Œuvres (Pléiade), tome II

Paul Valéry · Chapitre 28 sur 108

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Œuvres (Pléiade), tome II

L’île Xiphos

L’ILE XIPHOS

 

LE DERNIER ATLANTE

 

Je suis à présent dans Firgô. C’est une Ile. Non, ce fut une île, mais aujourd’hui liée à la pleine terre par deux levées de sable très fin qui s’élargissent en plages d’année en année. La roche de cette île s’élève à six cents pieds environ au-dessus de la mer, et du haut du plus haut de son élévation se voit, ou plutôt se voyait, ou peut-être, on croyait voir une autre terre dans l’horizon du Sud. Toutefois ceux qui disaient l’avoir vue disaient n’avoir jamais pu la revoir. Ils l’appelaient XIPHOS, d’après eux le dernier fragment du monde qui a précédé celui-ci. On en racontait mille merveilles (mais à voix basse), et telles que le plus important objet de l’esprit humain de maintenant serait (s’il existait des intelligences capables de s’y employer !) de démêler le vrai du faux dans ces légendes confidentielles, et de s’acharner à reconstituer le savoir, le pouvoir et les vouloirs des gens qui vécurent là. On conte qu’ils en savaient mille fois mille fois plus que nous, ou toute autre chose, et c’est pourquoi je me demande si le nom d’Hommes leur convient ? C’est à nous qu’ils le refuseraient sans doute, tandis que nous devrions peut-être les appeler anges ou demi-dieux. On ne peut guère comparer cette situation relative qu’à celle qui exista entre les Européens et les sauvages les plus élémentaires qu’ils rencontrèrent dans leurs explorations.

Après tout, pourquoi la puissance génératrice de la surface irradiée de la terre n’aurait-elle pas engendré une race d’êtres aussi supérieurs à l’homme que l’homme l’est aux autres mammifères ?

. . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Gozon disait avec sérieux :

— Ils avaient toutes les mœurs, et j’ai toutes les mœurs. Je suis méchant et bon et excessivement les deux. Il n’est d’homme plus impie ni de plus religieux que je ne me sens l’être. En vérité, ma nature ne souffre pas d’être définie. Elle me pousse aux extrêmes, mais opposés. Tellement que je me sens positivement n’être rien. — Serais-je un vivant vestige de l’époque où l’on avait les deux sexes, où science avec l’art n’étaient point séparés, ni la force ne l’était de la grâce, ni la liberté de la connaissance des lois, ni même le vice de la vertu ? Toute une espèce avait les propriétés protéiques de l’esprit. Il y avait un Dieu qui ne ressemblait à rien. Les rêves jouaient un rôle dans la veille, et la veille se préparait les rêves qu’il lui importait de se former pour réagir sur elle au réveil, ou bien pour développer en toute Ëberté de combinaisons, quelque coïncidence de sensations peu commune.

Les plus fameux de nos joueurs d’échecs, ceux qui, les yeux fermés, mènent et gagnent dix parties à la fois, nos calculateurs les plus étonnants paraîtraient, auprès de beaucoup de ces insulaires, des enfants qui comptent sur leurs doigts.

Il semble que leur sensibilité était non moins supérieure à la nôtre que leurs facultés combinatoires. On dit que certains n’avaient jamais entendu deux sons identiques. Ils distinguaient la même note deux fois donnée par le même instrument dans les mêmes conditions…

Amour. Les vivants n’ont que deux choses à faire : se nourrir et se reproduire. — Tout le reste est accidentel, luxe inutile, perversion, écarts.

 

L’ÎLE XIPHOS

 

Il y avait sur une petite place, entre des maisons curieusement ornées, dorées et dédorées, un piédestal qui portait une femme de parfaite beauté, nette comme une statue, et qui se tenait dans l’attitude la plus noble. Plusieurs fois le jour, elle se faisait entendre. Elle disait ou déclamait de beaux vers pendant quelque temps. Elle se mettait ensuite à chanter. Il y avait un accord si juste et si essentiel entre le timbre, les inflexions de sa voix et les formes successives de tout son corps soutenant et portant la variation de son souffle, depuis ses chevilles jusqu’à sa tête, que l’on demeurait saisi et que l’on se sentait soumis à la Puissance de la Pureté.

Elle avait la fonction de fixer le langage du pays et de donner, comme une horloge l’heure vraie, la prononciation la plus désirable et la construction la plus élégante de ce parler.

