lui as jamais posé la question ?

— Bien sûr que si ! Mais Mina me répondait toujours de ne pas me préoccuper de ces détails.

— Et sa réponse te suffisait ?

— Non ! fit Konstantin, qui se pencha en avant et se prit le visage dans un geste de frustration. Rien ne me suffisait avec Mina, mais elle refusait de m’en donner plus. Tu ne comprends pas comment était la vie avec elle. Tout fonctionnait selon ses conditions. Tout.

— Bon, d’accord. Je peux comprendre que tu n’aies pas voulu pousser Mina, mais pourquoi ne m’avoir rien dit ? Tu avais manifestement des soupçons.

— Vraiment ? me dit-il en haussant un sourcil. Et que serait-il arrivé si je t’avais dit que Mina était la fille de Viktor et qu’il s’était avéré que ce n’était pas le cas ? Tu aurais perdu toute confiance en moi et toute la crédibilité que tu aurais pu avoir aux yeux de ceux à qui tu aurais transmis ce renseignement.

Je compris qu’il avait raison. Si son intuition s’était révélée fausse, nous aurions détruit tous les progrès que nous aurions pu accomplir.

En omettant de me révéler des réflexions sans fondement, il avait protégé tout ce que nous tentions d’accomplir.

— De toute façon, est-ce vraiment important ? me demanda Konstantin. Mina est une garce malfaisante, peu importe qui est son père.

— Eh bien, c’est important maintenant, parce que ce détail pourrait être suffisant pour que les Trylles s’engagent et aident les Kanins, dis-je. Ce détail prouve que Mina a été couronnée en vertu de mauvais motifs, qu’elle a assassiné le roi et qu’elle doit être destituée.

— Par « destituée », tu veux dire « exécutée », dit Konstantin en baissant les yeux, les bras sur les genoux.

Pour la première fois, je compris ce que cette possibilité pouvait signifier pour lui. Il avait aimé Mina, très profondément d’après ses dires, et même s’il était conscient du fait qu’elle était malveillante, il ne voulait pas nécessairement la voir morte.

— Oui. Mina sera exécutée. Est-ce que tu es prêt à accepter cette possibilité ?

Konstantin inspira profondément, puis il hocha la tête.

— Je le serai.

— Tu peux me dire ce que tu ressens, dis-je. Si tu veux que cette amitié soit solide et si tu veux que je te fasse confiance, tu ne dois rien me cacher.

— Je crois que tu connais maintenant tous mes secrets, dit-il d’un ton las.

— Merci d’être revenu pour moi.

Il m’adressa un sourire en coin.

— Je reviendrai toujours pour toi.

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