Certains jours, elle disait la vérité à qui voulait l’entendre, et la disait avec une telle diélion comme transparente, une modulation si pénétrante et une harmonie si enchanteresse entre l’expression de son visage, la perfection de sa parole, et surtout, avec un accord si complet de sa forme entière dont les moindres parties dans leur tension et leur concours d’ondes très légères ne révélaient une réserve et un aparté de mensonge, que l’on craignait généralement de l’interroger. Il paraît que le corps ne peut mentir tout entier, c’est pourquoi on met la Vérité toute nue. Mais quelques-uns, me dit-on, protestèrent contre cet usage d’une très belle personne, alléguant que la Vérité est le plus souvent laide, sinon hideuse. Mais il n’en fut pas tenu compte.

Elle avait rang de prêtresse. Si elle fût vierge, eêt incertain. Fille de qui et de qui ? Je ne sais point.

Vers le soir, elle pliait sur ses genoux…

*

DES TEMPLES ET SANCTUAIRES

DE XIPHOS

I

Il y avait à Xiphos, dans l’île, sur un mont, un temple plus ancien semble-t-il que l’île même, étant fait d’une pierre noire qui ne s’y trouve nulle part, assemblée curieusement par blocs prismatiques qu’agrafaient des

crampons de métal inconnu{22}. Et là était conservée une tête parlante aux yeux fermés. Et la tête était dans le temple mais contenait l’univers. On la fait briser et ouvrir et… des dés de cristal qui sont maintenant l’un à Rome, l’autre…

Oracles, sentences en sortaient. Elle rendait la justice par oui et par non et donnait des avis sur toutes choses. Il y avait une inscription : Je n’ai pas d’entrailles.

(Dialogues de X avec la tête).

Ici les aphorismes et divers effets remarquables de cette chose prodigieuse.

II

Et il y avait aussi une grotte creusée dans la montagne par on ne savait quelle main, et dont l’entrée, qui regardait la mer, avait été taillée de

manière à figurer la nature d’une femme{23}. Là, au bord de l’antre, une sorte de colonne isolée se dressait, érigée dans l’ombre fraîche. Elle était cependant toujours presque brûlante. Qui touchait cette idole était changé en taureau… Au-dehors des groupes de filles attendaient que l’on sortît. Etc…

III

Et il y avait aussi un Livre — incompréhensible en soi. Mais qui l’interrogeait du regard en pensant à ce qu’il désirait savoir, croyait lire

Ou une fontaine ? Ou un arbre ?

Xiphos où tout est signe — (Rêves) —

Tout symbole — Comment faire sentir ceci ? Rien d’insignifiant, donc tout changeant.

La tête disait souvent : « Je ne suis pas ; je pense. » Un certain Ælianus de Colophon eut un colloque avec elle ; et même une sorte de dispute. Cette tête répondait par toutes les réponses possibles et insinuait ainsi le mépris de la vérité. Elle en vint aux injures.

Les animaux n’y étaient que ceux de la Fable. Ils regardaient les hommes dans les yeux, ne leur faisant d’autre mal que les intimider étrangement. Les hommes y apercevaient une tout autre manière de voir les choses, et se sentaient aussitôt comme réduits à une condition très particulière, et comme déchus de leur prétention à l’universelle connaissance. D’où vint cette légende de regards qui changent en pierre ? Mais la vérité est celle-ci, qui est plus profonde…

*

ILE XIPHOS (ou le lieu des

Mauvaises choses pensées).

… Il y avait à Xiphos un dieu qui rejetait les prières et jusqu’aux grimaces intérieures que d’autres dieux semblent exiger que les créatures leur fassent. « Chez la plupart de vos prétendus croyants, leur disait-il, ce qu’ils nomment leur « foi » est une contraction, un torticolis, un effort pénible à voir, qui peut devenir un tic ; un produit de contagion, d’imitation, de peur ; parfois de l’ennui et, trop souvent, l’effet d’un essai naïf de vous tromper. On vous dit ce qu’on a appris à vous dire et qu’on ne pense pas et qu’on ne peut pas penser, mais la parole tient heu de pensée… Et ce que l’on vous dit n’a aucun intérêt. Pense-t-on vous apprendre quelque chose ?

Mais moi, ajoutait-il, je suis le dieu de ceux qui me résistent en tant que je suis, et qui me désirent en tant que je ne suis pas. Ah ! disent-ils, s’il y avait un dieu ! Ils ne craignent pas de nier ou d’ignorer ce qu’ils ne voient ni ne conçoivent ; ou de réduire ce qu’on leur offre sous le nom de divin, ou qu’ils ressentent comme tel, à des productions de leur nature, parfois puissantes ou belles, mais qui ne peuvent être que de même substance et modalités que toutes les autres du fonctionnement de leur esprit. Mais parmi ces formations, il en est que j’estime et qui sont leurs essais de se passer d’un créateur et gouverneur de toutes choses, etc. »

*

(Les philosophes). Celui qui prit au pied de la lettre le temps, — fleuve d’Héraclite et se mit à considérer les événements et les états en hydraulicien avec recherche de l’équation de continuité, des filets, tourbillons, — effets de bélier.

Ceci appliqué aux impressions, idées, sensations, actions et modifications de toute espèce — comme à des flotteurs, doit donner des conditions et effets curieux. Effets de mouvements relatifs.

Comment se produit la non-sensation de changement ? Changement comme substance (en effet, CONSTANTE condition de la sensibilité. Cf. onde porteuse).

Et changement comme perception — modulation —

Peut-être, c’est la relation de ces deux changements quand elle est concordance qui donne les rythmes ?

*

Chant cristallin de la statue de Memnon.

A — quand le soleil se révèle et d’un rayon frappe. —

B — quand le soleil bondit. — moi de rosée lavé — d’abord je murmure, cris infimes, puis je chante — Substance — crépite — Source — Soleil p.

l’aveugle{24} — et enfin la lumière a tari la rosée.

J’étincelle muet —

*

… Il nous dit un ou deux poèmes de sa composition.

Puis nous montra les textes de quelques-uns qu’on avait recueillis de la Bouche Sacrée (c’est ainsi que l’on nomme la bouche de la Tête Qui Parle).

Mais cette écriture nous était inconnue. Alors, il nous expliqua que la valeur d’un poème est le nombre des sens qu’il peut recevoir, et que ceux-ci avaient douze premiers sens, desquels douze autres pouvaient résulter.

Cf. Polygones convexes et étoilés.

*

LE MARIAGE A LA XIPHOS

… On montrait aux jeunes gens nubiles, un à un, une troupe de jeunes filles qui ne se savaient pas observées et dont chacune portait un insigne ou une coiffure qui la distinguait des autres.

Il disait celles qu’il préférait. On le notait.

La même épreuve se faisait, une fille comparant les garçons. La comparaison des choix donnait quelques résultats.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . .

 

LE TEMPLE DE LA PEUR

La peur, effet essentiel, base de toute société.

Pas de société de héros. Pourtant, un très ancien essai à Xiphos.

*

La Tête tranchée regarde les choses telles qu’elles sont, le Présent pur, sans nulle signification, sans haut ni bas, sans symétries, sans figures.

Mais une diversité.

Et quand les temps de réaôion des rétines s’attardent…

Point de réponses — Jugement éternellement suspendu —

Car tout jugement est hâtif.

Parle trop tôt, achève ce qui n’est pas — ni jamais — achevé.

Point de transit.

ni passé ni futur —

point de nombres.

*

— Dans l’île de Xiphos, il y avait une province où l’on reléguait les personnes atteintes de la maladie appelée Anastrophie. Elles font après chaque action, une action inverse — ou son simulacre. Ce qui est affreux à voir plus que ridicule. D’autres fous répétaient toujours leur action plusieurs fois.

— Il y avait une sorte de couvent dit des Égophobes, où étaient ceux qui ne parlaient jamais d’eux-mêmes. Ni le Je ni le Moi ne s’y entendaient.

LES MENDIANTS

Il y avait les mendiants ! Les uns mendiaient l’amour. Les autres, l’estime. D’autres, la gloire. Et ils méprisaient ceux qui demandaient du pain ou de l’argent. Certains demandaient une idée, pour l’amour des dieux, ou un vers bien fait — ou un style « original ».

*

BOUTIQUES

Celle du poète — celle du mathématicien, etc…

On les voit travailler — c’est le sujet.

Rues d’un Paris fantastique — noms des rues — . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

« Goûtez et comparez » — ces mots sont dignes d’un Évangile.

Bien faire et laisser dire.

Ici l’on chante à l’instar de Mantoue.

Boutique de poète — avec petite lyre en cuivre suspendue, perroquet (dit des vers latins) parle en vers, merles, quelque chose de magique, d’Hoffmann.

Muse, assise. Chaise de roseau.

Les apprentis — rue

démon de Socrate.

*

Les Silentiaires.

« Tout ce qui sort de l’homme est impur », pensaient-ils, et ils gardaient le silence autant qu’ils le pouvaient.

Ils éclataient d’amour et d’idées retenus dans l’enceinte de leur croyance superstitieusement opposée à tout épanchement.

*

Philosophie du raccommodeur.

Conte « philosophique » ou poème en prose avec le refrain.

Le raccommodeur de faïence, porcelaine, le marbre, l’albâtre…

Ces beaux mots. On rencontre enfin l’homme assis sur

Les marches de l’église. Il raconte ses joies — l’attention.

Le hasard donné. Philosophie du vase brisé — Jeu de patience.

*

Conte. Supplice étrange —

Le roi ordonna (Je te condamne à périr, mais à périr en tant que Xios et non en tant que Toi) que Xios fût conduit dans un pays entièrement différent. Son nom changé, ses traits mutilés artistement. Les hommes du pays contraints de lui croire un passé, une famille, des talents tout autres que les siens.

S’il se rappelait quelque chose de sa vie première, on le contestait, on lui disait qu’il était fol, etc…

On lui avait préparé une famille, femme et enfants qui se donnaient pour siens.

Enfin tout lui disait qu’il était celui qu’il n’était pas.

*

MUSÉE SECRET DE XIPHOS

Les tableaux de peinture, dans le goût de Philostrate athénien — ou le Néocosme…

— « La Science accomplissant le sacrifice de la Connaissance », tel est le sujet de la grande fresque de l’époque.

— Les Suicides et Paradoxes — (adjectifs)…

— Europe expirante in media insanitate —

— Fiducia dévorant ses enfants — (Justice, Vérité, etc.).

— Le crépuscule des infinis — (LE MONDE FINI).

— Les divinités neuves — Energie.

— Les aventures — A la recherche d’une Erreur —

— Grandeur et décadence de la Parole. Ubiquité, ruine les formes (logique et beautés) — la confiance — Crédulités. Signification de la recherche d’une rigueur par symboles abstraits — Babel, Pentecôte — Usage magique (ou harmonique) et usage opératoire, « rationnel ».

*

CONTE

Exportation de dieux.

Il y avait un quartier de chantiers où l’on faisait les dieux pour les autres. On sculptait le bois ou la pierre ou le marbre. On peignait les images.

Et selon les croyances des clients, on façonnait des Baals, des Hermès ou des monstres, des vierges, des Vénus.

Il y avait aussi des échoppes à écrivains. Ils griffonnaient des livres sacrés, des textes à énigmes, des formules de prières.

C’était, réuni sur un point, dans cette île privilégiée, ce qui ne s’était produit (et ne se conçoit guère) que séparé et s’ignorant mutuellement, selon le temps ou l’espace, et dont l’expérience, faite autrefois à Babel, avait misérablement avorté.

On essayait tous ces produits sur les mêmes sujets.

Morales.

*

Il y avait des menticures qui étaient au langage et à l’esprit ce que les manucures sont aux mains, et le matin, fort tard, tandis que ceux-ci taillaient et polissaient les ongles des personnes soigneuses de leur corps, les cures de l’intellect les interrogeaient et les entretenaient en subtilité et en élégance de la pensée et du discours. Ils apprenaient à prononcer, à user des timbres de la voix, à s’abstenir des termes vulgaires ou très abstraits, à former des phrases complètes, et veillaient aux idées dont ils ne voulaient que l’on en retînt aucune qu’on n’eût faite sienne, recommandant de chasser toutes les autres et de ne pas croire penser quand on ne fait que répéter en d’autres mots ce que l’on a lu ou entendu.

*

La tête parlante aux yeux fermés émet des oracles, etc.

Il y a un voyageur qui entame un dialogue avec elle.

Et elle parle avec une objectivité totale… aphorismatique. Sans JE et comme par combinaisons.

La voix de personne.

Répète toujours à sa façon ce que l’on vient de lui dire, et le transforme successivement par transformations réglées.

Elle ouvrit un œil !

Son étonnement.

Les questions interdites.

*

Un homme était sûr de quelque chose. On ne savait donc qu’en faire. On le mit successivement en prison, en chaire, sur le trône, à l’asile des lunatiques, on voulut le tuer. D’autres pensaient à l’obliger de féconder mille femmes choisies. Finalement, fatigué de tous ces avatars, il déclara qu’il n’était sûr de rien et on lui laissa la paix. Il en profita pour écrire une Éthique, qui est un des livres les plus importants du monde. Car tout le monde en parle et l’invoque mais personne ne l’a lu.

*

Les temples des vrais dieux —

La Peur, la Faim, le Désir, les Maux, le Froid…

Les vrais dieux sont les forces ou puissances de la sensibilité.

*

Monuments. INSCRIPTIONS.

Style.

Usage du Soleil — familier

Culte. Le dieu visible mais éblouissant.

« Chez nous le dieu est essentiellement niable. » . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

La vie se trouvait sur l’île Xiphos comme l’on trouve le cuivre à Tharsis, l’encens, la cannelle à…

Une vie de qualité fine et puissante, produit de conditions exceptionnellement favorables.

Les instincts d’une puissance redoutable ; la sensibilité extraordinaire. L’intelligence d’une simplicité et d’une rigueur. — Et toutes ces choses se combinant, se bornant selon des lois simples…

. . . . . . . . . . . . . . . . . . .

On voyait dans Xiphos, sur une place publique, un plan d’agate polie gardé par un savant plus que par un sage, sur lequel ne cessait de rouler de face en face un étrange polyèdre taillé de telle manière qu’il ne pouvait trouver de position d’équilibre.

Ailleurs un œuf étrange dansait et semblait vivre au plus haut d’un jet d’eau.

Les fontaines étaient ingénieuses et proposaient des problèmes. Quelques-unes chantaient.

*

DEVISE

« POUR QUE SOIT CE QUI EST »

Ceci serait l’une des

inscriptions sur l’une

des portes, d’abord mal

traduite mot à mot

par : SORS POUR ENTRER

(remets-toi à ignorer ce que

tu sais, pour savoir comment

tu le savais et savoir ton

savoir).

*

Une île sans pudeur — des êtres nus et non seulement nus mais aussi libres de partout que l’homme l’est de son visage découvert, de sa bouche, de ses mains.

*

Un monument dont toutes les ombres par lui et par ses parties projetées seraient belles, formaient des dessins changeants. Une sorte d’édifice projetait une silhouette.

*

Ce solitaire essayait sur lui-même les poisons du langage abstrait. Il essayait sur les autres le mot Dieu. Xiphos, l’île aux ? simplistes

*

La Médecine à Xiphos

La longévité — avec conservation durée

de vie et durée de valeur de vie.

Les sages. L’hymen — après dressage

les animaux synthétiques.

La Justice

La politique et l’économie. On enferme dans la même prison les gens qui

ne s’accordent pas jusqu’à ce qu’ils s’accordent.

Ceci fait merveille.

*

Ile trouvée au hasard, flottante, repoussée par tout corps.

L’Énergie

L’électricité y était particulière

La Religion, les mystes.

Les méthodes.

Un naufrage nous a livré vos sciences,

les nôtres sont bien différentes.

*

Foire de Xiphos

« Les recettes du Grand Lambert »

ou les M

infaillibles moyens

de…

Ici supposer les choses désirables mais qui sont hors de portée des méthodes et connaissances :

Se faire aimer (ceci est classique)

Faire de belles choses

etc.

Cette foire était singulière.

Les baraques à Monstres. Mais quels monstres !

L’Hermaphrodite

Les Hercules espiritels{25}

Foire littéraire et philosophique. Car… c’est bien cela ! Nous sommes

exhibition de phénomènes.

Récit : « je venais de visiter l’exposition de P. quand tout à coup, sur le

quai, je fus ravi en esprit et me trouvai en plein vacarme et désordre

coloré d’une Foire. Les faux sauvages, les monstres fabriqués, les

devins. »

*

Xiphos — L’île aux merveilles

Les artisans — et les doctes ou docteurs.

Ils avaient, les uns de la matière, les autres de l’esprit un sentiment bien différent du nôtre.

Les premiers agissaient sur les corps par leur âme même qui savait comment gagner leur ouvrage et vivre toute dans leurs mains ; et les seconds semblaient disposer des idées par leur langage et leurs symboles comme l’athlète, l’acrobate et le prestidigitateur ou le jongleur font de leurs membres. (Le parfumeur). Le forgeron battait rythmes et formes. Le joaillier mirait les gemmes et semblait ensuite les extraire de ses yeux pour les placer. Le peintre dansait sa peinture et le sculpteur luttait avec la terre ou la pierre, une lutte toujours plus ardente et plus resserrée. Puis il bondissait en arrière, la main reprise ; puis il bondissait en avant, la main tendue. Le potier nu faisait son vase comme un amant crée et recrée le corps de sa maîtresse ; et le verrier soufflait son désir même dans la bulle de verre — spirabat.

Le philosophe tout à coup se mettait à discourir et renversait sa propre pensée, sans cesser de la suivre et de la renouer à elle-même. Ils étaient ou plantés comme des arbres ou marchant sans pouvoir s’arrêter.

Le géomètre se sentait tout l’espace, etc… et des transformations éblouissantes.

Et le poète chantait les mots, s’identifiait au langage, — comme le musicien semblait vivre dans un monde sonore.

Tout l’utile était comme acquis.

Tout l’inutile était l’essentiel.

Les pierres tombaient par distraction comme lancées au hasard.

Et les lois naturelles semblaient des bizarreries.

Ils expliquaient que les lois étaient une fantaisie réalisée.

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